Bulletin mensuel
Bulletin Mensuel: Février 2005
I) ENVIRONNEMENT
Dossier : Les conséquences du réchauffement climatique de la zone arctique sur la politique étrangère islandaise.
Un séminaire sur le réchauffement de la zone arctique, sous le patronage de diverses administrations américaines, s'est tenu à Washington, fin janvier. Au cours de cet atelier, l'Ambassadeur Gunnar Palsson, Directeur du Département des Ressources Naturelles et des Affaires Environnementales au Ministère islandais des Affaires étrangères, a fait une communication sur les conséquences possibles de ce réchauffement en matière de politique internationale, telles que les appréhende l'Islande. Gunnar Palsson s'appuyait sur un document, l'Etude sur l'impact des changements climatiques dans l'Arctique (ACIA), réalisée par plus de 250 chercheurs du Conseil Arctique, et publiée par cette organisation en novembre 2004. Le Conseil arctique est une organisation internationale régionale, créée en 1996 par les cinq États nordiques (Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède), les Etats-Unis, le Canada et la Russie. Le Conseil entend coordonner les actions de coopération tendant à la protection de l'environnement arctique sérieusement menacé et à la sauvegarde de l'identité culturelle -également menacée- des populations autochtones : Samés, Inuits, etc. Sa présidence tournante a été tenue par l'Islande entre la fin 2002 et la fin 2004.
1) Historique
A) L'Étude sur l'impact des changements climatiques : principales conclusions.
L'Arctique, où les températures augmentent deux fois plus vite qu'ailleurs, pourrait présenter un visage très différent d'ici la fin du siècle avec une disparition totale de la glace en été et un changement radical de sa biodiversité.
En raison des émissions futures de dioxyde de carbone (CO2) et d'autres gaz à effet de serre "modéré", les températures moyennes enregistrées dans la région risquent d'augmenter de 4 à 7 degrés d'ici 2100,
Le réchauffement de l'atmosphère peut dès lors provoquer la disparition totale, en été, de la calotte glaciaire en l'espace d'un siècle et menacer les espèces vivant sur la banquise comme l'ours polaire.
D'autres espèces, venues des contrées tempérées, prendront le relais. "C'est un paradoxe : la fonte des glaces augmentera la biodiversité, mais les espèces arctiques seront en danger".
Selon une des projections utilisées, la glace pourrait avoir totalement fondu, en période estivale, dès 2070.
Si la fonte de la banquise ne provoque pas en soi de hausse du niveau des océans (la glace flottante prend plus de place que l'eau qu'elle contient), la fonte des glaciers terrestres devrait en revanche provoquer un relèvement accéléré du niveau des océans --les estimations varient de 10 à 90 cm--, obligeant au déplacement des populations vivant sur le littoral.
Le recul de la banquise a aussi des effets positifs, selon les chercheurs. Il permettra à terme d'ouvrir un "passage nord" pour le trafic maritime entre les océans Pacifique et Atlantique -aboutissant à des gains de temps par rapport au trajet passant par le canal de Suez"-. Il crééra de nouveaux espaces à la pêche et à l'exploitation minière (La région arctique recèlerait d'importantes ressources en hydrocarbures).
"Ce n'est pas seulement négatif, ça ouvre aussi des possibilités. Cela dépend du point de vue : la compagnie pétrolière pense que c'est une bonne chose mais l'Inuit sur la banquise est certainement d'un autre avis".
B) La déclaration de Reykjavik (24 novembre 2004)
Les dirigeants des huit pays du Conseil arctique --Etats-Unis, Canada, Russie, Japon, Finlande, Suède, Islande et Norvège--, responsables à eux seuls d'environ 30 % des émissions humaines de CO2, se sont réunis, au niveau ministériel le 24 novembre 2004 à Reykjavik pour réfléchir aux suites politiques à donner à l'étude.
