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Bulletin mensuel

L’ACTUALITÉ ISLANDAISE EN OCTOBRE 2005

POLITIQUE INTÉRIEURE

Note liminaire : sous cette rubrique, nous retraçons, d’un mois sur l’autre, quelques-unes des multiples « péripéties » et « mini-crises » qui ponctuent la vie des partis islandais et les « jeux » de la démocratie parlementaire : on ne découvre, au fil de cette chronologie, rien que de très naturel et prévisible dans un régime politique, qui, par certains de ses aspects, ressemble au système français et à celui de nombre de grands pays développés.

Les « non-initiés » et ceux que ne passionnent pas les subtilités des rivalités ou alliances partisanes ou personnelles trouveront à l’occasion notre rubrique longue, pour ne pas dire fastidieuse. Ils peuvent la parcourir « en diagonale » sans se perdre dans les méandres. On leur signale au passage que les épisodes et incidents relatés n’ont souvent qu’une portée limitée. Aspect positif, cependant : ils attestent la vitalité du fonctionnement quotidien, avec ses inévitables « scories », de la démocratie et d’un système représentatif mature et bien rodé.

- La rentrée parlementaire : Discours de politique générale du Premier Ministre

Selon l'usage, le Premier ministre, Halldor Asgrimsson a prononcé le discours inaugural de politique générale (ouvrant la session de l'Althingi) le 4 octobre.

D'entrée de jeu, il s’est employé à souligner, recourant au témoignage d’organismes internationaux, les " médailles " remportées par son pays dans la compétition internationale : l’Islande figure à la deuxième place des pays " où il fait bon vivre " ; elle est également dans les tout premiers rangs pour le très faible niveau de son chômage et pour la hausse du pouvoir d’achat des ménages depuis dix ans. La comparaison avec de grands pays européens, comme la France et l’Allemagne est édifiante?

Les points suivants ont ensuite été abordés par Halldor :

1) En raison de la réalisation actuelle de grands projets industriels (centrales électriques, usines d’aluminium, etc), les risques de " surchauffe économique " sont réels et les tensions inflationnistes, attisées par la hausse des prix du pétrole et le " boom "immobilier dans l’île, se reflètent dans l’indice des prix à la consommation. L’État, conscient des dangers d’un " dérapage ", réagit. Pour la troisième année de suite, il a défini une politique budgétaire très rigoureuse, comprimant au maximum les dépenses publiques. Le budget de 2006 sera excédentaire, le surplus servant à " éponger " la dette publique. Par ailleurs, une partie des recettes provenant de la privatisation de la Compagnie Nationale des Télécommunications (voir " Bulletin " de septembre) va servir -comme une bonne gestion des finances publiques le conseille- à rembourser la dette publique étrangère. Le reste sera utilisé pour financer des investissements prioritaires, mais les dépenses en question ne seront mises en place qu’entre 2007 et 2012 (la période de " surchauffe " achevée), ceci pour calmer les tensions inflationnistes actuelles : en attendant les sommes en question seront gelées et placées en produisant des intérêts.

2) Le Premier ministre considère que les meilleurs investissements, pour que l’Islande continue à rester dans le peloton de tête dans la compétition internationale, sont ceux à développer dans les domaines de l’éducation et de la recherche. Selon l’OCDE, l’île était en 2002 au premier rang des pays industrialisés pour la proportion du PIB affectée à l’éducation (7,4 %). Des projets de loi seront prochainement soumis au Parlement pour améliorer encore la qualité et l’efficience de l’enseignement primaire (dépendant des collectivités locales), secondaire et supérieur.

3) S’agissant de la santé, des fonds provenant de la privatisation des télécommunications serviront à la construction de services d’urgence dans un hôpital de pointe (lancement des travaux : 2008) et pour l’accueil des handicapés mentaux.

