Bulletin mensuel
Bulletin Mensuel: Mai 2004
L'ACTUALITÉ ISLANDAISE EN MAI 2004
ENVIRONNEMENT
* À la mi-mai, les Ministres de l'Environnement et des Pêcheries ont présenté un nouveau rapport sur l'environnement et les problèmes des océans. Grâce à ses connaissances, l'île doit jouer un rôle moteur au plan international, être un modèle pour les autres États et prendre des initiatives. L'optique du " développement durable ", de la lutte maximale contre les pollutions marines, ainsi que l'étude précise des effets de la pêche sur l'environnement, sont au centre des préoccupations islandaises.
Nous parlerons en détail de ce rapport ultérieurement.
* Arni M. Mathiesen, Ministre des Pêcheries, a récemment déclaré qu'aucune décision n'avait encore été prise concernant le " programme de recherche scientifique sur la baleine " pour l'été 2004. Ce programme, lancé en 2003 et qui comporte à des fins scientifiques, la capture d'un nombre limité de cétacés, devait se poursuivre cette année. Il avait fait l'objet de quelques polémiques dans l'île et surtout dans certains pays étrangers.
Politique intérieure
- Débat sur l'élection présidentielle du 26 juin
1) Introduction : Pour mieux comprendre le débat en cours
La popularité internationale de certains chefs d'État (notamment de l'ancienne Présidente Vigdis Finnbogadottir) a créé divers malentendus à l'étranger, où l'on croit que le Président est doté de grands pouvoirs et exerce un rôle moteur dans la vie politique. Il n'en est rien. Le Chef de l'État, bien qu'élu au suffrage universel, ne joue qu'un rôle politique mineur, mais cette élection lui donne une légitimité dont il use pour exercer une sorte de magistère moral, et pour servir les intérêts de l'Islande à l'extérieur.
Le sacre du suffrage universel
En 1944, il était hors de question d'instaurer une monarchie : l'Islande glorieuse du Moyen ge avait été une république, et la monarchie était liée à la domination étrangère. Mais on voulut insister sur le caractère de " garant de l'unité nationale " que serait le Président. On fit élire au suffrage universel un "monarque sans couronne", aux pouvoirs symboliques (on emprunta beaucoup à la Constitution danoise) . Par la suite la pratique renforça cette situation et les divers Présidents s'abstinrent d'utiliser la totalité des pouvoirs "constitutionnels" (dont le veto). Le mandat est fixé à quatre années, mais est indéfiniment renouvelable, et la coutume veut qu'un Président fasse autant de mandats qu'il le souhaite (un sortant qui sollicite un nouveau mandat n'a généralement pas de concurrent, selon une tradition de "courtoisie", soulignant la nature quasi-monarchique de la fonction).
L'élection se déroule de manière simple : tout citoyen muni de 1500 "parrainages", est éligible. Le candidat élu est celui qui arrive en tête dans un scrutin à un seul tour ; s'il y a plus de deux candidats, il n'obtient qu'une majorité relative : Vigdis Finnbogadottir en 1980 eut 33,8 % des suffrages ; et Olafur Ragnar Grimsson 40,9 % en 1996.
Lorsqu'il y a plusieurs candidats, la campagne ne prend généralement pas de signification politique, et c'est sur la personnalité propre des postulants que le citoyen fait son choix. Certes, on a vu des hommes politiques se présenter (abandonnant cette carrière) et réussir (Olafur Ragnar Grimsson, ancien président d'un parti de gauche) ou échouer. Mais le résultat, quel qu'il ait été, ne pouvait être interprété en termes partisans, chacun des concurrents recevant des soutiens de bords variés et se refusant à faire une campagne sur des choix politiques, pour se présenter comme un "rassembleur", symbolisant l'unité de la nation.
Des pouvoirs effectifs très limités : un roi sans couronne
Lorsqu'une candidate mal inspirée accusait en 1988 Vigdis Finnbogadottir de ne pas utiliser tous ses pouvoirs et de "jouer à la Reine du Danemark", elle posait en termes outranciers un vrai problème : celui du Président qui depuis 1944 limite volontairement des pouvoirs déjà réduits par la loi.
Le texte de la Constitution mentionne que le Chef de l'État désigne le Premier ministre. Or, il ne s'autorise aucune marge de man¦uvre et nomme la personnalité qui a été choisie par les partis dans des conciliabules à l'issue des législatives.