De cette réunion, il est sorti une déclaration, jugée « anodine et sans saveur » par nombre d'observateurs (dont les ONG environnementalistes), mais que la nature même du Conseil laissait prévoir. Dépourvu de pouvoir décisionnel contraignant, celui-ci ne pouvait qu'adopter des sortes de v?ux pieux. Il s'agissait avant tout de ne pas provoquer de réactions défavorables chez ses membres, et notamment aux Etats-Unis hostiles au protocole de Kyoto et à ses dispositions concernant les émissions de gaz à effet de serre.
II) La conférence de l'Ambassadeur Gunnar Palsson. Quelques conséquences politiques du réchauffement : un regard islandais
L'Ambassadeur Gunnar Palsson le précise au départ : il n'est pas simple de déduire des conséquences opérationnelles de l'étude des chercheurs et l'interface entre savants et décideurs est complexe.
Les responsables islandais, par exemple, avant toute prise de décision (en dehors de celles relatives à une réduction des gaz à effet de serre), doivent d'abord voir clair sur trois points. Ceux-ci sont essentiels dans un pays qui tire sa richesse actuelle (une des plus élevées du monde par tête d'habitant) d'une abondance de ressources naturelles (marines et énergétiques), de la mise en ?uvre de technologies avancées pour leur exploitation et du développement des transports maritimes et des communications, donc du commerce extérieur. Les points à éclaircir sont les suivants : 1) la productivité des centrales hydroélectriques sera certainement affectée par la fonte des glaciers : peut-on espérer que ce phénomène sera contrebalancé par l'accroissement des précipitations ; 2) s'agissant des pêcheries, elles seront touchées par le réchauffement des océans, qui entraînera de profonds changements dans la distribution des espèces de poissons. Certaines d'entre elles émigreront sans doute vers le Nord, comme le capelan. Par quoi seront-elles remplacées ? Quelles seront les conséquences économiques de ce changement ?
De ces deux interrogations, on peut déjà tirer une conséquence de nature politique. Les pays de la zone arctique doivent intensifier leur coopération en matière de recherches écologiques, et en matière d'interface science/politique ; 3) la diminution de la superficie de la banquise accroîtra le champ du transport maritime, et ouvrira de nouvelles « routes ». De par sa position, l'Islande, qui dispose de ports excellents, devrait pouvoir profiter de cette opportunité, et se prêter à des opérations de transit ou de transbordement des marchandises et des services. La coopération entre États arctiques dans le domaine des communications et des transports circumpolaires devient une nécessité absolue.
Pour autant, la collaboration dans le cadre du Conseil arctique -le seul forum intergouvernemental spécifique à la zone- ne saurait empiéter sur les activités d'autres organisations internationales, comme l'Organisation Maritime Internationale, l'OTAN, le Conseil de Partenariat Euro-Atlantique, ou le Conseil OTAN/Russie (les deux dernières pour les questions de sécurité internationale). Il appartient à chaque État arctique de prendre conscience intensément des problèmes les plus préoccupants (tel le réchauffement) et de faire usage de cette conscience dans les organismes auxquels il adhère et au sein desquels il est actif.
ENVIRONNEMENT : le Président islandais assiste à un forum international en Inde sur le « développement durable »
Le Président de la République Olafur Ragnar Grímsson a, début février, prononcé le discours d'ouverture d'un forum international consacré au développement durable, en Inde. Il en a profité pour mettre l'accent sur les conséquences du réchauffement durable, et donner en exemple le cas de la zone arctique, en s'appuyant sur le rapport des experts du Conseil arctique. Il a « invité les participants à venir en Islande et dans les régions arctiques se rendre compte des risques et enjeux en question », mettant en cause l'attitude des Etats-Unis, qui adoptent une attitude négative dans la lutte contre les émissions de gaz à effets de serre.
Il s'est par ailleurs félicité de la part prise par son pays dans cette lutte, grâce notamment à la promotion des énergies renouvelables, en particulier de l'énergie géothermique.
