Bulletin mensuel
Bulletin Mensuel: Juin 2004
L'ACTUALITÉ ISLANDAISE EN JUIN 2004
ENVIRONNEMENT
- Pêche : les recommandations de l'Institut de recherches marines et les décisions du Ministre
L'Institut recommandait que le " quota " pour le cabillaud soit diminué (de 209 000 tonnes à 205 000) pour la saison de pêche 94-95, le cabillaud étant victime d'une baisse de son poids moyen, car il trouve moins de capelan à manger (réchauffement de l'océan ?). En revanche, l'églefin et le colin noir " se portent bien " et le quota pourrait passer de 75 000 à 90 000 tonnes pour le premier et de 50 000 à 70 000 tonnes pour le second. Le flétan du Groenland voit sa population diminuer : il faut donc réduire les prises.
Sauf quelques légères exceptions) le Ministre des Pêcheries a, fin juin, fixé les quotas en adoptant les recommandations de l'Institut, notamment pour le cabillaud, l'églefin et le colin noir.
Ces exemples montrent bien l'mportance des considérations environnementales sur l'économie de la pêche : pour le moment, on ne voit pas encore très clair sur l'avenir des stocks de capelan.
- Réchauffement de l'océan
La température de l'océan au large de l'Islande du Nord a augmenté de 5° au cours des dernières années, pour des raisons liées aux courants marins. Cela a eu des conséquences sur la biosphère marine. Certaines espèces de poissons (églefin, merlan, etc.) se sont développées. En revanche, le cabillaud en a pâti, car il se nourrit beaucoup de capelan et le capelan déserte les eaux qui se réchauffent.
- Chasse à la baleine : Poursuite du plan islandais de "recherche scientifique sur la baleine"
Un communiqué officiel, accompagné par une déclaration du ministre des Pêcheries, Arni. M. Mathiesen (voir le texte en anglais sur le site du Ministère : http://eng.svavarutvegsraduneyti.is), en date du 1er juin, le confirme : l'Islande poursuit en 2004 son plan minimal de recherche scientifique sur la baleine, lancé l'an dernier, et continue donc à une échelle limitée la "chasse scientifique" à la baleine (qui, au lieu des deux seules années 2003 et 2004 initialement envisagées, durera quelques années de plus).
Le point de vue des Islandais
Reykjavik n'a pas l'intention de chasser des espèces de baleines menacées d'extinction, exploitées autrefois sur une vaste échelle par les grandes nations baleinières. Le programme scientifique islandais fait partie de sa politique globale pour l'utilisation durable des ressources marines.
Les autorités ont comme priorité absolue la nécessité de préserver les ressources des océans. L'économie du pays en dépend environ pour deux tiers de ses exportations de marchandises. Un déséquilibre écologique provoqué par la surexploitation ou par d'autres causes en eaux islandaises aurait des conséquences dramatiques.
L'Islande a, d'ailleurs, été l'un des cinq premiers pays à porter sa zone de pêche à 200 milles nautiques en 1975, afin d'empêcher la pêche non contrôlée autour de l'île par des chalutiers en provenance d'autres pays européens et mettant en péril les stocks. Depuis lors, elle a pris toutes les mesures pour assurer une pêche équilibrée et durable dans les eaux en question en appliquant un système de quotas rigoureux pour de nombreuses espèces de poissons comme le cabillaud, le flétan, le sébaste, l'églefin, le hareng et le capelan.
Reykjavik s'enorgueillit d'être pionnier dans la lutte contre la surpêche, et a du reste été suivie en cela par beaucoup de pays. Les quotas sont fixés selon les recommandations des scientifiques, qui observent régulièrement l'évolution de tous les stocks. Les baleines faisant partie intégrante de l'écosystème marin, elles doivent évidemment être comprises dans une recherche approfondie, qui aide à jeter les règles d'une gestion rationnelle des ressources marines fondée sur une approche multiespèces et une connaissance des interactions au sein de cet écosystème.
