Ambassade d'Islande - Paris, France

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Bulletin mensuel

Bulletin Mensuel: Décembre 2004

I POLITIQUE INTÉRIEURE


1. Révision de la Constitution
Suite à la crise constitutionnelle de l'été 2005 (le Président de la République ayant fait un usage, légal mais contraire à une tradition bien ancrée, de son droit de veto), le gouvernement avait annoncé qu'il conviendrait d'envisager une révision de la Constitution, afin de définir plus précisément les pouvoirs (et leurs limites) des organes principaux de l'État ; Président, Gouvernement et Parlement. Et aussi de clarifier les relations entre ces diverses autorités.

Dans cette perspective, le Premier ministre Halldor Asgrimsson a, le 6 décembre, demandé aux chefs des partis représentés au Parlement de désigner leurs représentants au « Comité Constitutionnel » chargé de proposer des amendements à la Constitution. Ce Comité comportera 9 membres, selon la répartition suivante : 3 pour le Parti de l'Indépendance (majorité ; centre-droit), 2 pour l' « Alliance » (opposition de centre-gauche sociale-démocrate) et 2 pour le Parti du progrès (centriste et appartenant à la majorité), 1 pour l'extrême-gauche Verte et 1 pour les Libéraux (dissidents du PI). Le Premier ministre en désignera le Président. Le Comité sera assisté par un groupe de 4 experts.
Halldor Asgrimsson a exhorté le futur Comité à travailler hors des querelles politiciennes au jour le jour et à rechercher des solutions consensuelles et durables.
2. Tempête dans un verre d'eau ? Une voix discordante au Parti du Progrès
Au début du mois quelques remous ont agité la classe politique, lorsque le Président du groupe parlementaire du Parti du Progrès, Hjalmar Arnason, lors d'une émission de télévision, s'est autorisé à dire que le soutien à la « coalition » anti-Saddam, l'an dernier, ne lui paraissait pas parfaitement fondé dans la mesure où les Alliés américains avaient communiqué au monde des informations inexactes sur les armes de destruction massive. Cela bien entendu ne devait pas conduire à remettre en cause la participation islandaise à la reconstruction de l'Irak, plus que jamais nécessaire.
Une telle prise de position d'un personnage important de la majorité gouvernementale, exploitée immédiatement par l'opposition et notamment l'Alliance » (sociale-démocrate), n'a pas été du goût du Ministre des affaires étrangères, David Oddsson (qui a réaffirmé l'appartenance de l'île à la coalition) ni du Premier Ministre, Halldor Asgrimsson, Président du parti auquel appartient Hjalmar. Il a répliqué?. à l'opposition, l'accusant de nuire à la reconstruction de l'Irak. Tempête dans le verre d'eau « politicien » ?

La « Gauche Verte » et son bouillant leader Steingrimur Sigfusson prirent à leur tour l'offensive, quelques jours, après en interrogeant le Premier Ministre sur les organes ou personnes responsables du soutien aux Etats-Unis en 2003. La man?uvre était visible : se montrer plus agressif que l'Alliance vis-à-vis des dirigeants actuels. Mais surtout pointer du doigt le rôle déterminant joué par David Oddsson, alors Premier Ministre, dans le soutien à George Bush. Il laissa entendre que les droits du Parlement et de la Commission des Affaires étrangères avaient été bafoués et même que le Ministre des affaires étrangères d'alors (Halldor Asgrimsson) n'avait été qu'un pâle exécutant des volontés du chef du Gouvernement.

Halldor répliqua en soulignant que ce retour constant sur des événements passés et sur la procédure alors mise en ?uvre ne constituait qu'une « diversion politicienne » (à laquelle il n'avait cessé de répondre depuis plus d'un an) et que la seule question actuelle était celle de la reconstruction de l'Irak et de ses progrès vers la liberté et la démocratie. Ce à quoi la communauté internationale se devait de contribuer, avec le soutien des Nations Unies.


