Bulletin mensuel
L’;ACTUALITÉ ISLANDAISE EN JUILLET 2005
ENVIRONNEMENT
* Les éruptions volcaniques en Islande et leurs retombées extérieures
Des scientifiques islandais estiment que les célèbres éruptions « Lakagigar » (une succession de cratères alignés sur 25 kms) dans le Sud de l’île, se produisant aux environs de 1783, ont été une des causes indirectes de la Révolution Française. Elles n’ont pas seulement, en déversant sur 580 km2 des torrents de lave parmi les plus volumineux (12 km3) de l’histoire volcanologique, semé la désertification, la famine (entraînant quelque 10 000 morts, soit 20 % de la population) dans la région affectée. Elles ont donné naissance à des envols de cendres et de poussières se déversant sur l’Europe et l’Asie mineure, y détruisant les récoltes et provoquant des disettes calamiteuses ; et, de fil en aiguille, seraient ainsi à l’origine des pénuries alimentaires ayant facilité le déclenchement de la Révolution française.
Des recherches actuelles montreraient que l’éruption à Eldgja en 934 a eu des conséquences climatiques (vague de froid) et agricoles tout aussi catastrophiques pour l’Europe et le Proche-Orient. Les liens entre éruptions et changements climatiques sont présentement étudiés en profondeur, selon les déclarations du géologue Haukur Jóhannesson à la Radio d’État.
* Chasse à la baleine
La Commission Internationale Baleinière, réunie en juin en Corée, n’a pas autorisé la reprise de la chasse commerciale à la baleine, comme le proposait le Japon et le souhaitaient de nombreux Islandais. Déception pour beaucoup à Reykjavik. Le programme de « recherche scientifique sur la baleine », lancé en 2003, et comportant la capture d’un nombre très limité de baleines, néanmoins se poursuit (voir Bulletin d’août 2003), et pour 2005 se donne pour objectif la
capture de 39 baleines de Minke (petits rorquals).
* L’îlot de Surtsey rétrécit
Surtsey, l’îlot volcanique, qu’une éruption volcanique sous-marine fit jaillir des profondeurs de l’océan, au Sud des îles Vestmann (sud de l’Islande), entre 1963 et 1967, n’a pas cessé depuis lors d’être un terrain de recherches pour scientifiques de diverses disciplines (botanistes, biologistes, ornithologues, géologues, etc.). Entre temps, un changement majeur a été observé, que relatent les médias avec force commentaires : la surface de l’îlot a diminué de moitié, ainsi que l’a constaté à la mi-juillet le chercheur de l’Institut d’Histoire Naturelle à l’occasion de sa visite annuelle. Elle avoisinerait 2,8 km2.
POLITIQUE INTÉRIEURE
Note liminaire : sous cette rubrique, nous retraçons, d’un mois sur l’autre, quelques-unes des multiples « péripéties » et « mini-crises » qui ponctuent la vie des partis islandais et les « jeux » de la démocratie parlementaire : on ne découvre, au fil de cette chronologie, rien que de très naturel et prévisible dans un régime politique, qui, par certains de ses aspects, ressemble au système français et à celui de nombre de grands pays développés.
Les « non-initiés » et ceux que ne passionnent pas les subtilités des rivalités ou alliances partisanes ou personnelles trouveront à l’occasion notre rubrique longue, pour ne pas dire fastidieuse. Ils peuvent la parcourir « en diagonale » sans se perdre dans les méandres. On leur signale au passage que les épisodes et incidents relatés n’ont souvent qu’une portée limitée. Aspect positif, cependant : ils attestent la vitalité du fonctionnement quotidien, avec ses inévitables « scories », de la démocratie et d’un système représentatif mature et bien rodé.
LA BATAILLE DE LA MAIRIE DE REYKJAVIK
Après avoir été longtemps un solide bastion du Parti de l’Indépendance (David Oddsson y régna sans partage jusqu’en 1994), la municipalité de la capitale avait été emportée de haute lutte en 1994 par une coalition -la « liste R »-, associant l’ensemble des formations de gauche et du centre sous la houlette de la dynamique Ingibjörg Solrun Gisladottir. Cette dernière, alors « féministe », a, depuis, rejoint les rangs de l’ « Alliance » sociale-démocrate (dont elle vient d’accéder à la présidence), et renoncé à sa charge municipale pour se préparer à une candidature nationale (au poste de Premier ministre?). La coalition en question a par ailleurs été réélue en 1998 et en 2002, mais des failles sont apparues récemment en son sein, opposant les diverses tendances la constituant.