La Constitution autorise le Président à utiliser le droit de veto à l'encontre d'une loi votée qu'il juge contraire à l'intérêt national : un référendum a alors lieu. Cette possibilité, source potentielle de conflits avec le Parlement, n'a jamais été utilisée.
Dans la perspective des élections de 2004, Olafur Ragnar Grimsson, qui après avoir exercé deux mandats (1996-2000 et 2000-2004), en sollicite un troisième, a émis le v¦u que l'élection soit l'objet d'une réflexion sur les Pouvoirs présidentiels et leur limitation actuelle à des tâches purement protocolaires.
Un magistère moral et un symbole de l'unité nationale
La majorité des Islandais se montraient jusqu'ici satisfaits de la pratique traditionnelle. En effet ils semblent attendre de la personnalité élue :
* qu'elle symbolise, au-dessus des rivalités idéologiques et d'intérêts, l'unité nationale, comme le font les souverains nordiques ; et
que, par sa formation, ses activités antérieures, éventuellement ses hobbies, elle révèle un lien profond avec la langue, la civilisation, la science, l'Université ou la recherche, l'histoire nationales ;
* que le chef d'État représente brillamment son pays à l'étranger (mais sans initiatives de nature politique). L'Île s'efforce de compenser le handicap de la faible taille de sa population et de son économie par la qualité de sa représentation sur la scène internationale. En participant à de nombreuses réunions, le Président peut affirmer avec éclat la présence de son pays et mettre en valeur divers thèmes -la lutte contre la pauvreté sur la planète, la protection de l'environnement notamment marin, la défense des cultures des "petites nations" - à l'écart des différends internationaux, et sur lesquels l'Islande a un message propre à délivrer.
2) Le débat actuel : le droit de veto
Comme nous l'avons dit, Olafur Ragnar Grimsson, candidat à un troisième mandat, a indiqué qu'il souhaitait qu'à l'occasion de ce scrutin (26 juin 2004), on réfléchisse sur la question de l'étendue des pouvoirs présidentiels.
Mieux : avant même l'expiration de son actuel mandat, de nombreux éléments laissent à penser qu'il pourrait mettre son veto, c'est-à-dire refuser de signer une loi votée en mai par la majorité de centre-droit au pouvoir sur la concentration dans le secteur des médias (voir nos précédents " Bulletins "). Pour l'opposition sociale-démocrate, cette loi aurait des arrières pensées politiques, dans la mesure où une des " concentrations " visées contrôle de grosses entreprises commerciales (Baugur, etc), le groupe de médias Nordurljos (Northern Lights) comprenant lui-même des journaux, des stations de radios et de télévisions, et divers autres activités industrielles ou de services. Ce groupe serait favorable à l'opposition, surtout à la coalition de centre-gauche Samfylking et, donc, dans le " collimateur " de l'actuel Premier Ministre.
Au niveau des entourages du Président et du Premier ministre, lorsque la possibilité du veto fut évoquée, des polémiques éclatèrent, où se mêlaient la question du pouvoir présidentiel et celle des liens de la concentration mise en cause avec l'opposition (y compris des liens de sympathie existant entre le Président et des dirigeants de Nordurljos)
Le 25 mai, le Parlement, à la majorité de 32 (les deux partis de la coalition gouvernementale) contre 24 (l'Alliance et les Libéraux) et 6 abstentions (Extrême-gauche et un élu du Parti du progrès), a définitivement voté la loi controversée. Le Président, le 2 juin, exerçait son droit de veto. L'élection présidentielle aura lieu, dans ce contexte, le 26 juin, ses adversaires se réfugiant peut-être dans le vote blanc. En tout état de cause, le Parlement est convoqué en juillet pour mettre au point l'organisation du référendum (procédure jamais utilisée dans ce pays, sauf lors de l'Indépendance en 1944).
3) Complément de dernière minute
- Veto présidentiel
Le Président Ólafur Ragnar Grímsson a annoncé, lors d'une conférence de presse le 2 juin, qu'il ne contresignerait pas la loi précédemment adoptée par le Parlement, concernant la concentration dans les médias. Il pense que la majorité (32 voix -les deux partis de la coalition gouvernementale- contre 24 -l'Alliance et les Libéraux- et 6 abstentions -Extrême-gauche et un élu du Parti du progrès-) qui a voté ce texte est allée contre l'opinion d'une majorité d'Islandais, pour des raisons purement politiciennes.