3. Satisfaction du Premier Ministre
Halldor Asgrimsson, répondant à des journalistes, souligne que globalement l'année 2004 a été bonne pour l'Islande, une des « nations les plus riches du monde ». Il ne s'inquiète pas des récents sondages, faisant état d'un recul dans l'opinion publique de son propre parti (qui souffrirait d'une alliance avec le Parti de l'Indépendance). Les deux partis du gouvernement sont forts et leur collaboration est fructueuse, selon lui. S'agissant des tensions sur les prix, il ne manque pas de rappeler que la hausse de l'indice en 2004 est due pour moitié à l'augmentation des cours du pétrole et à celle de la construction de logements (facilitée par la politique « laxiste » de prêts aux acheteurs pratiquée par les banques et mal vue du Premier ministre) et n'est pas particulièrement inquiet pour l'avenir, le « boom » immobilier devant se ralentir notamment.

II ÉCONOMIE


1.Vote du budget pour 2005
Dans sa lettre du 9 décembre, le Ministère des Finances se réjouit du fait que, grâce à une bonne collaboration entre ses services et le Parlement, le budget a pu être adopté dès le 4 décembre, c'est-à-dire plus tôt que d'habitude. Cela aidera le travail des administrations et des agences gouvernementales, qui sauront assez à l'avance sur quels crédits elles peuvent compter. L'excédent budgétaire qui résulte du vote est de 10 milliards de couronnes (soit près de 1,25 % du PIB), dont 4 serviront au remboursement de la dette.
2. Hausse des taux d'intérêt
La Banque Centrale a annoncé au début décembre une nouvelle hausse du taux d'intérêt de base, qui passe de 7,25 % à 8, 25 % à partir du 7/12. Depuis mai, les augmentations successives ont égalé 2,95 %.
L'arme monétaire est utilisée en raison, comme le souligne le Gouverneur de la Banque, des tensions inflationnistes fortes en cette période de « surchauffe » (lancement de grands projets industriels -électricité et aluminium- notamment dans l'Est du pays) et qui se poursuivront en 2005. L'objectif de modération dans les hausses de prix, tâche essentielle de la Banque, est déjà mis en échec ; les limites assignées sont dépassées, et si l'on veut éviter le pire (spirale prix-salaires ; instabilité économique ; et perte de compétitivité de la nation) il faut réagir fermement d'autant qu'il n'est pas sûr que l'austérité budgétaire, annoncée par l'État, soit aussi « réussie » que prévue. Le Ministre des Finances, Geir Haarde, remarque à ce propos, tout en saluant l'effort de la Banque, que sa tâche de « rigueur budgétaire » est nettement plus délicate, compte tenu de ses conséquences politiques et sociales.
3. Prévisions de l'OCDE
Les récentes Perspectives économiques établies, pour le monde et chaque pays membre, par l'OCDE pour les années 2005 et 2006 sont, en ce qui concerne l'Islande, plus optimistes en matière de croissance à venir que celles annoncées en septembre par le Ministère des Finances islandais : 5,2 % et 4,8 % au lieu de 5 et 4,5. L'OCDE envisage une inflation moyenne de 3,9 %, mais pouvant par moments dépasser 4 %. Elle met en garde contre un déficit courant à même de grimper jusqu'à 12 %. Elle semble juger « timides » l'action gouvernementale en matière de rigueur budgétaire et celle de la Banque centrale pour la politique monétaire.
4. Fiscalité : un impôt progressif qui ne dit pas son nom
En raison des déductions et seuils existant en matière d'impôt sur le revenu, et qui avantagent surtout les titulaires de faibles revenus, cet impôt, bien que fondé sur le principe d'un taux unique, est en pratique un impôt « progressif », remarque le Ministère des Finances dans sa lettre du 2 décembre.
Pour les titulaires de revenus inférieurs ou égaux à 100 000 couronnes, le prélèvement s'élève à 9,5 % ; il est de 23,3 % pour 200 000 couronnes ; de 30,7 % pour 300 000 couronnes ; et de 32,9 % pour 500 000 kr et au-dessus.
En 2007, une fois achevé le programme de baisses d'impôt programmé, les taux ci-dessous seront de 3,5 % ; 18,4 % ; 25,8 % et 27,3 %
5. Les subventions agricoles
Le Ministère des Finances, qui sait bien que dans le cadre des futures négociations internationales de l'OMC, l'Islande devra, comme nombre de pays, réduire des subventions agricoles, rappelle le 2 décembre que :
*les subventions pour la production laitière se sont accrues annuellement de 2,4 % au cours des dix dernières années ; depuis quelques années, le nombre d'éleveurs baisse de 5 % par an ;
*les subventions aux producteurs de viande ovine ont reculé de 1,1 % par an depuis 10 ans ;, mais depuis 1994 le nombre de ces fermes a diminué d'1/4. Actuellement l'aide est versée à concurrence de 6 500 tonnes de viande (soit 350 000 moutons). La production dépasse ce montant et le reliquat est exporté sans subvention.
Des primes ont été distribuées aux éleveurs ovins acceptant d'abandonner la production.
*au total, en 2005, les subventions pour le lait se monteront à 4,152 milliards de couronnes ; celles pour la viande ovine à 2,390 milliards ; celles pour les légumes (introduites en 2002) à 300 millions.
6. Abolition du plus vieil impôt islandais
Le Ministère des Finances rappelle (16 décembre 2004) que la fin 2005 verra l'abolition du plus vieil impôt islandais : l'impôt sur la richesse « nette ». Cette taxe apparut pour la première fois en 1096-1097 quand la « dîme de l'évêque Gissur Isleifsson » devint une loi. Le produit de cette taxe, égale à 1 % de la richesse nette (de dettes) était partagé par quarts entre les pauvres, l'évêque, le clergé et la paroisse. Le roi (danois) se substitua à l'évêque en 1556. En 1877, trois ans après l'octroi à l'île d'une Constitution lui accordant l'autonomie budgétaire, le vieil impôt fut transformé en impôt sur la richesse foncière, puis, avec les réformes fiscales, connut divers aménagements. La suppression de ce prélèvement dès 2006 marque donc une pierre angulaire dans l'histoire des finances de l'Islande.