D'après les études présentées au Comité Scientifique de la Commission Baleinière Internationale, il y a d'importants stocks de certaines espèces de baleines, alors que d'autres espèces continuent d'être menacées. On estime qu'il y a plus de 67.000 petits rorquals (baleines de Minke), 24.000 rorquals communs et 10.000 rorquals boréaux dans le milieu de l'Atlantique nord. La consommation annuelle de poisson par les baleines dans cette région, de krill et d'autres biomasses, est estimée à quelque 6 millions de tonnes métriques, dépassant de beaucoup le chiffre des prises islandaises s'élevant à 1.5 à 2 millions de tonnes/an. Ceci n'est qu'un exemple de l'impact des baleines sur l'écosystème marin.
Il serait irresponsable d'ignorer cet élément très important. D'une part, les savants islandais remarquent que les nombreux rorquals (ou baleines de Minke) menacent la reconstitution de plusieurs espèces, par exemple le cabillaud, dont ils font une énorme consommation. De l'autre, il semble probable que les espèces de baleines plus nombreuses, comme la baleine de Minke, le rorqual commun et rorqual boréal, seraient en train d'occuper la place écologique que certaines autres espèces de baleines, menacées, occupaient avant, de sorte que ces dernières ont plus de mal à se reconstituer. Une étude à ce sujet est prévue.
L'Islande fut dans le passé l'un des premiers pays à mesurer l'importance de la préservation des espèces baleinières. Déjà au début du siècle dernier quand il y eut des alertes à la surexploitation baleinière, l'Islande avait interdit la chasse aux grandes baleines de 1915 à 1935. La chasse ne fut reprise qu'en 1948 (en dehors de quelques petites prises à partir d'une station baleinière à terre entre 1935 et 1939) et l'on a imposé une réglementation stricte et de sévères restrictions à cette chasse ; entre 1948 et 1985 celle-ci était limitée à une chasse de petite envergure à partir d'une station baleinière à terre. C'est ensuite que toute opération baleinière commerciale a été interdite, en raison du moratoire international décrété par la CBI en 1982 et prenant effet en 1986.
Telles sont les diverses raisons pour lesquelles les stocks principaux des grandes baleines, c'est-à-dire les baleines de Mike, rorquals communs et rorquals boréals, sont aussi abondants dans le milieu de l'Atlantique nord.
L'Islande s'est toujours fait le champion d'une coopération Internationale pour défendre une gestion durable des ressources maritimes, y compris les baleines, et ne s'est jamais départie de cette attitude y compris au sein de la Commission Baleinière Internationale (CBI), fondée sur la Convention Internationale pour la Réglementation de la Chasse à la Baleine du 2 décembre 1946.
Elle a toutefois quitté la CBI en 1992 afin de protester contre l'incapacité de celle-ci à réglementer scientifiquement la chasse à la baleine et à promouvoir les recherches baleinières, au lieu de quoi elle avait interdit en bloc toute chasse, sans tenir compte des découvertes scientifiques dans ce domaine.
Il y a peu de temps l'Islande a rejoint la CBI (en émettant une
réserve de principe sur l'interdiction de la chasse à la baleine commerciale). Elle participe à sa Nouvelle Procédure de Gestion (NPG) fondée sur le concept du rendement équilibré maximal. En outre, l'île s'est engagée à ne pas autoriser la chasse commerciale de la baleine avant 2006 ou pendant la durée d'élaboration d'une réglementation s'appuyant sur ledit concept (RMS : Revised Management Scheme).
Le plan de chasse scientifique pour 2003 avait limité son champ d'activité à la capture de 36 baleines de Minke, soit beaucoup moins que le quota prévu au début de l'année et soumis alors à la CBI, et qui portait sur 250 baleines (100 baleines de Minke, 100 rorquals communs et 50 rorquals boréaux).
Pour 2004, le plan demeure très " minimaliste " ; et est limité à la capture de 25 baleines de Minke (la population de cette espèce est estimée par la CBI à 45 000 pour les eaux proches de l'Islande).