Parmi les autres priorités du gouvernement figurent : a) l’amélioration des prestations accordées aux familles ayant de jeunes enfants, dont les problèmes sont activement étudiés par une " Commission de la famille " ; b) les progrès de la qualité de la vie à promouvoir dans les régions rurales. Une stratégie du développement régional est en préparation pour la période 2006-2009. Les nouvelles technologies auront, là, leur rôle à jouer. Le moment venu, des crédits venant de la privatisation des télécommunications iront notamment à un fonds pour la diffusion du système GSM dans les zones rurales ; c) les transports et les communications : 15 milliards (argent des privatisations) devraient aller, entre 2007 et 2010, à la réalisation d’infrastructures de transports. Dans le même temps 3 milliards seront affectés aux Garde-Côtes ; d) l’intensification de l’innovation, condition d’un progrès technologique et économique constant. Dans cette perspective, et en accord avec des suggestions du " Conseil de la Science et de la Technologie ", 2,5 milliards accroîtront les ressources du Fonds de financement des activités nouvelles (qui met sur pied des opérations conjointes avec le capital privé).

4) Halldor Asgrimsson a évoqué brièvement deux points concernant les relations internationales. Tout d’abord le récent Sommet de l’ONU, où il avait confirmé, le 15 septembre, que l’Islande était candidate au Conseil de Sécurité, au titre de membre non permanent, pour la période 2009-2010, signifiant ainsi qu’elle entendait être plus présente dans le monde. En liaison avec les objectifs des Nations Unies, d’autre part, la décision prise par le gouvernement en 2004 de porter les sommes consacrées à l’aide au développement de 0,19 % du PIB à 0,35 % en 2010 a été réaffirmée avec force : le volume de cette aide aura ainsi quadruplé en l’espace d’une décennie.

5) Pour conclure, le chef du gouvernement a traité de la révision de la Constitution, dont le principe avait été décidé en 2004 à la suite du conflit ayant opposé le Président de la République et le gouvernement (soutenu par la majorité parlementaire). Un Comité ad hoc, présidé par le Ministre de la Santé et de la Sécurité Sociale, travaille efficacement sur ce problème, ayant pour objectif de proposer des solutions aussi " consensuelles " que possibles et de renforcer la démocratie islandaise. La question du référendum entre dans son champ d’études, avec une analyse fouillée des expériences étrangères en la matière.

Parallèlement à ce travail, le Premier ministre a lancé deux chantiers essentiels : celui de la réforme (dans le sens d’une efficience encore accrue, même si une enquête internationale lui donne sous ce rapport le troisième rang mondial) de l’administration insulaire ; et celui de la simplification de la législation (initiative « Une Islande plus simple ») au bénéfice du public et du monde des affaires.

- La rentrée parlementaire (suite) : les réactions de l'opposition

Les deux partis de l'opposition de gauche ont réagi assez vivement au discours de Halldor, jugé excessivement optimiste et dénué d’objectivité :

- la Présidente de l' « Alliance » (gauche modérée), Ingibjörg Solrun Gisladottir (candidate " potentielle " au poste de Premier ministre après les élections de 2007), a surtout critiqué le développement rapide des inégalités sociales, l’endettement considérable des ménages, l’inaptitude des dirigeants actuels à s’adapter aux données nouvelles de l’économie et du monde des affaires ;

- au titre de la " Gauche Verte " (extrême gauche), Steingrimur Sigfusson a mis l’accent sur les dangers d’inflation, de plus en plus réels, accusant Halldor Asgrimsson de rester sourd face aux alarmes et conseils lancés par la Banque Centrale. De la même façon, il lui reproche d’être insensible devant les difficultés énormes rencontrées, vu le taux de change, par les activités exportatrices, dont les pêcheries.

- Congrès du Parti de l’Indépendance

Le Congrès du Parti de l’Indépendance (centre droit), la plus importante formation politique islandaise, et membre actif de l’actuelle coalition gouvernementale, s’est tenu du 13 au 16 octobre, soit très peu de temps après que son ancien Président (et " homme fort "), David Oddsson eût annoncé son retrait de la vie politique. Les temps forts de ce congrès ont été :

1) Les " adieux " de David.

