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Bulletin mensuel

Bulletin Mensuel: Mai 2003 - edition spéciale éléctions législative du 10 mai 2003

POLITIQUE INTÉRIEURE :
ÉLECTIONS LÉGISLATIVES DU 10 MAI


Introduction : Pour mieux comprendre le système électoral islandais

Rappelons quelques traits essentiels du système islandais : 1) À la différence de la France, le Chef de l'État ("un roi sans couronne"), tout comme les souverains nordiques, ne joue aucun rôle dans la vie politique. 2) C'est dire qu'il n'intervient en rien dans la formation des gouvernements, même si -formellement- il "désigne" le Premier Ministre. Si, au lendemain des élections législatives, un parti obtient la majorité absolue des sièges au Parlement (ce qui pratiquement n'arrive jamais), son Chef est alors "désigné" comme Chef du gouvernement. Dans le cas contraire, les dirigeants des partis concurrents discutent entre eux des contours et du programme d'une "coalition majoritaire"; et le Chef de l'État entérine le résultat des négociations entre états-majors. 3) À la différence de nombreux États où une "droite" et une "gauche" s'affrontent depuis longtemps et où les alliances se font souvent "bloc contre bloc", en Islande le pragmatisme règne et pratiquement toutes sortes de coalitions sont possibles, qui ailleurs paraîtraient incongrues ou franchement impensables. Cette dépolitisation tend d'ailleurs à s'accroître. Même si il existe théoriquement un centre-droit (le Parti de l'Indépendance, PI), un centre (le Parti du progrès, PP), un centre-gauche (l'Alliance, vaguement sociale-démocrate), une extrême-gauche (la "Gauche Verte"), et un "groupuscule de libéraux", ex-dissidents du PI. 4) Depuis 1991, le chef du Parti de l'indépendance (le plus important groupe à l'Althing) est Premier ministre, à la tête d'une coalition avec les Sociaux-Démocrates (ancêtres de l'Alliance) de 1991 à 1995 ; et, depuis 1995, avec le Parti du progrès (ex-parti agrarien). 5) Ambitions et querelles personnelles au sein des partis peuvent influer sur les contours d'une coalition ; l'ambition suprême visant le poste de Premier ministre (et non, comme en France, celui de Chef de l'État). 6) Les élections proprement dites des 63 députés composant le Parlement -l'Althing- (il n'y a qu'une seule Chambre depuis 1991) -ont lieu tous les 4 ans au scrutin de liste proportionnel. L'île est divisée en six grandes "circonscriptions" (Reykjavik-nord ; Reykjavik-sud, le Sud-Ouest, le Sud, le Nord-Est, le Nord-Ouest qui élisent de 10 à 11 sièges, selon le chiffre de leur population ; des mécanismes complexes faisant en sorte qu'au plan national le nombre de sièges d'un parti soit exactement proportionnel au chiffre de voix obtenues. On notera que dans la circonscription de Reykjavik-nord, se présentaient le "Premier" sortant, David Oddsson (Parti de l'Indépendance, PI), le Ministre (PP) des affaires étrangères Halldor Asgrimsson et le tandem Össur Sképhardisson- Ingibjörg Solrun Gisladottir ("Alliance", de tendance sociale-démocrate), soit trois prétendants aux fonctions de Premier ministre.


1ère partie : Un scrutin "DISPUTÉ"
Des observateurs sérieux ont considéré le scrutin du 10 mai 2003 comme l'un des plus "disputés" de l'histoire politique récente du pays. Deux camps et surtout deux candidats au piste de Premier Ministre se sont affrontés avec véhémence et parfois ont frôlé les attaques personnelles : le Premier Ministre sortant, David Oddsson, en poste depuis 1991 (un record en Europe) ; et l'ancienne maire de Reykjavik, Ingibjörg Solrun Gisladottir, qui avait peu avant quitté sa charge municipale et était la figure de proue de l'opposition de gauche modérée, l'Alliance , sans toutefois présider ce parti (nominalement il restait sous la houlette du député Össur Sképhardisson). Pour le commentateur superficiel, Ingibjörg a perdu son pari, n'ayant pas réussi à se faire élire comme député dans la circonscription de la capitale où elle se présentait (elle avait un peu joué la difficulté, ne se présentant pas comme tête de liste et laissant cet "honneur" au Président du parti, Össur ; mais comptait beaucoup sur son charisme et sa pugnacité, pour gagner, même sur une "place-limite"). D'autre part l'Alliance n'est pas arrivée en tête du scrutin, même si son deuxième rang (31%) n'est pas loin derrière la première place obtenue par le PI de David, qui recueille 33,7% des suffrages.

