Bulletin mensuel
L’;ACTUALITÉ ISLANDAISE EN JANVIER 2006
POLITIQUE INTÉRIEURE
Note liminaire : sous cette rubrique, nous retraçons, d’un mois sur l’autre, quelques-unes des multiples « péripéties » et « mini-crises » qui ponctuent la vie des partis islandais et les « jeux » de la démocratie parlementaire : on ne découvre, au fil de cette chronologie, rien que de très naturel et prévisible dans un régime politique, qui, par certains de ses aspects, ressemble au système français et à celui de nombre de grands pays développés.
Les « non-initiés » et ceux que ne passionnent pas les subtilités des rivalités ou alliances partisanes ou personnelles trouveront à l’occasion notre rubrique longue, pour ne pas dire fastidieuse. Ils peuvent la parcourir « en diagonale » sans se perdre dans les méandres. On leur signale au passage que les épisodes et incidents relatés n’ont souvent qu’une portée limitée. Aspect positif, cependant : ils attestent la vitalité du fonctionnement quotidien, avec ses inévitables « scories », de la démocratie et d’un système représentatif mature et bien rodé.
1) V?ux de Nouvel An
Dans ses v?ux de Nouvel An, le Président de la République Olafur Ragnar Grimsson a dépeint avec chaleur les perspectives favorables ouvertes à son pays par la mondialisation, à laquelle les Islandais s’adaptent bien. Il a cité en exemple les coopérations déjà engagées avec l’Inde et la Chine, les deux très grandes puissances économiques de l’avenir. Partout de par le monde, le savoir, la haute technologie et les qualifications dont l’île peut s’enorgueillir sont hautement appréciées, tandis que la taille du pays est un atout : grâce à elle, il n’éveille ni méfiance ni soupçon de « volonté de domination ».
Le Ministre des Affaires étrangères, Geir Harde (Conservateur), a de son côté renouvelé sa confiance en l’issue favorable des discussions islando-américaines. Certes depuis la signature de l’accord bilatéral de défense, le contexte géostratégique international a profondément évolué, et les deux pays en tiendront compte ; mais la sécurité de l’Islande demeure un problème réel, et Geir a fustigé l’attitude de l’opposition, qui le néglige complètement ou imagine des solutions irréalistes. « Une formule acceptable par Reykjavik et par Washington finira par se dégager ».
Le Ministre a rappelé que l’Islande, avec le soutien actif des autres États nordiques, maintenait sa candidature à un siège (non permanent) au Conseil de Sécurité des Nations-Unies pour la période 2009-2010. Elle entendait mener à cet effet une campagne modeste mais efficace, principalement à l’ONU.
Pour sa part, la présidente de l’ « Alliance » (sociale-démocrate), Ingibjörg Solrun Gisladottir, estime que les mois à venir seront marqués par une opposition croissante entre les doctrines et les formations se réclamant du « libéralisme » et prônant des politiques de « laissez-faire », et les forces affiliées à la social-démocratie. En Islande, la lutte s’intensifiera, au niveau municipal puis national, entre le Parti de l’Indépendance et l’ « Alliance ». Elle annonce que la social-démocratie, de plus en plus, marquera des points, comme dans bien d’autres États.
Plus « subtil » le président de la « Gauche-Verte », Steingrimur Sigfusson (victime à la mi-janvier d’an assez grave accident de voiture) prévoit un recul continuel des néo-libéraux dans le monde, mais met en garde contre les interprétations « dépassées » de certains sociaux-démocrates, qui sous-estiment les aspirations au changement radical, manifestes dans de nombreux secteurs de la jeunesse occidentale.
2) Questions au sein de l’ « Alliance » sociale-démocrate
Le 21 mai 2005, au terme d’un vote des membres de l’Alliance social-démocrate, Ingibjörg Solrun Gisladottir, avait été largement plébiscitée comme présidente de la formation. Sur les 20 307 adhérents recensés.12 015 avaient voté. 67 % (soit 7 997) s’étaient prononcés en faveur d’Ingibjörg Solrun, contre 33 % pour le chef « sortant » de la formation, le député Össur Skarphédinsson, jugé souvent un peu « terne » et manquant de charisme.