Comme il a été dit dans le précédent bulletin (mai), la Constitution autorise le Président à utiliser le droit de veto à l'encontre d'une loi votée qu'il juge contraire à l'intérêt national : un référendum a alors lieu. Cette possibilité, source potentielle de conflits avec le Parlement, n'a jamais été utilisée. Mais, alors qu'une élection présidentielle est prévue pour le 26 juin, pour laquelle Olafur Ragnar a sollicité le renouvellement de son mandat, le Président n'hésite pas à violer une sorte de " tabou " sur le véritable pouvoir du Chef de l'État : celui accordé par la Constitution, ou celui (beaucoup plus limité : une sorte de " souverain nordique " sans couronne) qui a été pratiqué par ses prédécesseurs, et que semblaient accepter les Islandais.
L'élection présidentielle aura lieu, dans ce contexte, le 26 juin, les adversaires de Olafur Ragnar se réfugiant peut-être dans le vote blanc. En tout état de cause, le Parlement est convoqué pour le 5 juillet pour mettre au point l'organisation du référendum (procédure jamais utilisée dans ce pays, sauf lors de l'Indépendance en 1944).
Dans l'attente, les deux partis de l'opposition de gauche (Alliance et Gauche-Verte) et le petit parti de l'opposition de droite (Libéraux)se félicitent du veto présidentiel, qui s'en remet à la nation pour trancher les problèmes posés par un texte controversé. En revanche, le Premier Ministre s'étonne du fait que le Président s'en prend à une loi qui n'est pas d'importance primordiale (comme pourrait l'être l'adhésion à l'union Européenne, ou le rétablissement de la peine de mort). D'aucuns plaident pour une révision de la Constitution, qui enlèverait au président certains pouvoirs pour en faire le symbole et le " rassembleur " de la nation en Islande et à l'étranger.
Politique extérieure
* Le Président islandais au Mexique
Lors d'un voyage au Mexique en mai, le Président islandais Olafur Ragnar Grimsson a discuté avec son homologue mexicain Vicente Fox des possibilités de coopération bilatérale dans le domaine des pêcheries.
* Le Président estonien en Islande
Le Président Arnold Rüütel a effectué une visite officielle en Islande les 5 et 6. Mai. Au programme, divers entretiens avec les dirigeants de l'île. On sait que les relations entre les deux États sont excellentes, depuis l'ndépendance des pays baltes, Reykjavik ayant été une des premières capitales à reconnaître cette souveraineté retrouvée. D'autre part, Estonie et Islande participent ensemble à de nombreux organismes de coopération régionale, créés depuis une douzaine d'années et les Islandais ont soutenu avec force l'entrée de Tallin dans l'OTAN et vu avec satisfaction son adhésion à l'Union Européenne, même si eux-mêmes n'en font pas partie. La stabilité de la zone se renforce, de même que la possibilité d'échanges multiformes.
* David Oddsson et l'Union européenne
Invité le 27 avril à l'Université d'Oxford, le Premier ministre islandais a prononcé un discours dont les points saillants sont :
- Le rôle grandissant de son pays dans la coopération internationale : ONU, OTAN, coopération nordique, etc. Dans cet esprit, Reykjavik souhaite siéger au Conseil de Sécurité des Nations unies en 2009-2010.
- La non-participation de l'île à l'Union Européenne (pourtant, de loin le plus important marché pour les exportations islandaises). L'Islande ne s'en porte pas plus mal. Bien sûr, elle se considère, au regard de son histoire et de sa culture, comme une nation entièrement européenne. Vu l'importance de ses intérêts politiques et économiques en Europe, elle entretient des relations étroites avec l'Union. Mais surtout, il y a une dizaine d'années, alors que plusieurs pays, dont deux Nordiques entraient dans l'Union, elle a, tout comme la Norvège, préféré s'en tenir à l'accord sur l'Espace économique européen, qui venait d'être négocié et depuis lors, régit les rapports entre l'Union (désormais composée de 25 membres) et trois anciens pays de l'AELE, Islande, Liechtenstein et Norvège. Cet accord accorde à l'Islande un certain nombre d'avantages (dont la participation au grand marché unique européen) auxquels elle tient, mais lui évite, outre le principe de supranationalité, diverses contraintes de l'Union ou des politiques communes qui pourraient nuire à ses intérêts.