Les résultats sont plus complexes cependant qu'un rapide coup d'oeil aurait pu le faire croire.
1) Rappelons d'abord les chiffres bruts :
- Important taux de participation : 87,7%
- Parti de l'Indépendance (David Oddsson ; centre-droit) : 33,7% des voix ; 22 sièges sur 63
- Parti du progrès (centre-gauche ; ancien parti agrarien). Son président :est Halldor Asgrimsson, le Ministre des Affaires étrangères "sortant" ; associé au PI depuis 1995 au sein d'une coalition bipartite: 17,7% et 12 sièges. Les divergences séparant Halldor de David étaient manifestes en matière de pêcheries et de politique "européenne", Halldor apparaissant là plus "ouvert".
- "Alliance" (opposition de gauche modérée, d'allure "sociale-démocrate") : 31% et 20 sièges
- Extrême-gauche "Gauche-Verte" (regroupement quelque peu hétéroclite) d'anciens communistes, de féministes, de Verts, et de socialistes de gauche). Anti OTAN et anti UE. : 8,8% et 5 sièges
- Libéraux (dissidents "Conservateurs" ; manifestant parfois des tendances "populistes") : 7,4% et 4 sièges
2) En fait, la coalition sortante PI-PP (divisée sur les relations avec l'Union européenne) a la majorité (22+12) de justesse ; et arithmétiquement le gouvernement sortant n'a pas été désavoué par la nation.
Mais :
- Le parti de David a perdu 7,4 points sur 1999 et 4 sièges : il est sensiblement "affaibli", l'effet d'usure a joué contre lui, et le parti Libéral lui a pris des voix en province (par exemple dans le Nord-Ouest en voie de dépeuplement, en jouant sur les doléances des villageois et des petits ports de pêche menacés par la concentration), tandis que l'Alliance mordait sur son électorat (classes moyennes) dans la capitale.
- David Oddsson, s'il veut rester au pouvoir, doit donc négocier une alliance. Avec qui? Toute la question est là. Continuer à gouverner avec Halldor Asgrimsson n'est pas impossible, mais ce dernier, se sentant en position d'arbitre (Halldor peut aussi envisager de s'entendre avec l'opposition de gauche, mais là il serait obligé d'inclure un troisième participant, car le total Progressistes Alliance ne représente que 32 voix sur 63 à l'Althing : l'hypothèse se complique...), se montrera sans doute exigeant sur les conditions de son soutien.
- L'Alliance a remporté une relative victoire, en marginalisant sur sa gauche la "Gauche-Verte", qui un moment avait eu la faveur des sondages. Mais le vote utile a joué contre cette dernière, et peut-être aussi certaines déclarations sur l'OTAN, qui rappelaient le style de l'extrême-gauche lors de la guerre froide. Il est certain aussi que la personnalité d'Ingibjörg Solrun est pour quelque chose dans les gains en voix et en sièges de l'Alliance".
- Les politologues ont remarqué que la fidélité des électeurs par rapport aux partis a encore diminué, ce phénomène étant à rapprocher du faible contenu doctrinal et idéologique des débats (même si schématiquement l'un des deux camps symbolisait plus l'Islande "aisée" et l'autre l'Islande "modeste") et du fait que le citoyen sait qu'au lendemain du scrutin, le jeu reste très ouvert, aucune alliance ou coalition n'étant a priori inconcevable entre les divers partis concurrents, qui font la loi en politique intérieure (ce que le Général de Gaulle, en son temps, qualifiait de "régime des partis").

2ème Partie : Un gouvernement de coalition aux contours nouveaux
* Premier épisode : Ce qui ne change pas (ou peu)
Le 23 mai, conformément à la tradition, le Président de la République Olafur Ragnar Grimsson, reçoit la démission du gouvernement "sortant" dirigé par David Oddsson, et, selon la proposition du même David (chef du Parti de l'Indépendance), nomme aux affaires un nouveau cabinet, présidé par David Oddsson et composé de douze membres, appartenant aux deux partis de la "majorité sortante" (non désavouée par les électeurs) : le PP et le PI. La continuité est en apparence totale.