Beaucoup, au sein et en dehors du parti, prévoyaient que le « dynamisme » et le prestige de l’ancien (ne) maire de Reykjavik donneraient un nouveau souffle à la social-démocratie, en vue de l’affrontement avec les Conservateurs (alors présidés par David Oddsson) lors des élections législatives de 2007 : ainsi seraient maximisées les chances d’une « alternance » après douze ans de gouvernement Parti de l’Indépendance/Parti progressiste.
Jusqu’ici, les faits n’ont pas répondu à de telles espérances. L’ « Alliance » voit sa cote diminuer dans les sondages, au profit de la « Gauche Verte » (extrême-gauche composée d’éléments très divers : anciens communistes, pacifistes, écologistes, féministes, anti-européens virulents). La première, qui avait recueilli aux élections de 2003 31 % des suffrages, le « vote utile » jouant alors en sa faveur et au détriment de la seconde (8,8 %), est maintenant retombée autour de 25 % des intentions de vote (voir : « Bulletin » de décembre 2005) alors que la Gauche Verte dépasse 18 %. Peu après l’arrivée à sa tête d’Ingibjörg Solrun, elle avait pourtant frôlé les 35 %.
Au sein de l’ « Alliance », on se pose dès lors des questions, et, sans la moindre rancune, Össur incite les adhérents et sympathisants à réfléchir en profondeur sur les moyens de nature à redresser une situation jugée inquiétante, à un moment où les Conservateurs enregistrent des progrès.
3) Élections municipales de Reykjavik
Les sondages de janvier donnent toujours la victoire aux Conservateurs (majorité absolue des sièges). Mais l’ « Alliance », venant en seconde place, ne pâtirait pas trop de la concurrence de la « Gauche Verte », et dans la capitale, le vote « utile » jouerait contre cette dernière. À prendre avec les précautions d’usage.
4) Sondages
Une enquête d’opinion au niveau national menée pour le quotidien Morgunbladid vers la mi-janvier témoigne : a) d’une position renforcée du Parti de l’Indépendance, qui, malgré (ou à cause ?) le départ de David Oddsson, recueille 44 % des intentions de vote. Les « Progressistes » (du Premier Ministre Halldor Asgrimsson) stagnent autour de 9, 6 % . L’écart se creuse entre le PI et l’ « Alliance » sociale-démocrate, qui tombe à 23,6 %, et perd des soutiens au profit de la « Gauche Verte », dépassant les 18 % (soit le double de ce qu’elle avait obtenu aux législatives de 2003) : peut-être le charisme et le franc parler de son chef Steingrimur Sigfusson tranchent-ils avec le langage parfois embarassé de Mme Ingibjörg Solrun Gisladottir, ancien (ne) maire de la capitale.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
* Entretiens islando-britanniques
Une rencontre, au milieu du mois, entre le Ministre des affaires étrangères Geir Haarde et son homologue britannique a permis de dresser un bilan satisfaisant des relations bilatérales. Les échanges économiques se portent bien ; les investissements récents d’entreprises islandaises au Royaume-Uni ont fait l’objet de commentaires positifs. Beaucoup de points d’accord ont été relevés sur les questions internationales. Londres comprend parfaitement les raisons qui amènent le gouvernement de Reykjavik à ne pas poser de candidature à l’entrée dans l’Union européenne.
ÉCONOMIE
1) La conjoncture économique islandaise : Situation actuelle et prévisions
Le Ministère des Finances a publié, le 27 janvier, sur son Site Internet en anglais (http://eng.fjarmalaraduneyti.is) une étude « actualisant » pour la période 2005-2007 les perspectives économiques de l’Islande. Elle révise sur divers points les données fournies par le ministère en octobre 2005 (voir notre Bulletin d’octobre), en particulier pour les résultats de 2005.
En bref, on constate que l’expansion économique, après avoir atteint son point culminant en 2004 (+ 6,2 %), s’est presque maintenue en 2005 (+ 5,1 %), en raison d’une consommation des ménages et d’investissements privés florissants, dus à l’exécution des grands projets industriels (électricité, aluminium). Une légère décélération a, certes, été observée d’une année sur l’autre. Il faut l’attribuer à des retards dans les grands travaux (électricité) et à une performance moindre des exportations de produits de la mer, tandis que les importations se gonflaient.