II) POLITIQUE INTÉRIEURE
A) SONDAGES
L'opposition fait grand cas d'un sondage paru début février, dans le Frettabladid, et qui n'apporte pas de grands changements par rapport à des enquêtes précédentes (voir le « Bulletin » de janvier 2005). Selon ce dernier sondage, les partis de l'actuelle coalition gouvernementale n'auraient le soutien que de moins de 47 % des électeurs (Parti de l'Indépendance du ministre des Affaires étrangères David Oddsson : 33 % environ ; Parti du Progrès du Premier ministre Halldor Asgrimsson : 13 %). L'opposition sociale-démocrate (l' « Alliance ») serait devenue le premier parti, avec 34 % des intentions de vote ; l'extrême-gauche s'établissant autour de 16 %.
On en déduit que 1) l'opposition est maintenant majoritaire, en supposant que ses deux piliers s'unissent ; 2) que le Parti du Progrès (plus de 18 % aux élections de 2003) est en chute libre, cela malgré la présence de son chef à la tête du gouvernement. Il ne disposerait plus, si des élections avaient lieu actuellement, que de 5 sièges au Parlement contre 12 depuis 2003. L'opposition insinue que la responsabilité de cette chute est à mettre au débit de Halldor Asgrimsson et de son manque de crédibilité, lui-même lié à son absence de charisme, à ses erreurs passées (sur l'Irak, en 2003) et présentes (alliance inconditionnelle avec David Oddsson et « suivisme » à l'égard de ce dernier, autoritarisme au sein de son Parti qu'il tente de contrôler en « bridant » les courants de gauche et les personnalités trop fortes, etc.). Pour la même opposition, qui s'efforce d'exploiter certaines rivalités personnelles et luttes de courants à l'intérieur du PP et d'en tirer parti, la tactique consiste, comme il est de bonne guerre, à jeter le doute chez les électeurs de ce dernier et à récupérer les « déçus ». La meilleure arme lui semble bien évidemment de s'en prendre à Halldor Asgrimsson, qu'elle estime, pour de nombreuses raisons, être le « maillon faible » de la coalition gouvernementale, alors que David Oddsson serait l' « homme fort ». Par ailleurs on pense par là creuser une fissure entre les deux formations associées au gouvernement.
L'avenir dira ce que vaut cette stratégie, qui s'inscrit tout naturellement dans la classique rivalité entre partis propre aux pays, comme l'Islande, où la vie parlementaire accorde une large place aux positions et aux combinaisons de ces formations. Reste que le dernier mot appartiendra aux électeurs, de moins en moins passionnés par les jeux du système. À suivre.
B) REMOUS AU PARTI DU PROGRÈS
Février a vu, d'abord, dans la perspective du Congrès du parti, de nombreuses péripéties et man?uvres au sein de celui-ci, de la part de personnalités marquantes et des divers courants, en vue de s'assurer lors de ces assises une position privilégiée. Quelques politologues résument ces péripéties en y voyant surtout un affrontement feutré entre le président Halldor Asgrimsson, suivi de fidèles inconditionnels (la ministre du Commerce et de l'Industrie Valgerdur Sverrisdottir, celui des Affaires sociales Arni Magnusson, etc.) et des compétiteurs éventuels désireux de contrebalancer la prééminence actuelle de Halldor.
Le Congrès, qui s'est tenu les 25, 26 et 27 février a porté la marque de ces turbulences internes. Certes, des compromis de dernière heure sont intervenus entre les principaux dirigeants pour donner l'image d'une certaine unité ; et c'est ainsi que les trois membres du « Directoire » sortants, malgré les divergences qu'ils peuvent avoir (notamment entre le président Halldor et le vice-président Gudni Agustsson), ont été réélus conjointement. Mais leurs scores ont été sensiblement inférieurs aux résultats obtenus il y a deux ans. Halldor Asgrimsson a été reconduit à la présidence, avec 81,85 % des votes contre 96,7 % en 2003. Le ministre de l'agriculture Gudni Agustsson -étiqueté « à gauche » -, à la vice-présidence, obtient 77 % contre 91,3 %. Enfin, l'ancienne ministre Siv Fridleifsdottir reçoit 81,7 % des suffrages contre 89,3 % en 2003. Le reste des suffrages s'éparpille sur divers noms, dont celui de celui de Kristinn H. Gunnarsson, marqué très « à gauche ».