L’ancien Premier ministre (1991-2004) a d’abord souligné les résultats bénéfiques enregistrés par l’économie nationale et par la société durant son long " règne " ; croissance exceptionnelle, réformes dynamisant les acteurs économiques, baisse spectaculaire de la dette publique et de la pression fiscale, etc. Celle-ci avait atteint un sommet " historique " lorsque David arriva aux affaires, recueillant la succession du Ministre des Finances " sortant ", l’actuel Chef de l’État Olafur Ragnar Grimsson

Par ailleurs, David attaqua directement les partis d’opposition, spécialement le principal, l’ " Alliance " (sociale-démocrate) et sa présidente Ingibjörg Solrun Gisladottir. Il mit en cause les liens de cette formation avec des groupes d’affaires (le groupe Baugur) contrôlant une bonne partie des médias. Il rappela les combats qu’il avait menés au gouvernement contre les cartels et plus particulièrement contre la concentration dans les médias (voir " bulletins " de 2004), et son grand attachement à une concurrence saine dans ce secteur.

Il a en outre mentionné la " mauvaise gestion financière " de la capitale, Reykjavik, dont Ingibjörg Solrun fut longtemps maire, et qui est gérée par l’opposition. Il s’en est pris au programme financier de la gauche, qui, sous le prétexte de lutter contre les inégalités croissantes et d’instaurer une meilleure justice fiscale, augmenterait massivement la fiscalité.

L’ancien Premier ministre a, par ailleurs, rappelé les liens profonds unissant son pays et les Etats-Unis d’Amérique, et s’est montré confiant dans l’issue des conversations bilatérales actuelles sur l’accord de défense.

2) L’élaboration du " programme " du parti

Sous la présidence de Geir Haarde (voir ci-dessous) le Parti de l’Indépendance reste fidèle aux grandes lignes de son programme, tel qu’il s’est précisé au cours des dernières décennies.
Un point a toutefois retenu spécialement l’attention du Congrès : l’urgence et le contenu de la réforme constitutionnelle dont le principe avait été décidé en 2004 à la suite du conflit ayant opposé le Président de la République et le gouvernement. On sait que le Président Olafur Ragnar Grimsson avait (fait unique dans l'histoire islandaise) usé du "droit de veto" que lui donne l'article 26 de la Constitution pour s'opposer à une loi visant à lutter contre la concentration dans les médias, présentée par le gouvernement Oddsson et approuvée par le Parlement. Selon le même article, un référendum aurait dû avoir lieu. En fait, l'affaire avait été provisoirement résolue par une sorte de compromis, le gouvernement retirant le projet de loi "litigieux" et annonçant à la fois la mise à l'étude d'une nouvelle loi sur les médias, et le lancement d'une procédure de révision constitutionnelle. Pour le Parti de l'Indépendance, il convient d'abroger l'article 26.

Par ailleurs, les congressistes ont rappelé a nécessité de s'opposer à la concentration dans les médias et à la constitution de monopoles de nature à fausser le contenu de l'information et la formation de l'opinion publique.

Le parti, qui n'entend pas défendre les intérêts des seules classes aisées, a également souligné sa préoccupation constante de veiller à la protection des plus faibles, dans les domaines de l'éducation, de la santé et de la protection sociale.

Il entend recourir au secteur privé pour remplir des missions de service public, chaque fois que cela pourra favoriser l'usager ou le consommateur, et lui donner une diversité accrue de choix.

Les privatisations se poursuivront : dans quelques années, ce sera le tour de la Compagnie Nationale d'Électricité, énorme entreprise.

En matière internationale, le Parti a approuvé la décision gouvernementale concernant la candidature islandaise au Conseil de Sécurité de l'ONU, et demeure fidèle au maintien du statu quo pour ce qui est des relations avec l'Union européenne.