- Parmi les politiques régissant l'Union, il en est une qui nuirait particulièrement à l'île. C'est la Politique Commune des Pêches. L'Islande a lutté (notamment face aux Britanniques) il y a une trentaine d'années pour retrouver la souveraineté sur ses eaux territoriales. Elle n'entend pas maintenant se renier et abandonner cette souveraineté au profit d'une autorité européenne supranationale. D'autre part, tout ce qui accompagne la politique des pêches est traité en Europe dans un esprit et un environnement très différents de ceux qui prévalent en Islande, où la pêche fait partie intégrante de la politique de développement régional, liée à la souveraineté nationale.
- Un autre danger qui surgirait d'une adhésion islandaise à l'Union européenne vient de l'union monétaire. Le cours de la monnaie islandaise est déterminé par un nombre limité de facteurs et a des répercussions sur les exportations, peu diversifiées. En revanche, le cours de l'euro, évidemment, ne tiendrait pas compte de la situation économique de l'Islande (trop petit pays dans la zone), mais pourrait lui être très dommageable. Par exemple, s'il s'établit à un niveau élevé en raison d'une conjoncture justifiant ce niveau en France, en Allemagne et dans de grands pays, alors qu'une crise concomitante dans les pêcheries ou l'économie islandaises nécessiterait un cours nettement plus faible.
- Autre désavantage indéniable pour l'Islande : en raison de son PIB par personne élevé, elle serait obligée de payer des contributions non négligeables aux fonds communs de l'UE. Elle serait en tout état e cause " contributeur net ", donnant à l'Union plus qu'elle n'en recevrait.
- Aucun parti politique n'ose d'ailleurs inscrire l'adhésion à son programme. Un d'entre eux (NDLR : l'" Alliance ", de centre-gauche) parle de tenter une expérience de négociations, et espère qu¹on pourrait obtenir des dérogations de Bruxelles, surtout sur les pêcheries. C'est purement et simplement du rêve, pour David.
- Alors, les " europhiles " parlent des lacunes et faiblesses de l'accord sur l'Espace économique européen et se perdent dans des considérations techniques mineures ou regrettent l'absence de l'Islande dans certains Comités. Pour M. Oddsson, personne n'a démontré que ces lacunes ont gravement compromis les intérêts économiques islandais. L'EEE ne fonctionne pas mal.
- Malgré sa non-participation à l'Union, l'économie islandaise se porte bien : une croissance substantielle depuis 1995 (sauf en 2002) ; une progression de 4 % en 2003 et, sans doute plus dans les années suivantes. Pendant ce temps, la France et l'Allemagne sont frappées de langueur, et la BCE devra ajuster ses taux d'intérêt pour revivifier leurs économies. La dette publique de l'île baisse, et les impôts sont allégés (particulièrement sur les entreprises pour stimuler l'investissement) et le seront encore bientôt.
- Les travailleurs ne sont pas oubliés. Depuis 1995, les salaires réels ont crû de 30 %, et les salaires modestes sont privilégiés.
- Pour bénéficier pleinement de la " globalisation ", l'Islande doit rester un pays qui attire et motive les sociétés comme les individus (y compris les capitaux extérieurs). Le rôle de la fiscalité est crucial, tout comme celui de la flexibilité de l'économie et du niveau élevé d'éducation et de formation de la population.
- Pour assurer les intérêts islandais en Europe et favoriser le resserrement des relations, l'accord sur l'Espace économique européen, applicable depuis 1994, est un bon instrument, et le resterait, même si la Norvège adhérait à l'Union (au départ l'Espace était d'ailleurs conçu comme devant comprendre plus de membres non adhérents à l'Union ; leur diminution ne l'a pas empêché de réussir).
L'appartenance à l'Union ne garantirait pas la sécurité et la défense de l'île. Celle-ci est liée depuis plus de 50 ans à la participation à l'OTAN et à l'accord de défense avec Washington. De toute façon, même l'Union tire profit du lien transatlantique constitué par l'OTAN et l'on ne peut que se réjouir du fait que les flottements apparus l'an dernier à propos du conflit irakien (David continue à justifier la participation de son pays à la
" coalition ") soient en voie de disparition.
* Coopération nordique.
L'Islande, qui assume en 2004 la présidence du Conseil Nordique, organise du 2 au 4 juin un colloque nordique sur les " Stratégies pour les océans ". Le site Internet du Ministère des Pêcheries fournit des informations sur cette importante manifestation, dont nous reparlerons (résultats, suites, etc.) dans notre prochain bulletin.