Ce n'est pas la première fois que le PP est tiraillé entre des courants contraires : l'appartenance de l'Islande à l'OTAN, ou à l'Espace économique européen avait donné lieu jadis à des clivages plus profonds. De même les fluctuations des résultats électoraux (avec souvent des sondages préalables plus « mauvais » que les résultats réels) sont la règle, un noyau dur, non négligeable, d'électeurs fidèles se manifestant toujours lors des scrutins.
En tout état de cause, l'entourage de Halldor répète sans se lasser que l'horizon devrait s'éclaircir bientôt, après des débuts difficiles, marqués par une conjonction de difficultés importantes mais prévisibles : suites de la crise « institutionnelle » de l'été 2004 ; relance par l'opposition de querelles dépassées sur l'Irak ; grève des enseignants ; rivalités inévitables à l'approche du congrès du PP, etc.
Mentionnons (nous y reviendrons en mars) que le Congrès a voté, après des débats animés, une résolution demandant que l'on continue à recueillir des informations sur les conditions, les avantages et les inconvénients d'une éventuelle adhésion de l'île à l'Union Européenne. Il serait également primordial de définir les objectifs que devrait se fixer le pays s'il entrait en négociation avec Bruxelles à ce sujet.
Halldor et l'aile « europhile » du PP se félicitent de l'adoption d'une telle motion. Pour eux, elle n'est pas contradictoire avec le programme du gouvernement. Ce programme a exclu des objectifs de l'actuelle législature une adhésion à l'Union (à laquelle nombre de membres et d'élus du Parti de l'indépendance, le partenaire du PP au sein de la coalition au pouvoir, restent opposés ou réticents. Et plus spécialement, l'homme « fort » du cabinet, l'ancien Premier Ministre et actuel Ministre des affaires étrangères David Oddsson). Mais, au-delà de 2007, il convient, pour Halldor, de préparer l'avenir et de peser correctement le pour et le contre en ce qui concerne les diverses modalités des futures relations avec l'Union
D) REMOUS À L '» ALLIANCE » SOCIALE-DÉMOCRATE
Si des remous agitent le Parti du Progrès, le principal parti de l'opposition, l' « Alliance » (Samfyklingin), de tendance sociale-démocrate, est également soumis à des turbulences. Il s'agit de savoir qui, de Össur Skarphedinsson -l'actuel président et qui entend être réélu dans cette fonction lors du prochain Congrès de la formation (date non fixée)-, ou de Ingibjörg Solrun Gisladottir -l'ancienne maire charismatique de Reykjavik, qui en 2003 s'était posée en « challenger » de David Oddsson pour le poste de Premier Ministre, puis, après un net échec, s'était repliée sur la fonction de Vice-Présidente de l' « Alliance » -, conduira le parti pour les prochaines élections législatives. L'enjeu est de taille. Car, il sera question d'un possible changement de majorité et d'un retour de la gauche au pouvoir. Encore faut-il que les Sociaux-Démocrates, bien placés présentement dans les sondages, transforment l'essai et soient en mesure de revendiquer le poste de premier Ministre. Or de récentes enquêtes d'opinion sembleraient démontrer que Össur est trop terne pour conduire sa formation à une victoire indiscutable, mais que Ingibjörg Solrun est capable d'un tel « exploit ». Les adhérents du parti choisiront le moment venu, mais un récent sondage évalue à 77 % d'entre eux les partisans de la seconde.
II) POLITIQUE EXTÉRIEURE
A) Halldor Asgrimsson, David Oddsson et l'Irak
En février 2005, l'opposition a continué à attaquer le Premier Ministre sur l'appui apporté aux Etats-Unis en mars 2003 dans l'affaire irakienne. Il s'agit, semble-t-il, largement d'une opération de politique intérieure (voir ci-dessus).