III POLITIQUE ÉTRANGÈRE


1. Rencontre des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN
Une rencontre des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN s'est tenue dans la première quinzaine du mois, et selon le ministre David Oddsson, l'ambiance y a été excellente. La participation de l'Islande aux opérations en cours en Afghanistan et en Irak a fait l'objet d'un examen positif.
2. Augmentation de l'aide au Tiers Monde
Comme l'avaient annoncé les Ministres concernés, l'aide islandaise aux pays pauvres, qui était déjà passée de 583 millions de couronnes (0,09 % du PIB) en 1999 à 1644 millions (0,19 %) en 2004, progressera encore en 2005 : 2029 milliards (0,21 %). C'est ce qu'annonce la « lettre » du Ministre des Finances en date du 16 décembre. Nos lecteurs trouveront de plus amples informations sur cette assistance (dont David Oddsson annonce qu'elle atteindra 0,35 % du PIB en 2009) mise en ?uvre par l'agence ICEIDA, ses objectifs dans chacun des pays aidés, ses résultats sur le site de l'Agence : www.iceida.is

BRÈVES


- L'Office des Statistiques vient de publier la brochure « Iceland in figures 2004-2005 » (32 pages). Consultable sur le web : www.hagstofa.is
- HAUTE TECHNOLOGIE : COOPÉRATION AVEC LES U.S.A.
La récente lettre d'informations « Iceland Update » (n°2, 2004), publiée par l'Agence pour les Investissements (étrangers) en Islande, signale trois exemples d'investissements américains dans la haute technologie islandaise. D'abord, la compagnie VIASYS Healthcare a acheté la société islandaise Taugagreining, fondée en 1987 et spécialisée en technologie de l'électroencéphalogramme. Également le groupe islandais Nimblegen a passé un accord de coopération avec Wicell pour un laboratoire travaillant sur les cellules souches. Enfin, l'américain Enpocket a acquis Landmat, société spécialisée dans certains services de la téléphonie mobile.
La même Lettre reprend l'information de l'organisme Transparency International, qui, se fondant sur 18 indicateurs, publie chaque année un indice de la « corruption » dans le monde comparant 148 pays. L'Islande arrive en troisième position des pays les moins « corrompus » précédée seulement par la Finlande et la Nouvelle-Zélande.