3) L'élection des dirigeants du parti

Conformément à leurs usages, les Congressistes élurent, pour les deux années à venir, leur Président (il s'agissait de remplacer David Oddsson, quittant la vie politique) et leur Vice-Président. Pour le premier poste, le ministre des Affaires étrangères Geir Haarde, seul candidat, qui apparaissait clairement comme le « dauphin » de David, reçut 94,3 % des suffrages des délégués. Pour le second, une compétition opposait Kristján Thór Júlíusson, maire d’Akureyri, qui eut 424 votes, et Thorgerdur Katrín Gunnarsdóttir, Ministre de l’Éducation, de la Science et de la Culture, qui l’emporta avec 728 suffrages. Geir se félicita de ce choix, constatant que les deux dirigeants formaient une équipe très unie.

-  Quelques propositions d’Ingibjörg Solrun (opposition sociale-démocrate)

Lors d’un forum tenu le 9 octobre, Ingibjörg Sólrún Gisladottir, présidente de l’ « Alliance » (opposition sociale-démocrate) révéla quelques aspects du programme économique de sa formation, visant à lutter contre les inégalités croissantes et à instaurer plus de « justice fiscale ». Il convient, selon elle, de renoncer aux baisses d’impôts envisagées par le gouvernement, qui favorisent les couches aisées, d’augmenter la fiscalité sur les gains en capital, et les revenus financiers (dividendes, intérêts), et en revanche de diminuer substantiellement la TVA sur les produits alimentaires (de 14 % à 7 %). et d’accroître nettement les abattements consentis aux titulaires de faibles revenus. Elle rappelle que les revenus financiers sont taxés à 10 % seulement (et dispensés d’impôts municipaux) lors que les revenus du travail le sont à 25-27 % (plus un impôt local d’environ 12 %).

Ingibjörg Solrun s’est par ailleurs prononcée clairement pour l’entrée du pays dans la zone euro, l’attachement à la couronne revenant -selon elle- à créer une barrière commerciale isolant l’Islande.

- La « Convention » de la « Gauche Verte »

Du 21 au 23 octobre s’est tenue la Convention nationale de la « Gauche Verte » (opposition d’extrême gauche). Le président de la formation, Steingrimur Sigfusson, a insisté sur l’originalité du programme, qui complétait la fidélité aux valeurs du socialisme par un attachement aux luttes des féministes et aux idéaux des écologistes. Surtout, il a proposé à l’autre parti d’opposition, l’ « Alliance » (sociale-démocrate) de constituer, au lendemain des élections de 2007 une majorité de progrès social, qui permettrait de chasser du pouvoir le Parti de l’Indépendance et les Progressistes (envers lesquels il ne faut manifester aucune indulgence, ce à quoi certains sociaux-démocrates seraient peut-être enclins, au nom de convergences possibles sur l’Europe). Enfin, Steingrimur a dénoncé les graves dangers de la conjoncture actuelle : inflation croissante, déficit commercial, creusement gigantesque des inégalités. Face à cela, dit-il, le gouvernement, aveugle, ne réagit pas.

 

POLITIQUE EXTÉRIEURE

* La candidature de l’Islande au Conseil de Sécurité

En 2003, l’Islande avait annoncé qu’elle serait candidate au Conseil de Sécurité de l’ONU, au titre de membre non permanent, pour la période 2009-2010, signifiant ainsi qu’elle entendait être " plus présente dans le monde ".

Par la suite, cette décision a semblé, pendant quelque temps, remise en cause, notamment en raison du coût de l’opération. Un réexamen de la question a donc eu lieu, mais finalement, comme le Premier ministre Halldor Asgrimsson l’a fait savoir lors du " Sommet " de l’ONU le 15 septembre, l’Islande a confirmé sa candidature. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Geir Haarde, a indiqué aux Parlementaires de la Commission des affaires étrangères et à la presse qu’on s’efforcerait de limiter les dépenses afférentes à cette initiative

* Relations avec l’Union européenne

Le nouveau ministre des Finances, Arni M. Mathiesen, a récemment rejeté la proposition faite par la présidente de l’ " Alliance " (opposition sociale-démocrate) de combattre l’inflation menaçante par un rattachement de la couronne islandaise à l’euro. Un tel rattachement enlèverait toute possibilité d’action contre l’inflation à la Banque Centrale du pays, qui est bien placée pour agir efficacement. Par ailleurs, dans les derniers mois, le rattachement à l’euro aurait présenté des risques inflationnistes non négligeables.