En 2006, la croissance demeurera soutenue, aux environs de 5 %. La demande intérieure se tassera quelque peu, mais les exportations (pêcheries, et surtout aluminium) repartiront.
En 2007, le rythme de l’expansion connaîtra un ralentissement (PIB en hausse autour de 2,6 %). L’achèvement progressif des projets, et la baisse de la demande intérieure l’expliquent. En sens inverse, l’amélioration du solde du commerce extérieur (montée des exportations) tire alors la croissance
Conséquence de ces évolutions, la balance courante a accusé en 2005 un déficit-record de 15 % du PIB, revenant à 13 % en 2006. En 2007, les importations chuteront alors que les exportations d’aluminium se développeront. Le solde négatif tombera donc à 6 %.
Le chômage descendra à moins de 1,7 % en 2006. Il remonterait légèrement par la suite, avec l’achèvement progressif des projets : 2,6 % en 2007. Cela devrait faire retomber les pressions inflationnistes.
La hausse des prix, stimulée en outre par le " boom immobilier " a culminé autour de 4 % en 2005. Elle s’établira à 3,8 % environ en 2006, la fièvre immobilière se calmant. Elle avoisinera 4 % en 2007, en raison d’un affaiblissement prévisible de la monnaie nationale.
Le cours de la couronne semble présentement atteindre un maximum et se repliera selon toute vraisemblance en 2006 et 2007.
D’une manière générale, selon le Ministère des Finances, malgré certaines incertitudes pour l’avenir (taux de change ; réalisation éventuelle d’autres projets industriels, notamment dans l’aluminium), les bases de l’économie sont solides et sa flexibilité appréciable.
Les déséquilibres économiques ne devraient être que temporaires. Actuellement une politique de rigueur s’attache à freiner la demande. L’ouverture sur l’extérieur, une concurrence accrue et une productivité grandissante aident à contenir les risques.
2) La pression fiscale, objet de controverses
Comme dans de nombreux pays démocratiques, les questions relatives à la pression fiscale font l’objet, en Islande, de débats entre experts, souvent passionnés et parfois très techniques. Les médias et les formations politiques s’en emparent et fréquemment grossissent le trait, le tout débouchant volontiers sur des polémiques partisanes à visées électorales. Pour l’opposition de gauche islandaise, la politique fiscale menée par l’actuelle coalition de centre-droit (Conservateurs et « Parti du progrès ») est défavorable aux moins fortunés et multiplie les avantages et privilèges pour les riches.
La « lettre hebdomadaire » du Ministère des Finances, en date du 19 janvier (voir le site précité), revient brièvement sur ces questions. Pour elle, l’impôt sur le revenu payé par les insulaires (part revenant à l’administration centrale, et part allant aux collectivités locales) a globalement baissé depuis 1994. Certes, en raison notamment d’un transfert de compétences entre l’État et les collectivités locales (en charge, depuis quelques années, de l’enseignement élémentaire), le poids de la fiscalité finançant les dépenses locales a incontestablement grossi, mais en revanche celui des impôts destinés aux organes centraux a diminué sensiblement.
Par ailleurs, même si d’aucuns considèrent le système islandais comme « injuste » parce que non -« progressif »- (le taux de l’impôt serait identique pour les riches et les pauvres), cette critique ne tient pas compte du fait que les Islandais « en bas de l’échelle » (sous le revenu « médian ») bénéficient, et eux seuls, d’abattements, de décotes et autres dispositifs allégeant leur contribution, voire la supprimant totalement. La « lettre » du Ministère souligne qu’en 1994 un citoyen proche du revenu médian payait à l’administration centrale, au titre de la fiscalité, 18,2 % de son revenu, et qu’en 2004 ce pourcentage est passé à 5,6 %.
Troisième donnée fournie par le Ministère pour illustrer son propos : le revenu « réel » disponible des couples appartenant au « décile » le plus bas (les 10 % les plus « pauvres ») de la population a crû de 28 %.