Au début du mois, David Oddsson, qui participait à Bruxelles à une réunion des Ministres des affaires étrangères de l'OTAN, a constaté que, concernant l'Irak, les points de vue des nations membres se rapprochaient constamment, même si on n'arrivait pas encore à une complète unité de vues. Cela est encore plus évident sur l'Afghanistan. La Lituanie et l'Islande vont coopérer dans ce pays, selon David.
Le Ministre a également annoncé que l'Islande se chargerait du transport en Irak d'armes données par la Slovénie à ce pays, pour l'équipement de ses forces de sécurité et de police. Elle va par ailleurs contribuer à hauteur de 150 000 euros à un fonds de l'OTAN destiné à l'entraînement de ces forces.
B) Base de Keflavik : les discussions ont du retard
Il apparaît que les discussions islando-américaines sur la base de Keflavik, qui devaient, selon les prévisions, reprendre en janvier, sont retardées, sans qu'une date ait encore été fixée. La raison en est le calendrier très chargé des dirigeants américains et notamment de l'équipe du nouveau Secrétaire d'État
III) ÉCONOMIE
Reykjavík, 13.02.2005, 105
* La mesure des inégalités en Islande
La Lettre du Ministère des Finances, en date du 3 février 2004, fait état d'une étude des Nations Unies relative à la mesure des inégalités de revenus dans la majeure partie des pays du monde. Il existe des outils statistiques relativement simples qui permettent de mesurer ces inégalités et ainsi de comparer l'importance de ces inégalités dans les divers États où elles sont mesurées. Pour simplifier, le principal de ces outils est un « indice » appelé « coefficient de Gini », et plus ce coefficient (qui varie généralement entre 0,2 et 0,7) est élevé, plus la société est inégalitaire. Ainsi, pour ne prendre que des pays « développés » le coefficient s'établit autour de 0, 25 et 0,3 en Suède et en Finlande ; de 0,3 en France et en Allemagne, de 0,4 au Portugal, en Grèce, au Royaume-Uni, en Grèce et aux Etats-Unis.
L'Islande ne figure pas sur la liste des pays étudiés par les Nations Unies. Aussi bien, le Ministère des Finances, non sans rencontrer des difficultés méthodologiques rendant un peu aléatoire des comparaisons, a tenté de calculer le coefficient de Gini du pays à partir du revenu disponible (en comprenant ou non les revenus du capital) d'un échantillon limité de couples. Avec les revenus du capital, le coefficient aurait avoisiné 0,26 en 2000 et 0,3 en 2004. En les excluant, les chiffres seraient de 0, 23 aux deux dates. Bien entendu, ces mesures sont à prendre avec précautions ; mais elles semblent indiquer : a) que l'île fait bonne figure parmi les pays nordiques ; b) que ce sont les revenus du capital qui sont à l'origine de l'accroissement relatif des inégalités. Pour nombre d'économistes, l'adoption d'un système libéral favorable à l'initiative privée, et aux détenteurs de capitaux, est un facteur d'accroissement des inégalités, mais dans la mesure où il stimule la croissance, il tend à l'augmentation des revenus en général. À approfondir.
* Le Premier Ministre à la réunion annuelle de la Chambre de Commerce
- Le 8 février, le Premier ministre Halldor Asgrimsson a prononcé une allocution attendue à la réunion annuelle de la Chambre de Commerce d'Islande. Il a rappelé d'abord les changements profonds apportés, dans les dix dernières années, dans la politique économique de la nation. L'État a visé à « libérer les énergies », à se désengager là ou sa présence n'était pas nécessaire (nombreuses privatisations dans le secteur bancaire et financier notamment ; libéralisation des marchés, etc.), à ouvrir le pays vers l'extérieur. En plus il a mené une politique monétaire et budgétaire (avec notamment une réduction de la charge fiscale, et une compression des dépenses) prudente, condition de la stabilité des prix, de l'équilibre des finances extérieures et de la réduction des déficits publics. Le tout sans remettre en cause les bases d'un État-Providence très généreux. Le « miracle islandais » de ces dernières années a récompensé ces efforts : forte croissance ; et compétitivité mondiale de l'économie islandaise en progression constante : on est passé, selon le classement de l'IMD Business School en Suisse, de la 25ème place en 1995 à la 5ème en 2004.