- NOUVELLES DE L'UNIVERSITÉ D'ISLANDE


L'Université d'Islande (Département des Études d'Islandais ; Faculté des Humanités) nous fait savoir que, à partir de la rentrée universitaire 2005, elle organise, à l'intention des étudiants étrangers, un cycle d'un an, le Master of Arts (M.A.) en Études médiévales islandaises, s'adressant aux étudiants souhaitant approfondir leurs connaissances des textes, de la littérature, de la civilisation du Moyen-Âge islandais. Les cours seront donnés en anglais par les meilleurs spécialistes de ces disciplines, dans une perspective interdisciplinaire.
Un dépliant d'information est disponible sur le site : http://www.hi.is/nam/heim
Vous pouvez aussi contacter les responsables : Gudrun Nordal (gnordal@hi.is) et Asdis Egilsdottir (asd@hi.is).
La première session (cours, séminaires et colloques, travaux personnels) commencera en septembre 2005. Les inscriptions devront être faites avant le 1er mars 2005.
News
- CINÉMA
L'Académie islandaise du film et de la télévision, a attribué ses prix (les « Eddas ») le 14 novembre. « Cold light » (Kaldaljos) est le grand triomphateur de la sélection et reçoit 6 des principaux prix, devenant le candidat de l'Islande aux Oscars étrangers.

-BIBLIOGRAPHIE, par Gérard Alant
« PORTRAIT DE L'ISLANDE »
Un ouvrage écrit par Jacques MER
Editeur : La Documentation Française

À l'occasion de la « Quinzaine Culturelle Islandaise » qui s'est tenue en automne 2004, l'Ambassadeur d'Islande en France, Mme Sigridur Snaevarr avait demandé à M. Jacques MER sa contribution pour la publication d'un ouvrage pouvant donner une lumière la plus exhaustive possible de l'Islande avec un panorama allant de la naissance de la nation islandaise à nos jours.

Le fait d'avoir confié cette publication à M. Jacques MER, Docteur en sciences économiques et ancien ambassadeur de France en Islande de 1988 à 1992, était certainement un choix judicieux, car devenu un grand ami de l'Islande depuis son séjour en tant que diplomate dans ce pays, il est le mieux placé pour donner une analyse poussée de la vie économique et politique de l'Islande.

Cet ouvrage n'est toutefois pas réservé aux seuls initiés ou spécialistes de ces matières.
« Portrait de l'Islande » débute par une présentation du « Cadre naturel et humain (nature, environnement, démographie, etc?) et par un « Aperçu historique » (la colonisation, l'Althing, la République, les années noires et l'indépendance), qui aident à mieux comprendre le caractère exceptionnel de cette petite nation.

Les chapitres suivants traitent des institutions et de la vie politique islandaise, des grands secteurs de l'économie, de la vie politique économiques et ses instruments, ainsi qu'une étude sur les relations extérieures de l'Islande.

En conclusion, Jacques MER nous donne son sentiment sur la société islandaise telle qu'elle lui apparaît, sentiment personnel certes, mais assez pédagogique pour ceux qui découvrent cet étonnant et déroutant pays.

Nous extrayons de cette conclusion un paragraphe qui reflète bien les différentes facettes de l'Islande : « ?.l'Islande d'aujourd'hui est marquée par de vifs contrastes, liés sans doute à cette évolution (le pays ayant connu en soixante ans une évolution accélérée?.). On peut dire qu'elle est dans le même temps une « société d'avant-hier et d'après-demain ».

L'ouvrage est complété de deux annexes dont l'une consacrée au « Système social islandais » (rédigé par Jacques MER sur les bases fournies par Mme Berglind Asgeirsdottir, secrétaire général adjoint de l'OCDE) et l'autre intitulée « La culture islandaise à vol d'oiseau » rédigée par Jeanne Heisbourg secrétaire à l'Ambassade d'Islande en France.

Portrait de l'Islande est édité par la Documentation Française dans le cadre de ses ETUDES.



 

 

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