Les élections municipales de 2006 promettent d’être animées. La droite n’a pas renoncé à reconquérir la capitale et joue sur l’usure présumée de l’équipe en place, certaines difficultés financières et les divisions de l’actuelle municipalité.
De fait, depuis quelques mois, la presse fourmille d’anecdotes et de déclarations des politiciens locaux, montrant la difficulté qu’ont les partis de gauche et du centre à s’associer pour prolonger la vie d’une éventuelle liste R et la faire triompher, en vue de la mandature 2006-2012. À voir dans nos numéros à venir.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
L’ISLANDE ET LES NATIONS-UNIES
Le Représentant permanent de l’Islande aux Nations-Unies, l’Ambassadeur Hjalmar Hannesson, a, lors d’une intervention à la Commission économique et sociale de l’ONU à New-York, le 1er juillet, rappelé, dans le cadre des travaux préparatoires à la Réunion au Sommet de 2005 (où sera examinée, entre autres, la mise en ?uvre des « Objectifs de développement du Millénaire »), le point de vue de l’île concernant les « objectifs » en cause et les moyens de les réaliser. Les propositions islandaises concernent d’abord l’ « aide publique au développement » : son accroissement conditionne le succès des stratégies envisagées sous la commune responsabilité des pays riches et des pauvres, et mises en ?uvre avec des méthodes de gouvernance efficientes et dignes de confiance. L’Islande aura, pour sa part, doublé son APD entre 1998 et 2009.
Le commerce international devra être au service du développement et la prochaine rencontre multilatérale de Hong-Kong sur ce problème (« négociations de Doha ») aura à marquer des points en ce sens.
Autre priorité incontestable : la santé dans les pays pauvres et la lutte contre le Sida, pandémie à éradiquer.
Le rôle des femmes dans le développement n’a plus à être souligné : des initiatives nouvelles sont attendues.
S’agissant de l’énergie, Hjalmar Hannesson a rappelé la « soif » d’énergie qui caractérise la planète. La pauvreté dans le monde ne saurait être efficacement combattue, si l’accès à l’électricité continue à être refusé à 2 milliards d’habitants de la planète. La lutte contre les gaspillages, ainsi que la promotion massive des énergies renouvelables et la mise en production progressive, grâce à l’innovation technologique, de nouvelles « sources » (comme l’hydrogène), constituent des priorités vitales, d’autant que la menace du réchauffement climatique, liée à l’émission des gaz à effets de serre, se fait plus pressante. À propos de l’énergie, l’Islande a rappelé la contribution qu’elle offre aux pays démunis par le canal du Programme géothermal onusien, basé à Reykjavik depuis 1978.
Un autre domaine où l’Île fait partager son expérience incomparable est celui des pêcheries, lié au problème de la protection de l’environnement marin. Reykjavik, pionnière en la matière, insiste pour une accélération des efforts entrepris depuis 1995 sur certains aspects du programme global de protection à partir d’activités terrestres.(Plan de Johannesbourg, etc.)
Relations islando-américaines : la base de Keflavik
Les « conversations américano-islandaises » sur la contribution de Washington à la sécurité de l’Islande et sur la prorogation et la « mise à jour » de l’accord de 1951, attendues de longue date dans l’île, se sont engagées le 6 juillet. Une délégation islandaise de 10 officiels, conduite par l’Ambassadeur Albert Jonsson (du cabinet du Ministre David Oddsson), a rencontré une équipe américaine de 15 personnes (qui avait préalablement coordonné les vues du Département d’État, du Pentagone et de la Maison Blanche). Les discussions avaient été largement préparées par les divers contacts que David avait eus, dans un passé récent, tant avec le Président George Bush qu’avec Colin Powell.