* Relations islando-américaines : la base de Keflavik

Les « conversations américano-islandaises » sur la contribution de Washington à la sécurité de l’Islande et sur la prorogation et la « mise à jour » de l’accord de 1951 (voir bulletin de septembre),  engagées en juillet, ont donné lieu, le 19 octobre, à une simple rencontre entre les deux chefs de délégations, qui n’a pas permis d’avancer, et qui -à la demande des Islandais- n’a pas été suivie de négociations proprement dites. Celles-ci devraient reprendre à une date ultérieure (non encore fixée).

Les discussions aboutiront, selon toute probabilité, à une diminution de l’effort américain (la guerre froide est bien loin, et la valeur « stratégique » de l’Île pour les Etats-Unis a diminué dans l’actuel contexte international) et à une contribution financière accrue de Reykjavik. C’est principalement sur l’ampleur de cette contribution que des divergences séparent encore les deux pays, tandis que Washington a besoin de plus de temps pour voir quelle forme « concrète » revêtira sa présence en Islande

Peut-être déçu par la lenteur des conversations, et sans doute par les divergences (plus fortes que prévues) séparant les deux parties, le ministre Geir Haarde ne se déclare pas moins optimiste quant au résultat final et, face aux critiques de l’opposition, l’a réaffirmé vers le milieu du mois devant le Parlement.

 

ÉCONOMIE

* Contre la " surchauffe " et l’inflation, la Banque Centrale agit

Contre les dangers de surchauffe et les tensions inflationnistes, dénoncés par beaucoup d’économistes, la Banque centrale vient de relever (à partir du 4 octobre) ses taux d’intérêt, comme elle l’a déjà fait de nombreuses fois depuis plus d’un an. Le taux de base croît de 0,75 % et s’élèvera à 10,25 %. D’autres hausses ne sont pas à exclure dans un avenir prévisible, car selon la Banque les perspectives en matière d’inflation pour les deux prochaines années sont préoccupantes et dépassent nettement les objectifs que cet organisme s’est fixés...

* PRÉVISIONS ÉCONOMIQUES

Le Ministère des Finances a publié, le 10 octobre, sur son Site Internet en anglais (http://eng.fjarmalaraduneyti.is) une étude actualisant pour la période 2006-2010 les perspectives économiques de l’Islande.

En bref, il constate que l’expansion économique est actuellement à son point culminant et se maintiendra en 2006, en raison de l’exécution des grands projets industriels (électricité, aluminium). Mais la croissance ralentira en 2007 : achèvement progressif des projets ; baisse de la demande intérieure.

En 2004, le PIB a augmenté de 6,2 % (forte consommation des ménages ; investissements industriels) et les importations se sont développées. En 2005 le PIB devrait enregistrer une hausse de 6 %, se réduisant à 4,6 % en 2006 et tombant à 2,5 % en 2007.

Conséquence de cette expansion, la balance courante accuse en 2005 un déficit-record de 13,3 % du PIB, prolongé à 12 % en 2006. En 2007, les importations chutent alors que les exportations d’aluminium se développent. Pour les années 2008-2010, le déficit courant se réduit considérablement : environ 2,2 %.

Les déséquilibres économiques ne devraient être que temporaires. Actuellement une politique de rigueur s’attache à freiner la demande. L’ouverture sur l’extérieur, une concurrence accrue et une productivité grandissante aident à contenir les risques.

Le chômage devrait tomber à moins de 2 % en 2006 ; il remonterait légèrement par la suite.

La hausse des prix, stimulée en outre par le " boom immobilier " va culminer autour de 3,9 % en 2005, de 3,8 % en 2006 et de 4 % en 2007.

Le cours de la couronne semble présentement atteindre un maximum et se repliera un peu en 2006.