Par ailleurs, ladite économie, naguère marquée par une prédominance écrasante des pêcheries, se diversifie de plus en plus : croissance des industries à forte intensité énergétique (aluminium, ferro-silicium) ; apparition d'activités reposant sur les hautes technologies (logiciels, pharmacie, biotechnologies, équipement médical, télécommunications) ; investissements à l'étranger. Ceux-ci, prenant des formes de plus en plus variées, ont crû de 24 milliards (de couronnes) en 1998 à 120 milliards en 2003.
- Dans ces conditions, Halldor Asgrimsson ne peut que se montrer ouvert face aux souhaits de la Chambre de Commerce, qui réclame de nouvelles réformes fiscales et « structurelles ». La réglementation doit s'assouplir en faveur de l'initiative privée, celle-ci adoptant des engagements de « fair-play » qui préviennent d'éventuels abus.
S'agissement des réformes fiscales à venir, Halldor fait preuve d'une relative prudence. Lorsque la conjoncture permettra de nouveaux allègements, il est d'accord pour revoir la question du timbre fiscal, ainsi que pour envisager un abaissement supplémentaire des droits d'accise (réduits fortement, récemment). La fiscalité des investissements, et en particulier des investissements étrangers, fera sans doute l'objet d'un réexamen. Les entreprises devront, en contrepartie, apporter plus de transparence dans leurs activités.
- Un des problèmes que l'actuel gouvernement a à résoudre rapidement est bien entendu la lutte contre les éventuels déséquilibres qui pourraient résulter des investissements industriels massifs en cours et à court terme (centrales électriques, usines d'aluminium, etc.) : tensions inflationnistes, déséquilibres des échanges extérieurs, etc. Le vote du budget 2005 avec un excédent estimé à 10 milliards va dans le bon sens, mais ne suffit pas. Il faut continuer à comprimer les dépenses, à réduire les investissements publics, attendre 2007 pour procéder à des baisses d'impôt. C'est alors que, loin d'avoir un effet inflationniste en augmentant la demande en période de surchauffe (comme d'aucuns le disent), elles seront les bienvenues, car elles éviteront une contraction brutale de l'économie, une fois le gros des investissements industriels réalisé.
En tout état de cause, la devise nationale, la couronne, a vu son cours grimper avec des avantages (baisse des prix des importations) et des inconvénients (les exportations et certains secteurs de l'économie menacés par les importations, sont gênés). Mais les entreprises sont mieux armées que dans le passé pour affronter cet « obstacle ».
- Les privatisations réalisées depuis 1999 ont -a souligné Halldor Asgrimsson- rapporté 55 milliards au Trésor Public. La réduction de la dette publique en a bénéficié largement. Le consommateur a, par ailleurs, enregistré une plus grande efficience des entreprises (notamment des banques) qui lui a profité. Bientôt, la privatisation de Landsiminn (Iceland Telecom), la plus grande opération de ce genre faite en Islande, va voit le jour et, les conditions du marché étant favorables, devra être un net succès, quoiqu'en dise l'extrême-gauche pour des raisons « idéologiques ». L'État cèdera la totalité des activités de l'entreprise, déjà en concurrence avec d'autres opérateurs. Il veillera à ce que les services actuellement rendus continuent à être assurés sir l'ensemble du territoire.