Elles aboutiront, selon toute probabilité, à une certaine diminution de l’effort américain (la guerre froide est bien loin, et la valeur « stratégique » de l’Île pour les Etats-Unis a diminué dans l’actuel contexte international) et sans doute à un apport financier accru de Reykjavik. Mais dans l’immédiat, les négociateurs se sont séparés sans avoir trouvé un accord global, des divergences non négligeables les séparant sur certains points. On souhaite, en Islande, que la prochaine rencontre, prévue pour septembre, permette de dégager un tel accord.
LES CHINOIS SE MANIFESTENT
Alors que, fin juin, le Ministre des affaires étrangères de Taiwan se rendait fin juin en Islande comme « personne privée », l’Ambassade de Chine fit part de son mécontentement devant ce déplacement, mettant en garde Reykjavik contre tout geste en faveur des Taiwanais. Les Affaires étrangères islandaises ont réagi en rappelant leur doctrine constante : elles n’entretiennent de relations diplomatiques qu’avec Pékin mais n’entendent pas empêcher les touristes taiwanais (fût-ce une personnalité ministérielle) de visiter leur pays, étant entendu que ces « visiteurs » n’ont pas de contacts officiels avec les autorités islandaises. Bel exemple de susceptibilité exacerbée de la part de Pékin, dès qu’il s’agit de Taiwan?.
Relations avec l’Union européenne
Le Comité parlementaire de politique européenne, chargé par le gouvernement d’étudier en profondeur le pour et le contre d’un resserrement des liens avec l’Union européenne, avait eu en juin un contact avec la Commission bruxelloise (M. Rehn, commissaire chargé de l’Elargissement), afin de clarifier, au plan de l’information réciproque, certaines questions de procédure et divers problèmes, sur lesquelles les points de vue des deux parties divergent.
De cette entrevue, il était ressorti que d’éventuelles négociations entre Bruxelles et Reykjavik -quelle que soit l’importance des divergences à surmonter sur les problèmes litigieux- ne revêtiraient pas a priori la complexité qui a caractérisé par le passé d’autres discussions sur l’adhésion de tels ou tels candidats. En principe, elles pourraient être moins longues et mobiliser des délégations de négociateurs moins fournies. L’Islande n’est ni la Pologne ni la Roumanie? Dans une interview accordée en juillet au quotidien « Morgunbladid », M. Rehn confirme cette analyse.
Relations islando-JAPONAISes : HALLDOR À TOKYO
En visite officielle au Japon en juillet, le Premier ministre islandais a discuté avec ses interlocuteurs japonais la question de la pêche à la baleine (voir « Bulletin » de juin) où les deux États sont sur la même longueur d’ondes, ainsi que divers aspects des relations économiques bilatérales. L’Islande a réaffirmé son appui à la requête japonaise de participer, comme membre permanent, au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, dans le cadre de la prochaine réforme de ce dernier.
ÉCONOMIE
LES DÉPENSES DES MÉNAGES
Fin juin, l’Office des Statistiques a publié sur son Site Internet (www.statice.is) des informations rapides sur les dépenses des ménages en 2001-2003, fondées sur une enquête impliquant près de 2000 ménages.
Les résultats de cette enquête (menée annuellement) diffèrent peu de ceux de l’enquête précédente (2000-2002), même si d’une période à l’autre, la taille moyenne des ménages a légèrement diminué (2,62 individus contre 2,68).
Sur une plus longue période, l’Office constate que, de 1995 à 2003, le « revenu disponible des ménages » a augmenté de 71 % (soit 82 % par individu). Pour la même période, l’indice des salaires a crû de 71 % ; celui des prix à la consommation de 31,2 %. La hausse du pouvoir d’achat se situe aux environs de 40 %.
Les couples avec enfants ont connu une amélioration supérieure à celle enregistrée par les couples sans enfants ou les familles monoparentales. Les habitants de la capitale et de ses environs ont des revenus supérieurs à ceux du reste de l’île.
De cette enquête, il ressort que 86 % des ménages sont propriétaires de leur logement, et 10 % d’une résidence secondaire (summer house). 98 % possèdent un poste de télévision, 61 % une voiture et 25 % plus d’une, 98 % un frigidaire, 92 % une machine à laver, 85 % un magnétoscope ; 80 % un four à micro-ondes ; 85 % un ou plusieurs téléphones portables ; 80 % un ordinateur ; 40 % un lecteur de DVD.