D’une manière générale, malgré certaines incertitudes pour l’avenir (taux de change ; réalisation d’autres projets industriels), les bases de l’économie sont solides et sa flexibilité appréciable.

* LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE AU SERVICE DE LA CONJONCTURE

Dans sa lettre hebdomadaire d’informations en date du 6 octobre, le Ministère des Finances examine les moyens dont disposent les responsables islandais pour lutter contre les dangers que présentent dans le " cycle économique " traversé par l’île l’actuelle période de surchauffe, puis la venue d’une récession potentielle.

Pour le moment, pour combattre la surchauffe et les tensions inflationnistes, la Banque centrale a recours à l’arme des taux d’intérêt, passés de 5,3 % en mai 2004 à 10,25 % en novembre 2005 (avec l’éventualité de nouvelles hausses, si nécessaires). Le gouvernement a poursuivi sa politique d’austérité budgétaire : l’excédent du budget 2005 est estimé à 2,8 % du PIB sur la base de la comptabilité nationale ; il est prévu à 1 % pour 2006. Les résultats enregistrés en matière de restrictions budgétaires en Islande entre 2003 et 2005 figurent parmi les meilleurs de l’OCDE. Dans le même esprit (voir supra) les sommes provenant de la privatisation des télécommunications ou servent au remboursement de la dette publique ou sont gelées en attendant une période plus favorable pour être dépensées.

D’une manière générale, les investissements publics prévus pour 2004-2006 sont retardés et ne seront repris qu’à partir de 2007 ou 2008, lorsqu’un danger de ralentissement de l’activité, voire de récession, se profilera avec l’achèvement des grands projets industriels. Des baisses d’impôts sont annoncées pour parer un tel risque.

*LE POIDS DE LA FISCALITÉ

Dans sa lettre hebdomadaire d’informations en date du 13 octobre, le Ministère des Finances donne quelques indications sur le poids de la fiscalité globale (gouvernement et collectivités locales) pour les Islandais.

D’après une étude de l’OCDE, le ratio serait assez élevé dans l’île, plus que dans de nombreux États membres, mais moins que dans les autres pays nordiques. Il s’établirait à 41,9 % du PIB en 2004.

Les calculs du Ministère des Finances aboutissent à un résultat plus favorable pour les contribuables : 40,2 % pour 2004. Une nette amélioration est envisagée pour 2007 (grâce à des allègements fiscaux), avec 37,3 % seulement.

* LA SANTÉ DES ÉCONOMIES NORDIQUES

Les Ministres des Finances des États nordiques et baltes, qui, comme leurs Premiers ministres, se sont rencontrés à Reykjavik à la fin octobre, ont examiné, à la lumière de rapports d’experts, la santé de leurs économies respectives. S’agissant des cinq pays nordiques, ils ont connu en 2005 une croissance généralement équilibrée, un chômage en baisse, une inflation relativement faible et des excédents du secteur public (la Norvège, grâce aux recettes pétrolières, se hissant de loin à la première place). Comme le rapporte le Ministère islandais (lettre du 27 octobre), l’Île arrive en tête en ce qui concerne le taux de croissance (autour de 6 % ; la Finlande enregistrant la moins bonne performance, soit un peu plus de 2 %). Pour l’année 2006, on prévoit, pour les cinq États, une moyenne proche de 3 %, mais l’Islande se distingue encore, avec un taux de 4, 6 %.

La bonne santé du commerce mondial en 2005 a favorisé les exportations nordiques, et, par voie de conséquence, l’investissement et la consommation. Dans la plupart des pays, le taux d’épargne, non négligeable, s’est traduit par un excédent des balances courantes, sauf -bien entendu- en Islande, où la réalisation de « grands projets » a gonflé les importations et entraîné un déséquilibre des comptes extérieurs. La baisse du chômage a également été substantielle dans l’île, alors qu’ailleurs elle se heurtait à l’accroissement de la productivité (mais, prise globalement, la zone nordique « fait mieux » que la zone euro et l’ensemble de l’OCDE). Rien d’étonnant, non plus, dans le fait que les tensions inflationnistes soient plus vives en Islande qu’ailleurs.