Quelques "réponses" islandaises
L'an dernier, les associations environnementalistes, dans divers pays, avaient protesté contre la décision islandaise. Un argumentaire (également sur le site Internet mentionné) du Ministère islandais, en prévision de certaines questions, souligne que :
* dans le contexte d'une étude complète des interactions dans l'écosystème marin, la " capture " de quelques baleines est indispensable pour connaître la composition précise de l'alimentation de ces mammifères (en poissons notamment) ; pour comparer leur structure génétique et leur reproduction, avec celles des baleines au large de la Norvège et du Groenland ; pour approfondir les causes de leur mortalité (agents pathogènes, etc.) ; pour évaluer la santé du stock ; enfin pour apprécier l'exacte valeur (souvent insuffisante, pour la connaissance de l'alimentation) des méthodes non-léthales d'étude ;
* les prises envisagées pour 2004 (très modestes en valeur absolue, et réduites par rapport aux intentions initiales), ne sauraient mettre en danger l'espèce des baleines de Minke (dont 43 000 fréquentent les eaux islandaises, selon une estimation du Comité scientifique de la CBI), ce dont le Comité convient même si il est partagé sur d'autres sujets ;
* l'Islande apprécie hautement les travaux de ce Comité scientifique ;
* la "chasse scientifique" n'est en rien illégale, selon les critères de la CBI : le moratoire porte seulement sur la "chasse commerciale" (ce par quoi l'Islande ne se sent d'ailleurs pas engagée) ;
* Reykjavik n'estime pas qu'elle compromette les travaux de la CBI sur la Réglementation à l'étude (RMS, cf. supra)) d'une future gestion "durable" des stocks de baleines. Celle-ci est compromise par les pays qui ne souhaitent pas qu'on envisage une exploitation des ressources baleinières mais veulent qu'on les protège totalement ;
* l'Islande n'envisage pas de vendre à l'étranger la viande provenant de la chasse scientifique, qui pourrait être commercialisée sur le marché intérieur. Les recettes attendues sont loin de couvrir les coûts, élevés, de ladite chasse ;
* l'Islande ne considère pas, a priori, comme condamnable le commerce international des produits baleiniers. Mais le problème n'est pas là actuellement ;
* la chasse scientifique n'est pas soumise aux impératifs de rentabilité qui seraient ceux d'une exploitation à des fins commerciales. Les quantités et les espèces capturées sont déterminées par des critères spécifiques et uniquement liés à la recherche ;
* pour diverses espèces, des informations importantes nécessitent la capture des mammifères ; pour d'autres non (et l'Islande obtient déjà des données sans capture : analyse des excréments ; biopsies, etc., sont pratiquées). L'alimentation précise des baleines, plusieurs métabolismes, nécessitent la dissection des appareils digestifs. La connaissance rigoureuse de la reproduction de diverses catégories, de la composition par âges de leurs stocks, a parfois la même exigence, ainsi que l'action de polluants sur leur santé, etc. On multiplierait les exemples ;
* la taille minimale de l'échantillon "chassé" obéit aussi à des contraintes scientifiques que Reykjavik compte prendre en compte scrupuleusement :
* la capture des baleines ne gênera pas les " croisières d'observation des baleines en mer " qui connaissent un succès croissant en Islande. Les deux " activités " n'auront pas lieu dans la même région. Les croisières ne peuvent être entravées que par une désinformation de l'opinion.
POLITIQUE INTERIEURE
- Veto et élection présidentiels
Voir annexe à la fin de ce bulletin
POLITIQUE EXTERIEURE
- Visite du Secrétaire-général de l'OTAN en Islande
À la mi-juin, le Secrétaire général de l'OTAN, Japp De Hoop Scheffer s'est rendu en Islande, où il a eu des entretiens approfondis avec le Premier Ministre et le Ministre des Affaires étrangères. Se félicitant de la participation accrue de l'Île à l'OTAN (Afghanistan, etc.) il a souligné qu'il était prêt comme son prédecesseur l'avait fait- à faciliter le dialogue entre Reykjavik et Washington sur la base de Keflavik (voir nos précédents numéros)
- Coopération Nordique
Lors d'une réunion des Ministres nordiques de l'Éducation, tenue en juin en Islande, l'harmonisation des diplômes et des curriculums au sein de la zone a été renforcée, afin de faciliter la mobilité des étudiants et des élèves du secondaire. Également seront intensifiées les coopérations en matière de science et de recherche.