Le PI a, outre le poste de Premier ministre, cinq portefeuilles. Quatre d'entre eux restent entre les mains de leurs précédents titulaires. Un nouveau venu fait son apparition : le Ministre de la Justice et des Affaires religieuses, Björn Bjarnason, qui remplace Mme Solveig Pétursdottir. Rappelons que, jusqu'en 2002, où il s'était présenté comme tête de liste du PI aux élections municipales de Reykjavik (et n'avait pas réussi dans sa tentative de renverser la majorité de centre-gauche conduite par la maire d'alors Ingibjörg Solrun Gisladottir, laquelle, depuis lors, a quitté son poste municipal pour se poser en challenger sur le plan national de David Oddsson), Björn Bjarnason occupait depuis 1995 les fonctions de Ministre de l'Éducation, de la Science et de la Culture.
Le "junior partner" de la coalition, le Parti du Progrès, détient de nouveau six portefeuilles, et son Président, Halldor Asgrimsson, reste à la tête du Ministère des affaires étrangères. Seul le Ministre des affaires sociales, Pall Pétursson, depuis longtemps malade, cesse d'appartenir au gouvernement et y est remplacé par un jeune élu rekjavikois Arni Magnusson

Deuxième épisode : Ce qui changera (et peut surprendre)
En même temps que la nomination du cabinet Oddsson, il est annoncé que ce dernier abandonnera son poste de Premier Ministre le 15 septembre 2004, au profit du Chef du Parti du progrès, l'actuel Ministre des affaires étrangères, Halldor Asgrimsson, et qu'à la même date le Parti de l'Indépendance récupérera le Ministère des affaires étrangères (au profit de David lui-même ou de l'actuel Ministre des Finances Geir Haarde, David allant dans ce cas aux Finances. Le PI reprendrait aussi au PP le portefeuille de l'Environnement (présentement détenu par Siv Fridleidsdottir) au profit de Mme Sigrídur Anna Thórdardóttir,
Par ailleurs, l'actuel ministre de l'Éducation, Tómas Ingi Olrich, céderait son portefeuille vers la fin de lannée, à Mme Thorgerdur Katrín Gunnarsdóttir.

Les commentaires vont bon train dans les médias islandais. Pour certains, ce "gouvernement en deux temps" n'a rien de choquant, et résulte d'un accord normal (même si inhabituel) entre partis, dans un système où ceux-ci "font la loi" et gouvernent la vie politique. Pour d'autres, David reste un an au pouvoir, "satisfait au chantage de Halldor" (dont c'est la seule chance d'accéder au poste de Premier ministre, un scrutin ne plaçant jamais le PP en première place de nos jours), puis, en 2007 prend une décision définitive sur son avenir : revenir au pouvoir (avec 50% des sièges??; qui sait?) ou passer au secteur privé ou cultiver un de ses nombreux jardins secrets (littérature ; etc.). La gauche et surtout l'extrême-gauche crient à la "manipulation".

Au delà de ces polémiques, on s'interroge sur ce que sera la politique du nouveau gouvernement. Des changements sont annoncés dans la législation sur la pêche (conséquence, sans doute, de l'émergence du Parti Libéral, qui, sur ce terrain, a enlevé des voix au PI).
Autre sujet d'interrogation : la politique vis à vis de l'UE. On se rappelle les positions divergentes de David et de Halldor sur ce thème. Les positions vont-elles se rapprocher? Et dans quel sens?

- Les femmes moins nombreuses à l'Althing
Par rapport au précédent Parlement élu en 1999, les femmes seront moins nombreuses à siéger à l'Althing sorti des urnes le 10 mai. Elles passent de 23 élues à 19 (30%). Les associations féministes mettent en cause les appareils des partis qui lors de la constitution des listes favoriseraient plus ou moins les candidatures masculines, qu'il y ait ou non des "primaires".

SOCIÉTÉ


- Le Président islandais se marie
Le 14 mai, au soir, quelques jours après avoir célébré son 60ème anniversaire, le Président de la République Ólafur Ragnar Grímsson, à épousé, dans la plus stricte intimité et à sa Résidence de Bessastadir, Dorrit Moussaieff, avec qui il s'était fiancé il y a trois ans. Née à Jérusalem, mais ayant vécu à Londres une bonne partie de sa vie et y ayant -bénéficiant d'une fortune familiale importante, mais s'étant personnellement impliquée dans la gestion financière et immobilière et le commerce de grand luxe- fréquenté les milieux les plus fermés de l'establishment, elle rencontra chez des amis communs le Président islandais en 1999.
Depuis lors, elle a accompagné Olafur Ragnar, dont les fonctions sont purement cérémonielles (le Président est le symbole de l'unité et de l'identité nationales, et, à l'image des souverains britannique et nordiques, ne prend aucune part à la vie politique) dans de nombreux déplacements "honorifiques" à l'intérieur du pays et à l'étranger.



 

 

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