 

SOCIÉTÉ

* L’Islande au « tableau d’honneur » : absence de corruption

L’organisme international « Transparency International»  a publié, pour l’année 2005, son classement de 159 nations du monde sous le rapport de l’existence (ou de l’absence) de corruption dans ces États. Ledit classement est mesuré par un indice qui prend en compte un assez grand nombre de critères ;

L’Islande se voit attribuer la « palme d’or », venant au premier rang mondial en ce qui concerne l’absence de corruption. Elle est suivie de la Finlande, de la Nouvelle-Zélande et du Danemark.

* Le taux d’emploi des adultes en Islande : encore un record

Selon un rapport récent de l’OCDE, le taux d’emploi de la force de travail, pour les 25-49 ans et pour les 50-64 ans n’est nulle part plus élevé (au sein de l’OCDE) qu’en Islande. Il est de 88 % pour le premier groupe et de 85 % pour le second. Les moyennes de l’OCDE sont respectivement de 75 % et de 60 %
On sait que le taux d’emploi relativement faible des actifs les plus âgés est une préoccupation lancinante chez nombre de responsables dans les pays riches : alors que l’allongement de la durée de la vie, le vieillissement des populations, l’état des finances publiques et de celles des organismes de sécurité sociale ou de retraites créent des contraintes considérables sur lesquelles butent les politiques. Aussi bien, le « cas islandais » mérite-t-il attention.

* Les étrangers en Islande

Dans ses informations hebdomadaires (20/10/2005), le Ministère des Finances constate que le nombre d’étrangers a crû sensiblement au cours des récentes décennies. Leur proportion dans la population avoisinerait actuellement 3,5 %. Ce chiffre est à mettre en regard avec les ratios observés dans les autres pays nordiques (même si les définitions et les bases de calcul ne sont pas exactement identiques). En Suède, on trouve 5,3 % et au Danemark 4,9% , soit des pourcentages plus élevés. Il est vrai que les flux d’immigration sont plus anciens que dans l’île.

 

ANNEXE : COOPÉRATION SCIENTIFIQUE FRANCO-ISLANDAISE

Dans l’interview parue dans le numéro d’avril de Courrier d’Islande (Revue trimestrielle de l’Association " France-Islande "), l’Ambassadeur Tomas Ingi Olrich exprimait son ardent désir de voir s’amplifier la coopération scientifique franco-islandaise, qui complète et approfondit, dans certains domaines privilégiés, ce qui se fait entre l’Islande et l’Union européenne au niveau du programme-cadre de l’Union (auquel l’Ile, membre de l’Espace économique européen, participe pleinement). Il mentionnait à ce propos, le " Programme Jules Verne " lancé conjointement, début 2003, par lui-même (alors ministre de l’Education, de la Science et de la Culture) du côté islandais, et par M. Louis Bardollet, Ambassadeur de France à l’époque du côté français, et mis en ?uvre, de ce côté, par le Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade, qui assure en partie les liaisons entre les organismes scientifiques et administratifs compétents des deux pays (cf. Courrier d’Islande d’avril 2003). Pour faire un point rapide sur ce secteur, nous donnons à nos lecteurs quelques informations sur les relations bilatérales scientifiques récentes.

Programme d’actions intégrées " Jules Verne "

Ce programme a, depuis 2003, quelques belles réalisations à son actif. Nos lecteurs francophones trouveront, sur le site de l’Ambassade de France à Reykjavík (www.ambafrance.is, rubrique»  sciences et technologies "), d’abondantes précisions sur les actions bilatérales mises en ?uvre au sein du " Programme Jules Verne ". Pour résumer, disons que ces actions concernent principalement :

. l’environnement : " Production d’hydrogène par électrolyse de l’eau à partir d’énergie géothermique " (partenaire français : CEA) ; " Snaefells, étude des effets des avalanches " (Météo-France)

. la volcanologie : " Histoire éruptive des volcans Hekla et Myrdalsjöküll " ; " Etude de la déformation et du comportement des systèmes d’alimentation volcaniques profonds " (Institut de physique du globe)

. les nouvelles technologies : " Intégrer efficacité et efficience au c?ur des systèmes de recherche d’images par le contenu ; " Segmentation en imagerie satellitaire par classification morphologique "

. la médecine et la santé : " Application d’un nouvel instrument de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent " ; " Les produits de la mer au service de la santé (programme intégré dans le cadre du projet Seafood plus du Sixième programme-cadre de l’Union européenne)

. divers (démographie) : " Les couples de même sexe et l’enregistrement de leur union ".