- Négociations avec Bruxelles sur les produits agricoles
Comme suite à divers accords internationaux, l'slande s'apprête à négocier avec la Commission de Bruxelles de l'Union européenne sur les quantités (très limitées : 1350 tonnes jusqu'à 2003) de viande de mouton et le nombre (réduit :100 en 2003) de chevaux admis à entrer sans droits de douane sur le territoire de l'Union européenne pour les années à venir. Les Islandais espèrent une progression substantielle de ces quantités, qui sont une exception au principe que les produits agricoles islandais (non couverts par l'accord sur l'Espace Économique européen) sont soumis à des tarifs douaniers s'ils sont exportés vers l'Union.
ECONOMIE
- Allocution du Premier Ministre devant l'American Enterprise Institute de Washington (14 juin 2004)
Dans cette allocution, le Premier Ministre David Oddsson (texte complet sur le site du Premier Ministre : www.eng.forsaetisraduneyti) a mis l'accent sur les succès remportés par l'économie de son pays depuis 1991, date à laquelle le gouvernement, sous sa direction, a tourné le dos aux vieilles recettes " étatistes et dirigistes ", pour adopter résolument une ligne libérale. Privatisations, désengagement de l'État, baisse d'impôts et adoption de l'économie de marché ont entraîné une croissance sans précédent, une réduction des déficits, et une amélioration continue du pouvoir d'achat profitable à tous les Islandais. C'est un véritable "hymne" au libéralisme économique qu'a prononcé le Premier ministre, égratignant au passage ses opposants de gauche. La politique étrangère a été évoquée, David rappelant la solidité des liens de l'Islande avec Washington et souhaitant que le "différend" avec les Etats-Unis sur la base de Keflavik soit rapidement résolu, en tenant compte du besoin de sécurité de l'Île.
- Réformes fiscales
Le Ministère des Finances publie la liste des principales lois fiscales et financières votées depuis octobre 2003. Parmi celles-ci, on remarquera une simplification et un allègement de l'impôt sur les successions. Voir le site du Ministère (http://eng.fjarmalaraduneyti.is).
- Nouvelle hausse des taux d'intérêt par la Banque Centrale
La Banque Centrale a décidé, début mai, une hausse de ses taux, effective à partir du 8 juin. Elle est de 0,25 points, portant le taux de base à 5,75 %.
Il s'agit, en fonction des prévisions économiques concernant 2004 et 2005, de lutter contre une hausse des prix qui dépasserait les limites fixées par la Banque.
La Banque refera le point d'ici peu.
- Hausse des prix
Le Ministère des Finances a constaté en mai et juin des hausses de prix supérieures aux prévisions et dues en partie à la construction de logements et au renchérissant du pétrole. Il fait remarquer que la situation est la même tant aux Etats-Unis que dans ls autres pays nordiques, par exemple.