Il va de soi que ces informations ne mettront pas fin aux polémiques traversant les médias et l’opinion, dans une période où, si la croissance économique est indiscutable, la répartition de ses fruits divise les esprits, où l’accroissement des inégalités est assez spectaculaire et où des fortunes s’amassent. Une telle évolution n’est pas spécifiquement islandaise, mais est particulièrement visible dans un pays de très petites dimensions, où « tout le monde se connaît ».
3) La protection sociale : les progrès des récentes années
Également dans la « lettre hebdomadaire » du Ministère des Finances en date du 19 janvier, on lit que les dépenses de protection sociale à la charge du Trésor public ont augmenté substantiellement entre 1998 et 2006. Dans le budget 2006, elles s’élèvent à 73 milliards de couronnes, ayant doublé par rapport à 1998 en valeur nominale, ce qui en valeur « réelle » constitue une hausse de 45 %.
Ces dépenses concernent les allocations de chômage, les prestations de maladie, les pensions de vieillesse (de montant limité) versées par les institutions publiques à ceux qui ne bénéficient pas du système professionnel des « fonds de pension » en vigueur en Islande, les primes à la naissance et les prestations familiales, etc. S’y ajoutent les aides de nature diverse prévues pour les handicapés, dont la charge s’est sensiblement accrue tant en raison de la revalorisation des prestations que du nombre des personnes concernées.
Là encore, on se trouve face à un thème « sensible », où les opposants peuvent sans peine trouver des lacunes et des insuffisances, voire des injustices, et les soumettre -pour le plus grand bien du débat démocratique- à une opinion? qui, le moment venu, s’exprimera.
4) La Bourse se porte toujours bien
Une des principales banques islandaises, Islandsbanki, souligne que le dernier trimestre de 2005 a vu la Bourse marquer de réels progrès. L’indice ICEX-15 (concernant les entreprises les plus importantes) a, durant cette période, augmenté de 20 %.
Tout en restant très positif, ce rythme devrait un peu s’essouffler en 2006 (surtout si on compare aux années « dorées » : 2003, 2004 et 2005). Les experts de la banque citée misent sur une hausse de 20 % en moyenne pour l’année entière (hausse portée à 26 % par les analystes d’un autre établissement).
Des inconnues et des incertitudes persistent sur l’ampleur et les conséquences des hausses de taux d’intérêt, tant en Islande qu’à l’extérieur. Il en va de même sur une baisse prévisible du taux de change de la couronne.
5) La dette de l’État diminue nettement
Contrairement à de nombreux pays (comme la France), dont la dette publique, en augmentant, pose de sérieux problèmes pour les générations à venir, la situation de l’endettement de l’administration centrale islandaise fait de réels progrès. La « lettre hebdomadaire » du Ministère des Finances, en date du 26 janvier le souligne : elle est passée de 40 % du PIB en 2001 à moins de 20 % en 2005, soit 196,5 milliards de couronnes. La part de la dette étrangère s’établit en 2005 à moins de 9 % du PIB, contre 26 % en 2001.
Ce « désendettement » a été rendu possible par les excédents budgétaires des dernières années. La privatisation de la Compagnie de télécommunications, qui a été à l’origine de substantielles recettes en devises étrangères (32 milliards) a, l’an dernier, largement contribué au mouvement : le Trésor utilisant, entre autres, ces rentrées pour alléger le fardeau de sa dette étrangère. Le remboursement se poursuivra durant l’exercice 2006, tant pour la dette « intérieure » que pour la dette étrangère. Le poids relatif de celle-ci continuera à régresser.
Le gouvernement ne manque pas de s’enorgueillir des résultats d’une telle politique, qui prend en compte dès aujourd’hui les intérêts des générations futures en leur évitant pour demain des charges insupportables.
L’opposition réplique en constatant que les ménages (et souvent les entreprises) continuent, eux, à s’endetter (achats de logements à des prix de plus en plus élevés, etc.) dans des conditions estimées préjudiciables et que peu de choses sont
faites pour venir en aide aux moins favorisés.