* L'Islande et l'Irak
Alors que le gouvernement islandais avait remis à l'Ambassadeur des Etats-Unis une protestation contre le traitement de certains prisonniers irakiens dans les prisons par des militaires américains, l'opposition de gauche a, au Parlement, vivement critiqué le gouvernement pour avoir dès le départ soutenu la " coalition " anti-Saddam, demandant aux Ministres de présenter des excuses aux nations irakienne et islandaise pour leur participation à la guerre. Halldor Asgrimsson, ministre des Affaires étrangères, s'y est opposé.
Le même gouvernement a par ailleurs condamné l'attitude des Israéliens dans la bande de Gaza, et a rappelé la nécessité de revenir au programme dessiné dans la " feuille de route " en vue du retour à la paix
Économie
- L'évolution récente et à venir de la conjoncture économique
Le Ministère des Finances vient de publier (disponible sur son site Internet : www.government.is) un rapport assez complet sur la conjoncture annuelle et les prévisions pour les six prochaines années.
La tonalité en est optimiste : une période d'expansion est envisagée au moins jusqu'en 2010. La croissance, de 4 % en 2003, a été plus forte qu'envisagée. Les chiffres annoncés pour 2004 (4,5 %), 2005 (5,25 %) et 2006 (au-dessus de 4 %), tenant compte de la mise en ¦uvre des projets industriels lancés (centrales, usines d'aluminium, y compris l'extension de l'usine de Grundartangi, qui vient de résoudre son problème d'approvisionnement électrique), verront le phénomène s'amplifier. Entre 2007 et 2010, compte tenu des calendriers de réalisation envisagés, on pourrait se situer un peu plus bas : autour de 3 %. Mais le risque d'une retombée rapide, suivie de récession, semble écarté. De toute façon, la consommation privée tiendra bon.
Pendant la période d'activité maximale, vu les importations d'équipement, le déficit de la balance courante se creusera, dépassant sans doute 10 % du PIB en 2005-2006. Mais il se résorbera ensuite graduellement (exportations industrielles accrues, etc).
Le chômage, déjà faible, descendra à 2,75 % en 2005. Malgré quelques hausses, les prix ne monteraient pas beaucoup (+3 % cette même année).
En 2004 et 2005, le revenu disponible des foyers augmenterait pour la dixième et onzième année de suite (les baisses d'impôt jouant leur rôle).
Tout cela suppose que les principaux responsables de l'économie : Ministres, Banque Centrale, syndicats) suivent de près l'évolution, anticipent sur les risques possibles, et prennent les mesures adéquates si des dérapages sont prévisibles : rigueur budgétaire et limitation de l'investissement public, action sur les taux d'intérêt, modération salariale.
- La situation des pêcheries vue par le Ministère des Finances
Dans sa " lettre " du 19 mai, le Ministère des Finances analyse la situation financière du secteur des pêcheries, qui -malgré de bonnes prises- s'est détériorée par rapport à 2003. Il prévoit qu'en 2004, les activités de pêche proprement dite réaliseront un profit (avant impôt) de 5,5 %, tandis que celles liées à la transformation du poisson enregistreront un déficit de 4,5 %.
Les raisons de cette dégradation sont à rechercher principalement dans la hausse des coûts (pétrole notamment), dans la stagnation de cours mondiaux et dans l'évolution des taux de change (particulièrement avec le dollar).
- Une comparaison internationale flatteuse pour l'Islande
Compilant les récents rapports du FMI et de l'OCDE, le Ministère des Finances, le 19 mai, publie un tableau résume montrant que, sur la période 1996-2003, l'Islande est, au sein de l'OCDE, un des États ayant réalisé un des meilleurs taux de croissance, avec une moyenne annuelle de 3,9 %. Elle vient certes après l'Irlande (près de 8 %) et le Luxembourg (près de 5 %), la Corée et la Pologne (qui, pour entrer dans l'Union européenne, a dû s'imposer un effort de rattrapage considérable). Mais l'île a fait mieux que la Finlande, le Canada, le Royaume-Uni, les Etats-Unis (3,3 %), la Norvège et la Suède, les Pays-Bas, la France, le Danemark, l'Italie, le Japon, l'Allemagne, la Suisse, etc.
En 2005 et 2006, il semble que l'Islande améliorera encore sa performance, se classant dans les trois premiers de la compétition
- Hausse des taux d'intérêt par la Banque Centrale
La Banque Centrale a décidé, début mai, une hausse de ses taux, effective à partir du 11 mai. Elle est de 0,2 points, portant le taux de base à 5,5 %.
Il s'agit, en fonction des prévisions économiques concernant 2004 et 2005, de lutter contre une hausse des prix qui dépasserait les limites fixées par la Banque au troisième trimestre 2005. Des décisions récentes, comme l'agrandissement de l'usine d'aluminium de Grundartangi (Nordural), la baisse du chômage son prises en considération.