- Prix du pétrole
Le Ministère des Finances vient de publier une étude sur les relations entre le cours du pétrole et la croissance : une augmentation durable et sensible du premier peut compromettre la seconde. Voir le site Internet du Ministère
- Commerce extérieur
L'Office des Statistiques a publié récemment une étude sur le commerce extérieur islandais. En voici les principaux points :
Du fait des contraintes naturelles, l'Islande doit importer une part considérable des matières premières, denrées alimentaires, biens manufacturés et équipements dont elle a besoin. De plus les dimensions réduites de son marché intérieur interdisent l'implantation sur son sol de nombreuses activités et le recours à l'extérieur s'impose. Le poids des importations est lourd (importations de biens = 24,74 % du PIB en 2003). Heureusement le pays dispose de ressources naturelles : les richesses des océans l'entourant et l'énergie thermique et hydraulique. Il payera donc ses achats en vendant principalement les produits de sa pêche et ceux des industries à haute intensité énergétique. En 2003, les exportations de marchandises égalaient 22,6 % du PIB
Le contenu et les partenaires des échanges
Si, au cours des dernières décennies, le volume et la valeur des échanges ont beaucoup crû, leur composition s'est modifiée dans une moindre mesure. S'agissant des partenaires, on notera la montée en puissance de l'Union Européenne
1. Le contenu des échanges de marchandises
Les exportations : la pêche ... et le reste
La diversification de l'économie et des exportations, recherchée de longue date par les gouvernements, a rencontré des obstacles, mais a fait des progrès appréciables. En 1960, 90 % des exportations étaient constituées par des produits de la mer ; en 1994, 75,3 % ; en 2003 la proportion n'était plus que de 62 % ; elle devrait encore décroître à moyen terme avec la réalisation des grands projets industriels. Ce phénomène recèle plus d'une conséquence positive : entre autres, elle limite en partie les fluctuations affectant les devises apportées par l'exportation, et qui sont dues, dans le cas du poisson, aux variations des prises liées aux conditions environnementales, et aux oscillations des cours sur les grands marchés.
Les exportations industrielles représentaient en 2003 34 % des ventes à l'étranger, l'aluminium comptant pour quelque 19 %. L'avenir est prometteur : il l'est aussi pour divers produits reposant sur des technologies avancées, où les Islandais se sont constitué des "créneaux".
En revanche, les industries traditionnelles et surtout l'agriculture voient leur part diminuer : 1,9 % pour l'agriculture en 2003 (où subsistent quelques "niches" : aquaculture, chevaux vivants, duvet, fromages).
Les importations
En raison des bases étroites de l'économie islandaise, les importations sont variées. En 2003, les biens d'équipement et les équipements de transport constituaient 35,8 % (22,6 % et 13,2 %) du total des marchandises ; les matières premières et biens intermédiaires, 27 % ; les biens de consommation près de 20 % (plus les aliments et boissons : 9 %) ; les produits énergétiques 7,6 %.
La balance commerciale
Son solde est volatile, en raison des variations de la conjoncture. La surchauffe des années 1998-2000 avait conduit aux résultats suivants pour 2000 : Importations (fob) : environ 187 milliards de couronnes.
Exportations (fob) : 149 milliards. Déficit : 38 milliards, soit 5,74 % du PIB.
En 2003 (année toutefois moins bonne que 2002), les chiffres se sont améliorés : E = 182,6 ; I = 199,5 ; déficit : 16,9, soit environ 2,1 % du PIB (données provisoires). Le passage d'un excédent en 2002 (2,6 milliards) au déficit de 2003 s'explique en partie par les fluctuations monétaires (hausse de la couronne), celles des cours du poisson et de l'aluminium, etc. On prévoit un solde négatif de 26 milliards en 2004.
2. Les partenaires
L'approfondissement des relations avec l'Union Européenne, formalisé par l'appartenance à l'Espace Économique Européen a consolidé, dans les deux sens, la part de cet ensemble dans les échanges de l'île.
Aux exportations : l'Union européenne, premier client.
- Traditionnellement, les pays de l'Union sont de gros acheteurs de poisson, que leurs flottes allaient jadis pêcher autour de l'île.
Par ailleurs, depuis trente ans, les Islandais ont trouvé avantage à transférer partiellement leurs ventes du marché américain vers le marché européen (différences de cours, de change, etc.)
En 2003 l'Union européenne achetait 72,1 % (52,3 % en 1980) des exportations de marchandises islandaises (chiffres de la Banque Centrale), dont 48,2 % pour la zone euro. Le Royaume-Uni est le premier client européen : 17,52 % en 2003 (données de l'Office des Statistiques). Il achète d'abord du poisson (cabillaud, langoustines), ainsi que de l'aluminium.