6) Hausse des taux d’intérêt de la Banque Centrale
Les dangers de surchauffe et les tensions inflationnistes restant, pour elle, préoccupants, la Banque centrale a, le 26 janvier, décidé de relever incessamment ses taux d’intérêt, comme elle l’a déjà fait de très nombreuses fois depuis plus d’un an. Le taux de base croît de 0,25 % et s’élèvera à 10,75 %.
Pour certains, d’autres hausses ne sont pas à exclure dans un avenir prochain, car selon la Banque les perspectives en matière d’inflation pour les semestres à venir sont relativement mauvaises et dépassent les objectifs que cet organisme s’est fixés. Le président des Gouverneurs, David Oddsson, sans « dramatiser », n’est pas loin de cette ligne.
ENVIRONNEMENT
Un débat a eu lieu, vers la mi-janvier, entre le gouvernement (Premier ministre et Ministre de l’Environnement) et l’opposition (dont la présidente de l’ « Alliance » Ingibjörg Solrun Gisladottir) concernant l’éventuelle utilisation -pour la construction de centrales électriques- de zones proches d’aires « protégées ». Il s’agit de celles (Nordlingaalda, au centre-sud du pays) traversées par le fleuve Thjorsa, dans une région de terres humides et désertiques considérée, pour sa flore, sa faune et ses paysages, comme un joyau de la nature. Les environnementalistes, relayés par la gauche parlementaire, souhaiteraient étendre les périmètres de protection déjà instaurés. Ils redoutent en effet que, en vue de permettre un accroissement massif de la production de l’usine d’aluminium de Straumsvik (à l’ouest de Reykjavik), la Compagnie nationale d’électricité soit amenée, vers la fin de la décennie, à envisager, en accord avec Alcan (propriétaire de l’usine en question), l’édification de centrales électriques dans le périmètre « sensible ».
La ministre de l’Environnement a rappelé que cette délicate question avait déjà fait l’objet de débats à l’Althing et donné lieu à des conclusions provisoires ménageant l’avenir, dans un esprit tenant largement compte des soucis des environnementalistes. L’ « Alliance », d’ailleurs, les avait acceptées en leur temps. Aucun élément nouveau n’était apparu depuis, et rien ne justifiait qu’on remette en cause d’urgence les procédures convenues naguère. La Ministre était parfaitement consciente de l’intérêt « écologique » considérable de vastes zones dans cette région, et de la nécessité de procéder avec la plus grande prudence. Pour elle, comme pour le Premier ministre Halldor Asgrimsson, il convenait, à l’écart de tout affolement injustifié, de s’en tenir aux décisions ayant fait, au Parlement, l’objet d’un large consensus.
Halldor Asgrimsson a, par ailleurs, souligné devant la presse qu’au stade actuel l’édification de centrales dans les zones sensibles mentionnées ne faisait l’objet d’aucun projet concret élaboré par des acteurs industriels. Il semble en outre que si une extension considérable de la capacité de l’unité de Straumsvik devait d’aventure voir le jour, des approvisionnements énergétiques en provenance d’autres localisations seraient parfaitement possibles : c’est, du moins, ce que laissent entendre des responsables d’Alcan.
Quoi qu’il en soit, et sous réserve d’une évolution éventuelle de cette affaire, la polémique montre qu’une fraction de la population (sans doute urbaine, éduquée, et ?. minoritaire) est sensibilisée aux thèses environnementalistes et que les deux partis de l’opposition (« Alliance » sociale-démocrate et « Gauche Verte ») se livrent maintenant une compétition ouverte pour s’attirer les faveurs de cette opinion, pendant longtemps cajolée par la seule « Gauche Verte ». Il s’agit évidemment pour eux de trouver, en prévision des échéances électorales de 2007, un nouvel angle d’attaque contre la majorité au pouvoir.
Cette dernière a donné, à tort ou à raison, l’impression dans les récentes années qu’en accord avec les souhaits de la majorité des citoyens, elle était plus attentive aux arguments plaidant pour une industrialisation accrue du pays et une utilisation intensive à cette fin des ressources naturelles énergétiques (un « atout » incontestable de l’Islande, on le soulignera) qu’aux considérations environnementalistes. Il lui reste à prouver qu’elle est à même de concilier les deux types de préoccupations, et de dégager des solutions, en concertation avec les diverses parties considérées, permettant de continuer sur la voie de la croissance économique, donc de promouvoir l’amélioration constante du niveau de vie, sans sacrifier le capital exceptionnel et inestimable dont la nature, sous toutes ses formes, a pourvu l’Islande : paysages, flore, faune, etc.
