Bulletin mensuel
Bulletin Mensuel: Décembre 2003
L'ACTUALITÉ ISLANDAISE EN DÉCEMBRE 2003
ENVIRONNEMENT
- Un plan pluriannuel pour la protection de l'environnement
Selon le plan quinquennal (2004-2008) présenté par la Ministre de l'Environnement Siv Fridleifsdottir, 14 aires seront dans les années à venir l'objet d'une protection légale en Islande, portant en 2008 la zone couverte par la protection à 21% de la surface de l'île. Le "gros" projet sera, évidemment, le Parc National du Vatnajökull. À l'intérieur de ce dernier, le canyon de la Jokuls sera entièrement protégé et la région de Skaftafell, élargie de 750 km2, couvrira la zone de Skeidararsandur jusqu'à la mer. Grâce à ce effort, établi en liaison avec les collectivités et les populations locales et que le Parlement votera bientôt, la protection s'appliquera au plus grand glacier européen ("assis" sur un des plus puissants volcans du monde).
POLITIQUE EXTÉRIEURE
- Discussions avec le États-Unis
Le gouvernement de Washington a envoyé en Europe une délégation comprenant deux Secrétaires-généraux de Ministères (Défense et Affaires étrangères) pour étudier les possibilités de réorganisation du dispositif militaire américain sur le continent. Cette délégation a séjourné en Islande le 12 décembre et a eu des entretiens avec les responsables de l'île.
- L'adhésion du pays à l'UE, dommageable à l'agriculture nationale?
Selon une étude réalisée par des experts, des professionnels et des hauts fonctionnaires, une adhésion de l'île à l'Union européenne serait dommageable à l'agriculture et aux industries alimentaires du pays, dans la mesure où elles perdraient une partie du marché au profit des importations. Toute libéralisation des marchés de produits agricoles (dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce) aurait des conséquences analogues.
ÉCONOMIE
- Les pêcheries
Le Ministère des Finances, s'appuyant sur les récentes données fournies par l'Office des Statistiques, constate que la situation financière du secteur des pêcheries s'est aggravée en 2003. Le profit net avant impôt s'élevait à 1,8% des recettes, contre 10,2% en 2002. Les causes sont à rechercher dans la baisse des cours à l'exportation, la hausse de la couronne, l'augmentation du prix du carburant, la réduction des prises de poisson. 2004 devrait voir une remontée du profit net à quelque 5%, grâce à une augmentation des prises notamment. Ces tendances, valables pour le secteur en général, ne sont pas exclusives de "pertes" pour des sous-secteurs particuliers, comme la coquille Saint-Jacques et la langoustine.
- Le budget 2004
Le Parlement a, au début décembre, définitivement adopté le budget pour 2004. L'excédent prévu s'élève à 6,7 milliards de couronnes. Le surplus total dont disposera le Trésor public s'établit, lui, à 14 milliards et permettra notamment de réduire la dette publique.
Dans la perspective d'un risque d'emballement de l'économie, suite aux grands projets industriels prêts à être réalisés, le législateur a, ainsi, voté un budget de rigueur, qui devrait permettre de lutter contre les tensions inflationnistes éventuelles.
SOCIÉTÉ
- Taux de mortalité infantile;
L'Islande se classe dans les meilleurs rangs mondiaux en ce qui concerne la faiblesse du taux de mortalité infantile : 4 pour mille d'enfants de moins de cinq ans (comme au Danemark et en Norvège et légèrement plus qu'en Suède).
ANNEXE : LA POLITIQUE FAMILIALE DE L'ISLANDE
LA POLITIQUE FAMILIALE DE L'ISLANDE : un séminaire de l'INED
L'Ined organise mensuellement un séminaire "Comparaisons Européennes" dont l'objectif est de discuter les résultats des recherches socio-démographiques menées à l'aide de comparaisons internationales.
Gudny Björk Eydal a présenté, en mai 2003, une recherche en cours sur les pays scandinaves, que l'on pense avec Esping-Andersen généralement si proches et qui sont pourtant, également, si différents.
Dans son exposé, Gudny a mis en relief les différentes réponses nationales aux préoccupations sociétales tournant autour de la politique familiale et la garde de l'enfant.
La principale question de l' État-providence est de savoir comment favoriser l'égalité des sexes face à l'arrivée d'un enfant dans le couple. Quelle balance trouver entre l'octroi de congés parentaux, d'allocations spécifiques et l'ouverture de structures d'accueil? Comment inciter les pères, dont les salaires sont encore souvent supérieurs et les intérêts de carrière également considérés comme plus primordiaux à prendre les congés qui leur sont spécifiquement dévolus et briser la spirale de la reproduction des schèmes ancestraux de la famille traditionnelle?