Le second client, avec lequel les liens sont anciens et solides, est l'Allemagne (18,43 % des exportations en 2003) : surtout aluminium, mais aussi sébaste et capelan, etc.
Les Pays-Bas absorbent en 2003 11,25 % des marchandises islandaises (d'bord l'aluminium), qui sont parfois réexportées vers les pays voisins, dont la France (poisson). Viennent ensuite l'Espagne (6,3 % : poisson salé, etc.), le Danemark, et la France (4,04 % mais on sait que certaines marchandises islandaises, transitant par Anvers ou Rotterdam, ne sont pas comprises dans ce chiffre).
- Les ventes aux "pays de l'Est" ont connu des fluctuations importantes : appréciables, au lendemain de la 2e guerre mondiale, elles déclinèrent, puis s'effondrèrent au milieu des années 80 et à la fin du siècle : en 2003, elles ne dépassaient pas 2,6 % (Russie : 0,6 %). La situation des pays acheteurs est évidemment en cause.
- Le débouché américain fut longtemps l'un des plus importants : 30 % en 1970. Les variations des taux de change, le cours du poisson, le volume de sa consommation agirent dans le sens du recul : 21,6 % en 1980, 12,2 % en 2000, 9,3 % en 2003 (cabillaud, églefin, capelan, produits pharmaceutiques).
- Les pays de l'AELE sont maintenant à la portion congrue : la Norvège reçoit 4,5 % des ventes de l'île ; la Suisse, 1,9 %.
- Les Islandais font des efforts sur les marchés extrême-orientaux, dépassant le pourcentage de 3,24 % au Japon en 2003.
Les fournisseurs : l'UE et les autres
- Au cours des dernières décennies, la distribution géographique des importations a beaucoup varié, les pays de l'Est (URSS, etc.) représentant avant la libéralisation des échanges un partenaire important dans le cadre d'accords de compensation qui ont disparu.
- Actuellement, le premier fournisseur est l'Union Européenne, à l'origine de 56,9 % des achats islandais (calculés " cif " par la Banque Centrale et l'Office des Statistiques, alors que les ventes le sont " fob ") : la part de la zone euro avoisine 34,9 %. Au sein de l'UE, l'Allemagne arrivait en tête (11,8 % en 2003, composés surtout d'équipements, de matériels de transport, de produits manufacturés divers). Venaient ensuite le Danemark, avec 8 %, et le Royaume-Uni (7,4 %). Les Pays-Bas (6,2 %) et l'Italie (4,7 %) précédaient la France (3,2 %).
Les pays de l'AELE sont actuellement en recul : Norvège avec 6,93 % (équipements et produits pétroliers), et Suisse, 1,2 %.
- Sur le plan mondial, les États-Unis sont le troisième "État fournisseur" -avec 7,45 % - (machines, équipements de transport). Il y a eu des hauts (achats d'avions etc.) et des bas, selon les années, mais les liens sont solides.
Malgré l'effacement de la Russie (2,8 %) ; le total des anciens " pays de l'Est " et de l'ex-URSS atteint 10,4 %.
Il ne faut pas oublier le rôle joué par le Japon (3,8 % des achats islandais) ni par la Chine (3,56 %) : des partenaires lointains que le dynamisme des acteurs économiques devrait rapprocher.
BIBLIOGRAPHIE
- Compte tenu de l'importance de l'ouvrage, un des chefs d'æuvre de Halldor Laxness, nous parlerons plus longuement dans un numéro prochain, de la sortie de " Gens indépendants ", traduit par Régis Boyer, et publié par Fayard.
- Nous évoquerons également le numéro 4 de l'excellente Revue " Nordiques " consacré aux " Élites et intellectuels dans les sociétés nordiques " et paru récemment.