Note de la Rédaction : Des informations transmises par la Radio d’État ont circulé récemment sur le potentiel « aluminium » de l’Île. En additionnant pêle-mêle la production actuelle des usines existantes, les projets déjà décidés d’extension dans les toutes prochaines années, et des hypothèses d’extension ou de créations de nouvelles unités au stade de l’étude ou de la simple réflexion, on arrive à un total impressionnant. À l’horizon 2020, on pourrait enregistrer un quintuplement de la production de ce métal en Islande, passant des 270 000 tonnes annuelles (actuellement) à 1 320 000 tonnes (5 % de la production mondiale ?), et créant de ce fait plus de 2 500 nouveaux emplois. Le tableau, jugé « enthousiasmant » par les adeptes de l’industrialisation, est dénoncé aussitôt comme « apocalyptique » par les environnementalistes et la « Gauche Verte ». Ce parti met en cause les atteintes irréparables à la nature qui l’accompagneraient. Il ajoute que le « tout-aluminium » se ferait aux dépens d’autres activités économiques -pêcheries, industries et services liés aux technologies de pointe, tourisme, etc.- plus respectueuses de la nature.
De la même manière, de nombreux « défenseurs de la nature » soulignent l’incompatibilité entre la réalisation de nouveaux grands projets d’aluminium et les objectifs fixés par le Protocole de Kyoto en matière d’émissions de dioxyde de carbone. Des chiffres alarmants circulent, dont la Ministre de l’Industrie, Valgerdur Sverrisdottir, conteste le calcul ou l’interprétation. On ne débat plus seulement, avec cet autre « angle de vue », d’atteintes possibles à la seule nature islandaise, mais du réchauffement climatique affectant la planète entière. Ainsi, l’environnement est, peu à peu, un thème important de discussions dans l’île, où les responsables et la société civile s’impliquent. On est en droit d’espérer qu’elles permettront de dégager des solutions aussi consensuelles que possible et répondant à des préoccupations légitimes mais partiellement contradictoires.
RÉFÉRENCES
Sur le Site du Ministère de l’Éducation, de la Science et de la Culture (http://eng.menntamalaraduneyti.is), on trouve une brochure en anglais sur les politiques menées en matière de technologies de l’information, pour ces trois secteurs, pour la période 2005-2008.
À NOTER
Cette lettre (comme les suivantes) ne comporte (sauf rare exception) que des informations politiques, économiques et sociales sur l'Islande, à l'exclusion de "nouvelles" de nature culturelle et/ou artistique, et d'informations sur les manifestations islandaises en France et françaises en Islande.
Il existe en effet des sites ou des organes d'information qui fournissent ces autres informations. On signalera tout particulièrement :
1) la Revue "Courrier d'Islande" (trimestrielle) que l'Association "France-Islande" envoie par courrier postal à ses adhérents.
Pour en savoir plus sur cette Association, la Revue citée et le site Internet de " France-Islande ", le contact est le suivant :
Association "France-Islande" (Président : M. Jean Le Tellier) ; 31 avenue Thierry
92410 Ville d'Avray
e-mail :jean@jlet.net
2) le site, très riche, du Département d'études nordiques de l'Université de Caen, qui a été récemment rénové :
http://www.unicaen.fr/etudesnordiques
On trouve une belle collection de liens (universitaires, culturels, artistiques, médias, etc.) sur la page islandaise de ce site, ainsi qu’une bibliographie très fournie sur les ouvrages de la littérature nationale (ancienne et contemporaine) traduits en français.
3) l'excellent site de Christian et Marie-Françoise Gilabert, " Islande, au pays de la création du monde " : http://perso.wanadoo.fr/saga.gilabert
Ce site est une mine de renseignements pour tous les amoureux de l'Islande et notamment pour tous ceux qui envisagent de voyager dans le pays.