Ces projets mis au point en 2003 doivent en principe prendre fin le 31 décembre 2005. Actuellement, un nouveau " PAI Jules Verne " est en préparation pour la période 2006-2008. Des projets ont été soumis par les organismes français et islandais de recherche intéressés avant le 5 septembre, et la sélection sera faite par le Comité d’examen des programmes (franco-islandais) le 9 décembre 2005. Renseignements auprès du Service scientifique : amb.fran@itn.is ou tel : (354) 562 55 13.

Calendrier scientifique récent du Service de coopération

. Le 4 mai a eu lieu, à l’Université d’Islande, une conférence médicale sur l’obésité, avec deux experts français de haut niveau, les Professeurs Marie-Laure Frélut (Hôpital Saint-Vincent-de-Paul, Paris) et Jean-Michel Oppert (Université Paris VI). Les dernières recherches sur ce thème ont été analysées. Voir le site Internet de l’Ambassade de France.

. Le 22 juin, a été prononcée, à l’Alliance française de Reykjavík, une conférence sur le thème de Jules Verne, avec Arnaud Guérin, géologue-photographe.

. Le 2 septembre, a été donnée, à l’Université d’Islande et en présence de Mme Kristin Ingolfsdottir, nouveau Recteur de l’Université, une conférence par Madame le Professeur Catherine Graindorge (anciennement Epelbaum), professeur de psychiatrie de l´enfant et de l´adolescent à l´université Paris XI, chef du Centre Hospitalo-Universitaire de psychiatrie de l´enfant et de l´adolescent "Fondation Vallée" à Gentilly (Val de Marne). Thème : " Comprendre l’enfant malade ".

- Le 17 octobre, à l’Université d’Islande, en partenariat avec l’Alliance Francaise, conférence et film de Gilles Elkaim, explorateur (voyages dans le Grand Nord entre le Cap Nord et le détroit de Béring, en kayak et en traîneau à chiens, qui a initié un débat sur la notion d'aventure à notre époque.

Le 15 Novembre, le professeur Schiano, scientifique français reconnu

internationalement pour ses recherches sur les inclusions magmatiques (dont les dernières conclusions laissent présager d'un futur plus explosif de l'Etna), viendra parler de ses résultats et de sa méthodologie à l'université d'Islande.

 

À NOTER

Cette lettre (comme les suivantes) ne comporte (sauf rare exception) que des informations politiques, économiques et sociales sur l'Islande, à l'exclusion de "nouvelles" de nature culturelle et/ou artistique, et d'informations sur les manifestations islandaises en France et françaises en Islande.

Il existe en effet des sites ou des organes d'information qui fournissent ces autres informations. On signalera tout particulièrement :

1) la Revue "Courrier d'Islande" (trimestrielle, mais complétée par une lettre mensuelle) que l'Association "France-Islande" envoie par courrier postal à ses adhérents.

Pour en savoir plus sur cette Association, la Revue citée et le site Internet de " France-Islande ", le contact est le suivant :

Association "France-Islande" (à l'attention de M. Jean Le Tellier)
31 avenue Thierry
92410 Ville d'Avray
e-mail : jean@jlet.net

2) l'excellent site de Christian et Marie-Françoise Gilabert, " Islande, au pays de la création du monde " : http://perso.wanadoo.fr/saga/gilabert

Ce site est une mine de renseignements pour tous les amoureux de l'Islande et notamment pour tous ceux qui envisagent de voyager dans le pays.

 

 

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