ANNEXE : élections présidentielles et polémiques politiques
Le Chef de L'État et les récentes polémiques sur l'étendue de ses pouvoirs
Un " coup de théâtre " a ébranlé la vie politique islandaise lorsque, le 2 juin 2004, le Président de la République Olafur Ragnar Grimsson, usant d'un droit que lui reconnaît la Constitution, mais qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait utilisé jusqu'alors, a refusé de signer une loi (limitant la " concentration " dans les médias), adoptée sur proposition du gouvernement par la majorité du Parlement (32 voix contre 24 et 6 abstentions). Son " veto " entraîne obligatoirement la tenue d'un référendum (procédure jamais utilisée en Islande, sauf lors de la proclamation de l'Indépendance en 1944) : les électeurs seront alors amenés à se prononcer pour ou contre la loi visée, et à trancher le " conflit " opposant d'une part le Président et d'autre part le Gouvernement et la majorité parlementaire.
Rendant le débat plus " pimenté ", ce coup de théâtre s'est produit 24 jours avant la date normale de l'élection du Président de la République, Olafur Ragnar Grimsson ayant auparavant annoncé qu'il était candidat à sa propre succession (élu pour la première fois en 1996, il avait été réélu en 2000 et a donc déjà effectué deux mandats).
Pour mieux saisir les enjeux du conflit, nous présentons d'abord quels étaient le rôle et les fonctions " traditionnels " du Président, avant le 2 juin 2004 :
a) La tradition de 1944 (date de l'Indépendance et de l'adoption de la Constitution) au 2 juin 2004 : le Président, symbole de l'unité nationale
Le sacre du suffrage universel
En 1944, lorsque la Constitution fut adoptée, il était hors de question d'instaurer une monarchie : l'Islande glorieuse du Moyen age avait été une république, et la monarchie était liée à la domination étrangère. Mais on voulut insister sur le caractère de " garant de l'unité nationale " que serait le Président. On fit élire au suffrage universel un Président aux pouvoirs essentiellement symboliques (on emprunta beaucoup à la Constitution danoise). Par la suite la pratique renforça cette situation et les divers Présidents s'abstinrent d'utiliser la totalité des pouvoirs "constitutionnels" (dont le veto). Le mandat est fixé à quatre années, mais est indéfiniment renouvelable, et la coutume veut qu'un Président fasse autant de mandats qu'il le souhaite (un sortant qui sollicite un nouveau mandat n'a généralement pas de concurrent).
L'élection se déroule de manière simple : tout citoyen muni de 1500 "parrainages", est éligible. Le candidat élu est celui qui arrive en tête dans un scrutin à un seul tour.
Lorsqu'il y a plusieurs candidats, la campagne ne prend pas de signification politique, et c'est sur la personnalité propre des postulants que le citoyen fait son choix. Chacun des concurrents reçoit des soutiens de bords variés et se refuse à faire campagne sur des choix politiques, pour se présenter comme un "rassembleur", symbolisant l'unité de la nation.
Des pouvoirs effectifs très limités : " un roi sans couronne ? "
Le texte de la Constitution mentionne que le Chef de l'État désigne le Premier ministre. Or, il ne s'autorise aucune marge de man¦uvre et nomme la personnalité qui a été choisie par les partis dans des conciliabules à l'issue des législatives.
La Constitution autorise le Président à utiliser le droit de veto à l'encontre d'une loi votée qu'il juge contraire à l'intérêt national : un référendum aurait alors lieu. Cette possibilité, source potentielle de conflits avec le Parlement, n'a jamais été utilisée entre 1944 et 2004. Les précédents Présidents avaient été l'objet de " pressions diverses " leur demandant d'user de ce droit de veto (et notamment Vigdis Finnbogadottir, lors de l'entrée de l'Islande dans l'Espace économique européen en 1993-94) mais, soucieux de préserver l'unité nationale et d'éviter des conflits divisant le pays, avaient résisté à ces pressions et signé les lois votées par le Parlement.