- Pour conclure Halldor a rappelé que l'étape décisive dans la « révolution tranquille » de l'économie islandaise lui paraissait l'entrée dans l'Espace Économique Européen, il y a dix ans, qui a facilité et accéléré le processus de réformes. Le Professeur Ragnar Arnason a souligné récemment que cette institution était menacée (par une adhésion possible de la Norvège à l'Union Européenne, ou par l'usure ?) et que Reykjavik, au lieu de s'y accrocher, devrait songer à en sortir, préférant une solution de type « suisse » : le pays négocierait avec l'Union un (ou des) accord de coopération portant sur des secteurs délimités. Pourquoi pas, même si la situation a beaucoup évolué depuis que Berne a défini sa position ? Pour Halldor, toutes les options présentent avantages et inconvénients ; et il ne faut fermer la porte à aucune (y compris l'adhésion à l'UE). Une Commission avec des représentants de tous les partis a été créée (juillet 2004) pour étudier ce problème et faire des propositions au Gouvernement. C'est là une étape décisive.
* Les pêcheries et la hausse du cours de la couronne sur le marché des changes
Les pêcheries auraient des difficultés à exporter leurs produits, entend-on dire, en raison du cours élevé de la couronne sur le marché des changes. Celui-ci rendrait les ventes peu compétitives, parce que trop chères dans les pays importateurs. Dans sa Lettre d'Informations (Weekly web release) du 10-2-2005, le Ministère des Finances estime la situation plus complexe. Les firmes exportatrices, entre 2001 et 2004, ont en effet diminué de moitié leurs ventes sur la zone dollar (la couronne s'appréciant de 40 % face au dollar), tandis qu'elles augmentaient celles concernant la zone sterling et la zone euro (la couronne s'y étant moins « appréciée). Signe remarquable de flexibilité de la part des entreprises, et marque d'une « résilience » accrue (face aux chocs) de l'économie nationale par rapport au passé.
Les pêcheries ont ainsi relativisé l'importance des fluctuations monétaires, en réalisant en novembre 2004 37 % de leurs exportations sur la zone euro, 29 % vers la zone sterling, 20 % vers la zone dollar, 5 % vers la zone yen.
* La notation du crédit par les agences spécialisées
Le Ministère des Finances signale (17 février) que la « notation financière » (risque du crédit) du Trésor islandais par l'agence spécialisée Stanley & Poor's s'est récemment améliorée. Son évaluation de la situation économique de l'Islande et des perspectives rejoint celle des grands organismes internationaux : FMI, OCDE (qui vient de publier un nouveau Rapport : nous en reparlerons).
* Statistiques démographiques : les migrations à l'intérieur de l'Islande et hors du pays
Le Bureau des Statistiques islandais http://hagstofa.is) a donné, le 14 février 2005, quelques indications chiffrées ( » Migration 2004) à propos des récentes migrations à l'intérieur de l'Islande et hors du pays. En 2004, il y a eu 65 576 changements de résidence en Islande, dont 55 613 à l'intérieur du territoire, tandis que 5 199 personnes s'y établissaient, et que 4 764 émigraient.
Au cours des dernières années, le flot des habitants quittant l'une des sept autres régions pour la capitale a diminué sensiblement (3,1 pour mille en moyenne annuelle entre 2001 et 2003 et 3,4 en 2004) après avoir beaucoup crû dans les années 90 (8,9 pour mille). La région la plus délaissée reste celle des fjords de l'Ouest (-27,6 pour mille en 2004), suivie du Nord-Ouest (-14,6).
Les migrations internationales à partir de l'Islande et vers ce pays sont assez « volatiles ». Entre 1986 et 1995, l'émigration nette est de 0,4 pour mille. Entre 1996 et 2000, les flux s'inversent : en 2000, l'immigration nette atteint un pic de 6,1 pour mille. Après des résultats contrastés de 2001 à 2003, l'immigration nette se situe en 2004 à 1,5 pour mille.
En 2004, 1 526 étrangers quittèrent l'Islande ainsi que 3 238 Islandais (principalement vers les pays Nordiques, le Royaume-Uni et les Etats-Unis). 2 783 nationaux revinrent de l'étranger en Islande et 2 416 étrangers s'y installèrent (Portugais : 520 ; Polonais : 233 ; Italiens : 164 ; Danois : 154.