La Banque refera le point en juin.
- L'Islande et la " société de l'information "
On trouvera, sur le site Internet du Premier ministre islandais (http://eng.forsaetisraduneyti.is/ ) une étude très intéressant sur l'Islande et la société de l'information) : les nouvelles technologies
SOCIÉTÉ
- La santé en Islande
Le rapport annuel de l'Organisation Mondiale de la Santé confirme les excellents résultats de l'Islande sur deux points :
- Mortalité infantile. Le taux est inférieur à 3 pour 1000, meilleur que celui des autres Nordiques : Suède et Norvège : 3,4 et Danemark : 4,2 ;
- L'espérance de vie. Pour les hommes, l'île détient le premier rang mondial : 78,7 ans. Les femmes, le chiffre est de 82,5 ans (parmi les meilleurs résultats féminins).
BIBLIOGRAPHIE
- Numéro 3 de la Revue " Nordiques " : La philosophie
La très riche Revue " Nordiques ", dirigée par le Professeur Marc Auchet et Mme Blanc-Noel, après deux numéros consacrés l'un à l'identité nordique, l'autre aux rapports entre le Norden et l'Europe, a sorti, ce printemps son troisième numéro, consacré aux " philosophies nordiques ". Il reproduisant l'essentiel d'un colloque consacré à ce thème par W. Fovet, maître de conférences à Lyon II, auquel les meilleurs spécialistes nordiques et français ont pris part. Notons, avec les responsables de la Revue, que les exposés recueillis n'ont rien d'abscons et sont rédigés dans une langue claire et ouverte à tous.
S'gissant de l'Islande, le texte soumis émane du Recteur de l'Université d'Islande, Pall Skulason, parfait francophone, qui a fait une partie de ses études philosophiques à Louvain.
On ne résume pas un texte philosophique : on conseille de le lire. Pour " mettre en bouche " le public, disons simplement que, sous le titre " La philosophie islandaise au partage de deux mondes ", Pall Skulason, après un résumé de l'enseignement de cette discipline dans son pays, explique comment la philosophie pour les Islandais est toujours proche d'une vision du monde et d'une réflexion sur le sens de la vie, s'articulant comme un discours nourri des idées de l'Ancien et du Nouveau Monde. En refusant l'alternative des Lumières et du Romantisme et des représentations du monde, de l'histoire et du moi qui s'y rattachent, ce discours, un " spinozisme mystique " qui s'adresse à tous, puise en réalité sa force dans une conception du destin héritée de l'époque médiévale ".
On peut contacter la Revue à l'adresse :
Nordiques ; 16 rue de la Grange Batelière, 75009 Paris
Fax : 01 53 34 09 94
Tel : 01 53 34 09 93
e-mail : nordiques@choiseul
Site : www.choiseul.info
- Kristin Ómarsdóttir (T'es pas la seule à être morte ! Cavalier bleu, 2003)
Kristín Ómarsdóttir
Kristín Ómarsdóttir est née en 1962 à Reykjavík. Elle a commencé par écrire des poèmes puis des nouvelles avant de publier des pièces de théâtre et des romans. T'es pas la seule à être morte ! est son troisième roman.
Comment ne pas penser à la comptine des Dix petits nègres en lisant l'étrange roman de Kristín Ómarsdóttir ? Dans un village de pêcheurs islandais, un veuf et ses quatre fils entourent le cadavre de la dernière femme de la famille, qui s'est jetée à l'eau. Le père puis l'un des garçons la rejoindront au Ciel?la famille vit en huis-clos, coupée du monde, mais non de l'autre monde où ses membres décédés, qui fréquentent Hemingway et Léonard de Vinci autour d'un Bacardi, observent les vivants. Sous l'¦il distant du jeune Högni, et à travers des dialogues savoureux riches en formules sentencieuses, la mort et l'amour côtoient leur cortège de tabous dans un univers carnavalesque où le monde des morts semble plus réel que celui des vivants.
Nous renvoyons à la revue trimestrielle de l'Association France-Islande ( " Courrier d'Islande "), entre autres, pour les compléments de bibliographie et aussi pour de nombreuses informations sur la Quinzaine culturelle islandaise organisée en septembre-octobre en France par le gouvernement islandais (Association France-Islande : jean@jlet.net) : de multiples évènements à ne pas manquer.