Un magistère moral et un symbole de l'unité nationale
La majorité des Islandais se montraient jusqu'ici satisfaits de la pratique traditionnelle. En effet ils semblent attendre de la personnalité élue :
* qu'elle symbolise, au-dessus des rivalités idéologiques et d'intérêts, l'unité nationale ; et que, par sa formation, ses activités antérieures, éventuellement ses hobbies, elle révèle un lien profond avec la langue, la civilisation, la science, l'Université ou la recherche, l'histoire nationales ;
* que le chef d'État représente brillamment son pays à l'étranger (mais sans initiatives de nature politique). En participant à de nombreuses réunions, le Président peut mettre en valeur divers thèmes -la lutte contre la pauvreté sur la planète, la protection de l'environnement notamment marin, la défense des cultures des "petites nations" - à l'écart des différends internationaux, et sur lesquels l'Islande a un message propre à délivrer.
b) Le débat actuel : le droit de veto. L'élection du 26 juin 2004
Le Président Ólafur Ragnar Grímsson, en annonçant, le 2 juin, qu'il ne contresignerait pas la loi sur la concentration dans les médias, a justifié son geste et déclaré que la majorité ayant voté ce texte est allée contre l'opinion d'une majorité d'Islandais, pour des raisons purement politiciennes. Pour lui comme pour l'opposition, cette loi aurait des arrières pensées politiques : une des " concentrations " visées contrôle de grosses entreprises commerciales (Baugur, etc), le groupe de médias Nordurljos (Northern Lights) comprenant lui-même des journaux, des stations de radios et de télévisions, et diverses autres activités industrielles ou de services ; et ce groupe serait favorable à l'opposition de centre-gauche et, donc, dans le " collimateur " de l'actuel Premier Ministre.
Certains des partisans de la loi répliquent en mettant en cause des liens de sympathie entre le Président et les dirigeants de Nordurljos.
L'élection présidentielle a eu lieu, dans ce contexte, le 26 juin, deux candidats apparemment peu connus du public ou à la personnalité discutée (Astphor Magnusson, un homme d'affaires, " pacifiste militant " et jugé par certains comme " marginal, avait recueilli 2,5% à l'élection présidentielle de 1996 ; et Baldur Agustsson, qui avait fait fortune à l'étranger, était rentré récemment en Islande où il compensa son manque de notoriété par d'importantes dépenses publicitaires vers la fin de la campagne) s'opposant à Olafur Ragnar Grimsson (candidat à un troisième mandat).
S'ils souhaitaient marquer leur réserve ou leur désapprobation à l'égard du " veto " d'Olafur Ragnar Grimsson, les Islandais avaient plusieurs possibilités : voter pour l'un des deux autres candidats (de préférence, Baldur, moins " controversé " que Astphor), s'abstenir, ou voter blanc ou nul.
Les trois possibilités furent utilisées : tout d'abord, 37,1 % des électeurs inscrits s'abstinrent de voter (ce qui, compte tenu de la pratique islandaise, est un chiffre considérable, ayant une signification politique : les législatives de 2003 avaient enregistré une abstention de 12,3 % ; les présidentielles de 1996 14%). Parmi les 62,9 % de votants, il y eut un nombre relativement important de bulletins blancs ou nuls (essentiellement blancs) : environ 21,2 % de ces 62,9 %, soit 13,3 % des " inscrits ". Enfin sur les suffrages exprimés en faveur d'un des trois candidats, si Astphor stagnait autour de 1,9 %, Baldur obtenait 12,3 %, et le Président Olafur Ragnar Grimsson, 85,6 %.
Au lendemain du scrutin, chacun des deux camps, cria victoire. Le Président sortant se réjouit d'être réélu, faisant savoir que " de puissants intérêts et le plus grand organe de presse (le " Morgunbladid " ?) avaient plus ou moins fait campagne contre lui et son usage du veto. Le Premier Ministre insista sur le camouflet infligé à Olafur Ragnar, qui n'était plus soutenu que par quelque 40 % du corps électoral.
Le différend de fond n'est pas entièrement résolu, puisque le peuple, par référendum, se prononcera sur la loi refusée par Olafur Ragnar, donc sur son utilisation du droit de veto.
En tout état de cause, le Parlement est convoqué pour le 5 juillet 2004 pour mettre au point l'organisation du référendum.