* Commerce extérieur
Le 18 février, le Bureau des Statistiques a publié diverses informations concernant le commerce extérieur islandais en 2004. Avec des exportations s'élevant à 202,4 milliards de couronnes (contre 180,2 en 2003, à taux de change fixe) et des importations de 240,1 milliards (196,8 en 2003), le déficit commercial s'établit à 37,787 milliards de couronnes, contre 16,704 en 2003.
Si on analyse les exportations (de marchandises), on voit que les produits de la mer représentent 60,16 % du total. Les produits manufacturés en constituent 35,12 % ; les produits agricoles, 2,1 % ; les autres produits 2,62 %.
Du côté des importations, les matières premières et biens intermédiaires s'élèvent à 25,44 % de l'ensemble, les biens d'équipement à 22 % ; les biens de consommation à 18 % ; les équipements de transport à 16,66 % ; les produits énergétiques à 9,1 % ; les aliments et boissons à 8,67 %.
* La Banque Centrale relève ses taux d'intérêt
La Banque Centrale a annoncé une nouvelle hausse du taux d'intérêt de base, qui passe de 8,25 % à 8, 75 % à partir du 22/2. Depuis mai, 2004, les augmentations successives ont égalé 3,45 %.
L'arme monétaire est utilisée en raison, comme le souligne le Gouverneur de la Banque, des tensions inflationnistes fortes en cette période de « surchauffe » (lancement de grands projets industriels -électricité et aluminium- notamment dans l'Est du pays) et qui se poursuivront dans l'année. L'objectif de modération dans les hausses de prix, tâche essentielle de la Banque, est déjà mis en échec ; les limites assignées sont dépassées, et si l'on veut éviter le pire (spirale prix-salaires ; instabilité économique ; et perte de compétitivité de la nation) il faut réagir fermement ainsi que l'ont conseillé les experts des organisations internationales, l'OCDE et le FMI. La Banque laisse prévoir d'autres relèvements. Le Premier Ministre semble sceptique : selon lui l'inflation est due en bonne partie à la surchauffe immobilière, contre laquelle on semble désarmé.
* Sur le marché du travail
La Lettre d'information du Ministère des Finances en date du 24 février nous apprend que le taux de chômage est descendu entre janvier 2004 et janvier 2005 de 3,7 % à 3 %. L'année 2004, en raison du lancement de projets industriels (cf. supra), s'est montrée bonne pour la situation de l'emploi. Cet accroissement de la population au travail n'a pas, comme on aurait pu le prévoir, des conséquences inflationnistes importantes. En effet, pour nombre d'activités, l'Islande a recours à de la main d'?uvre immigrée (temporaire). En outre, les entreprises parfois délocalisent ou sous-traitent certaines opérations dans des États à faible coût de main d'?uvre. Ainsi la pression sur les salaires est-elle réduite.
Cette lettre (comme les suivantes) ne comporte (sauf rare exception) que des informations politiques, économiques et sociales sur l'Islande, à l'exclusion de "nouvelles" de nature culturelle et/ou artistique, et d'informations sur les manifestations islandaises en France et françaises en Islande.
Il existe en effet des sites ou des organes d'information qui fournissent ces autres informations. On signalera tout particulièrement :
1) la Revue "Courrier d'Islande" (trimestrielle, mais complétée par une lettre mensuelle) que l'Association "France-Islande" envoie par courrier postal à ses adhérents.
Pour en savoir plus sur cette Association, la Revue citée et le site Internet de « France-Islande », le contact est le suivant :
Association "France-Islande" (à l'attention de M. Jean Le Tellier) ; 31 avenue Thierry
92410 Ville d'Avray
e-mail : jean@jlet.net
2) l'excellent site de Christian et Marie-Françoise Gilabert, « Islande, au pays de la création du monde » : http://perso.wanadoo.fr/saga/gilabert
Ce site est une mine de renseignements pour tous les amoureux de l'Islande et notamment pour tous ceux qui envisagent de voyager dans le pays.