Les cinq pays étudiés inscrivent une politique tendant à cet objectif mais les variantes sont examinées par Gudny Björk Eydal avec leur explication politique et sociétale. Le cas de l'Islande est développé et le contraste souligné.
Un séminaire s'est déroulé en mai dernier à l'Institut national d'études démographiques sur le thème : les politiques d'aide à l'enfance dans les pays nordiques. La sociologue islandaise Gudny Björk Eydal, de la Faculté des Sciences Sociales de l'Université d'Islande, a fait un exposé synthétique présentant, dans une perspective comparative, les politiques menées par les cinq États concernés, et mettant en relief le cas particulier de son propre pays, qui a longtemps connu un certain retard par rapport aux réalisations des autres États et, malgré certaines améliorations récentes, se montre dans l'ensemble moins généreux que ses voisins. Ceux-ci avaient, pour la plupart, adopté dans l'immédiat après-guerre des législations caractérisées par l'ampleur des mesures d'aide à l'enfance et l'importance du soutien aux familles d'enfants en bas âge.
Divers aspects de ces politiques ont été analysés dans le détail par Mme Gudny B. Eydal : les congés parentaux et les crèches, notamment.
I. Congés parentaux
En Islande il fallut attendre 1975 pour que toutes les femmes qui travaillent bénéficient d'un congé de maternité de trois mois ; en 1981 toutes les femmes eurent droit à une prime, à laquelle s'ajoutaient, pour celles qui travaillaient, un congé de maternité payé, tenant compte du nombre d'heures travaillées au cours des douze mois précédant la naissance. La durée du congé fut progressivement portée à 6 mois en 1987-1990. En 1998, les pères se virent reconnaître un droit à congé de paternité de 2 semaines.
Mais en 2000 une nouvelle législation modifia profondément le système. Les mères ont désormais droit à un congé de maternité (non transférable) de trois mois ; les pères à un congé de paternité (non transférable) d'un mois en 2001, de deux mois en 2002 et de trois mois à partir de 2003 ; en outre trois mois de congé parental pourront se répartir entre les deux parents à leur convenance. De plus le père et la mère peuvent, chacun, prendre un congé non payé de treize semaines.
En dehors de ces droits, le système islandais ne prévoit pas la possibilité de congé particulier pour garde d'enfants ni d'allocation pour les parents qui gardent (ou font garder) à domicile leurs enfants ou pour ceux qui, pour se consacrer à leurs enfants, abandonnent leurs activités professionnelles.
En gros, le système islandais en matière de congés est le moins généreux des systèmes nordiques, mais celui qui actuellement accorde aux pères les congés spécifiques les plus longs.
II. Crèches et structures d'accueil pour enfants de moins de six ans
Les pays nordiques ont mis au point, à partir des années 60, une politique concernant les structures d'accueil (crèches, garderies, etc.) pour les enfants en bas âge, qui prend en compte les besoins éducatifs de ces enfants en même temps que l'évolution du marché du travail, auquel les femmes -les mères, donc- participent de plus en plus nombreuses.
Selon les États les "modèles" varient ; en outre, l'autonomie croissante des collectivités locales entraîne une très grande variété de situations concrètes.
S'agissant des enfants de 0 à 2 ans, l'Islande a longtemps été en retard, mais un effort important a été fait à partir de 1990, et en 2000 elle se trouvait, en même temps que la Suède (59 et 60% des enfants de 1à 2 ans pris en charge par des "structures" diverses), derrière le Danemark (77%), mais bien avant la Norvège (37%) et la Finlande (35%).
Pour les enfants de 3 à 6 ans, on constate une évolution identique, et, après une période (années 80 et début des années 90), marquée par l'insuffisance des structures publiques (fonctionnant souvent à temps partiel), le rattrapage s'est accéléré, et en 2000, Islande et Danemark venaient en tête (92% des enfants), avant la Suède (86%), et surtout la Norvège (78%) et la Finlande (67%).
III . L'Islande et l'aide aux familles avec enfants
Malgré les récentes améliorations, il apparaît, si l'on compare le pourcentage du PNB consacré à la politique d'aide aux familles dans les divers pays nordiques, que l'île est moins bien placée que ses voisins : ce taux en 1997 avoisinait 2,4% alors qu'il s'établissait à 3,5% en Norvège, 3,8% en Suède et au Danemark et 3,9% en Finlande. L'écart serait un peu plus grand encore, si l'on tenait compte de la structure démographique des divers États.
Cependant, le taux d'emploi (des parents notamment) est très élevé en Islande. 91,5 et 84,5% respectivement pour les hommes et les femmes de 16 à 64 ans (Danemark : 85,4% et 76,4% ; Norvège : 84,9% et 76,2% ; plus faibles en Suède et en Finlande) ; la fécondité y est la plus forte des cinq pays : taux, 2048 contre 1810 en Norvège, 1724 au Danemark, 1697 en Finlande et 1505 en Suède.