Privatisation de la Compagnie nationale des Télécommunications
La privatisation de la Compagnie nationale des Télécommunications (Landsiminn) est pratiquement chose faite. Le 28 juillet, la Commission exécutive des privatisations, désignée par le gouvernement, a choisi, comme la réglementation le prévoyait, le groupe offrant le meilleur prix pour l’achat des actions que possédait l’État. Il s’agit du consortium islandais d’investisseurs Skipti, contrôlé par les frères Lydur et Agust Gudmundssson (à la tête de « Bakkavör », un puissant groupe agro-alimentaire), qui a proposé d’acheter Landsiminn pour 66,7 milliards de couronnes, soit nettement plus que les autres « concurrents ».
Nous reviendrons sur cette importante opération, qui -par les sommes en jeu- fera date dans l’histoire des privatisations. Le Premier Ministre se déclare entièrement satisfait et constate que le Trésor Public bénéficie par là de recettes exceptionnellement élevées (servant en bonne partie, sans doute, à rembourser les dettes de l’État). L’opposition d’extrême-gauche continue à regretter avec force un tel « démembrement du secteur public ». La gauche se demande si les investisseurs (que d’aucuns disent proches du Parti de l’Indépendance) n’ont pas été favorisés au cours de la procédure, mais se garde d’accuser la Commission compétente. À suivre.
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE ISLANDE
* Revue Trek Magazine, juin 2005 : « Treks secrets entre glace et feu »
En juin, la Revue « Trek Magazine » a consacré une partie importante de sa livraison à l’Islande.
En guise d’ouverture de ce cahier spécial, un Français, qui vit depuis 33 ans dans l’île, Philippe Patay (« pionnier incontesté du trek, des raids à skis et des voyages naturalistes dans son pays d’adoption ») évoque, pour les voyageurs sportifs et les amateurs confirmés de treks, avides d’aventure et de merveilles naturelles, quelques circuits possibles au c?ur de l’été. Christophe Raylat nous relate ensuite un périple « onirique » d’une semaine dans l’Est des fjords, des volcans et des trolls?
Un article de G. Modica fait le point sur la « découverte » de l’Islande par l’explorateur marseillais Pythéas, vers 333 av.J.-C, puis par l’ermite irlandais Saint Brendan au VIe siècle.
Deux interviews sont consacrées à la construction (qui vient de commencer) d’un grand barrage hydro-électrique (permettant l’alimentation de l’usine d’aluminium projetée par le groupe Alcoa dans l’Est islandais) sur l’un des plus vastes espaces sauvages d’Europe, à Karahnjukur (région du Vatnajöküll). Cette construction ayant soulevé quelques polémiques, Trek Magazine a interrogé Mme Osk Viljamsdottir, activiste islandaise très impliquée dans les mouvements écologistes, guide touristique et artiste, qui prend position contre le barrage ; et M. Tomas Ingi Olrich, Ambassadeur d’Islande en France qui le défend, le pays voulant « trouver un équilibre entre l’exploitation des ressources énergétiques et la protection de la nature ».
Un addendum « pratique » donne aux lecteurs impatients de visiter l’île des informations rapides sur le voyage, et aux passionnés de treks des suggestions pour 9 treks inédits, de difficultés variables.
On ne saurait trop souligner la qualité exceptionnelle de l’illustration photographique, réalisée par des professionnels avertis, et qui mettent magnifiquement en appétit le lecteur.
Un DVD accompagne la publication, avec de belles vues d’un trek dans l’Est et un commentaire approprié de C. Reylat et de Ph. Patay.
Renseignements : Trek Magazine, 6 rue Irvoy, 38027 Grenoble Cédex 1. Tel : 04 76 70 54 11.
E mail : redaction@trekmag.com
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BRÈVES
* Liv Ullmann en Islande
L’actrice norvégienne Liv Ullmann s’est rendue en juillet en Islande en vue d’y mettre en scène un film, adapté du roman de l’Islandais Ólafur Jóhann Ólafsson, « A Journey Home (Sló<eth> Fi<eth>rildanna) ». Le tournage est pour bientôt.
* Apprendre l’islandais sur le web est désormais possible, grâce à la méthode (en langue anglaise) mise au point par l’Université d’Islande. Pour en savoir plus, consulter le site : http://www.icelandic.hi.is/coursetest.php