IV. Quelques remarques sur la loi islandaise de 2000
* La loi votée au printemps 2000 à partir d'un projet déposé par le gouvernement de centre-droit (Parti de l'Indépendance et Parti du progrès) se donnait comme objectif de donner au père et à la mère un accès égal à leurs enfants ; et aux parents les moyens d'organiser au mieux leur vie familiale et professionnelle. On notait en outre que la division traditionnelle du tâches entre hommes et femmes donne aux pères moins de possibilité d'être avec leurs enfants, alors que les recherches effectuées montraient qu'ils souhaitaient fréquemment leur accorder plus de temps. D'où le "rééquilibrage" opéré.
Les congés prévus (voir plus haut) devront être pris avant que l'enfant ait atteint 18 mois. On a vu que, jusqu'à ce dernier ait atteint 8 ans, chaque parent a droit à un congé (non transférable) non payé de 13 semaines.
Les congés en cause seront payés -fait nouveau dans la législation sociale islandaise- en pourcentage (80%) des salaires versés en moyenne dans les douze mois s'achevant deux mois avant l'obtention du congé.
Le législateur qui visait à traduire une directive de l'Union Européenne ne cachait pas qu'il entendait ainsi lutter contre un déséquilibre de fait affectant les pères. En fonction des résultats de l'application du texte, ce dernier serait réexaminé au bout de trois ans.
* Dans les quelques années précédant le vote de la loi, diverses propositions avaient été soumises au Parlement, prônant certaines dispositions que la loi reprendra (congé de paternité spécifique, etc.) mais aucune n'aboutit. Une enquête effectuée en 1997 faisait apparaître que 87,5% des hommes étaient favorables à un congé de paternité spécifique de trois mois, mais que le montant de la somme qui leur serait versée durant ce congé serait, pour eux, un élément déterminant dans leur décision d'en bénéficier ou non. Une expérience "pilote" fut mise en place entre 1996 et 1998 par la Mairie (centre-gauche) de Reykjavik, s'inspirant de ces principes et suscita beaucoup d'intérêt. En 1997-98, des congés paternels limités furent accordés à l'occasion de la naissance des enfants. Petit à petit le terrain devint mûr pour que la réforme, présentée par le gouvernement au début de l'année 2000 fût votée à la quasi-unanimité. L'opposition présenta sans succès quelques amendements visant des cas particuliers: enfants sans père connu (cas de viols par exemple), etc. ; ou introduisant un plafonds pour le montant du "paiement" versé aux parents. Le texte du projet demeura inchangé.
L'opinion, dans sa grande majorité, se réjouit de la réforme. Quelques membres, jeunes, de la tendance ultra-libérale du Parti de l'indépendance, regrettèrent l'immixtion de lÉtat dans un domaine aussi "privé" que la répartition entre parents des congés en cause. Quelques "féministes" se plaignirent de voir les hommes bénéficier de trois mois spécifiques qu'elles auraient voulu conserver. Mais ces réserves n'allèrent pas loin.
Un sondage de mars 2003 fait apparaître que le droit à congé des mères fait l'objet d'un assentiment quasi-total, à savoir 99% des personnes répondant au sondage ; la proportion descend à 85% pour le congé de paternité (97,5% pour les 16-24 ans ; 69,9% pour les 55-75 ans).
Les statistiques sur l'application de la loi sont encore parcellaires. On sait toutefois que près de 100% des femmes ont utilisé en 2001 et 2002 leur congé de maternité et 94,8% des pères prirent le congé paternel de un mois en 2001, 82,5% prirent les deux mois en 2002. Quant au congé "parental" de trois mois que les parents se répartissent, il apparaît qu'il bénéficie nettement plus aux mères.
Deux remarques "politiques" en conclusion . S'agissant des congés pour les parents et des structures d'accueil pour les enfants en bas âge, les gouvernements de centre-droit en Islande, aux affaires depuis 1991, ont mené une action plus "ouverte" que les partis homologues des autres pays nordiques (favorables à des mesures favorisant la garde des enfants au domicile par les parents), et plus proche de celle des sociaux-démocrates du Norden. Auparavant, les politiques menées étaient d'inspiration plutôt "libérale-conservatrice". L'avenir nous dira selon quels principes la politique familiale sera conduite ultérieurement.
Par ailleurs, on ne peut pas parler d'un modèle unique pour les pays nordiques. Dans ce domaine, comme dans bien d'autres, si certaines préoccupations relatives à l'égalité des genres et au bien-être des petits enfants, leur sont communes, chaque pays, en fonction de données particulières, met plus ou mois l'accent sur tel ou tel type de mesures ou de procédures, ce qui aboutit à des législations nationales assez différenciées.
Nota : Le texte complet de l'exposé de Gudny Björk Eydal est publié dans le numéro 49 de la Revue "Lien social et Politiques".




