Bulletin mensuel
L’ACTUALITÉ ISLANDAISE EN FÉVRIER 2006
Yfirlit
1) POLITIQUE INTÉRIEURE
Note liminaire : sous cette rubrique, nous retraçons, d’un mois sur l’autre, quelques-unes des multiples « péripéties » et « mini-crises » qui ponctuent la vie des partis islandais et les « jeux » de la démocratie parlementaire : on ne découvre, au fil de cette chronologie, rien que de très naturel et prévisible dans un régime politique, qui, par certains de ses aspects, ressemble au système français et à celui de nombre de grands pays développés.
Les « non-initiés » et ceux que ne passionnent pas les subtilités des rivalités ou alliances partisanes ou personnelles trouveront à l’occasion notre rubrique longue, pour ne pas dire fastidieuse. Ils peuvent la parcourir « en diagonale » sans se perdre dans les méandres. On leur signale au passage que les épisodes et incidents relatés n’ont souvent qu’une portée limitée. Aspect positif, cependant : ils attestent la vitalité du fonctionnement quotidien, avec ses inévitables « scories », de la démocratie et d’un système représentatif mature et bien rodé.
a) Sondages
La presse islandaise a publié en février de nouveaux sondages d’opinion, montrant toujours une avance importante du Parti de l’Indépendance (44 % des intentions de vote) sur les autres formations. À trois mois environ des élections locales (et notamment de la « bataille pour Reykjavik »), de telles données sont intéressantes. Mais l’opinion peut varier? d’ici là. Nous nous abstiendrons, avant le scrutin, d’encombrer nos colonnes (donc nos lecteurs) avec les résultats de ces enquêtes, qui se multiplieront à l’approche du vote. Seul le résultat final sera commenté.
2) POLITIQUE EXTÉRIEURE
a) Reprise des conversations islando-américaines sur la sécurité et la défense
Comme suite à un accord intervenu au début du mois entre le ministre des affaires étrangères Geir Haarde et son homologue américaine Condoleezza Rice, les négociations bilatérales sur le renouvellement de l’accord de 1951, qui avaient été interrompues en octobre 2005 (voir les « Bulletins » du second semestre 2005), ont repris, les 2 et 3 février. Elles mettaient en présence une délégation islandaise, dirigée par l’Ambassadeur Albert Jonsson, et une équipe américaine conduite par l’Ambassadeur Robert Loftis. Leur résultat n’est pas encore connu.
L’un des points centraux de la négociation concerne évidemment l’ampleur de l’effort que les Américains consentiront à l’avenir pour la base de Keflavik.
Le dialogue renoué aboutira finalement, selon toute probabilité, à une diminution de l’apport américain (la guerre froide est bien loin, et la valeur « stratégique » de l’Île pour les Etats-Unis a diminué dans l’actuel contexte international) et à une contribution financière accrue de Reykjavik. C’est principalement sur l’ampleur de cette contribution que des divergences séparaient encore les deux parties, tandis que Washington n’avait pas fait savoir avec précision quelle forme « concrète » (nombre d’hommes, d’appareils, etc.) revêtira sa présence sur l’île.
Le ministre Geir Haarde se déclare optimiste quant au résultat ultime. La volonté politique d’arriver rapidement à un compromis mutuellement acceptable par les deux États est, selon ses dires, forte de part et d’autre
b) L’Islande et l’Inde intensifient leurs relations
À maintes reprises, les dirigeants de Reykjavik ont souligné leur volonté de resserrer les liens de toute nature entre leur petite île et les puissances du monde asiatique. Il s’agit principalement d’exploiter les perspectives favorables ouvertes par la mondialisation, à laquelle les Islandais s’adaptent bien. Avec le Japon, les efforts sont continus depuis quelques décennies. Les regards se tournent maintenant, de manière significative, vers l’Inde et la Chine, les deux « géants » démographiques, économiques (et politiques ? ?) de l’avenir. Là, le savoir, la haute technologie et les qualifications dont l’île peut s’enorgueillir sont hautement appréciés, tandis que la taille du pays est un atout : grâce à elle, il n’éveille ni méfiance ni soupçon de « volonté de domination ».
C’est avec ces considérations à l’esprit que, remplaçant le ministre des Affaires étrangères Geir Haarde, la ministre de l’Éducation Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir, s’est rendue en Inde, fin février et début mars, pour un voyage officiel, et y a ouvert une Ambassade islandaise, confiée au diplomate Sturla Sigurjónsson.
Dans le même temps, les Indiens annonçaient leur intention d’ouvrir une Ambassade à Reykjavik.
La ministre a rencontré les plus hauts dirigeants du pays hôte. Parallèlement, elle était accompagnée d’une délégation d’hommes d’affaires islandais, multipliant les contacts avec les « officiels » mais surtout avec leurs homologues du monde économique.
Thorgerdur Katrin a prononcé, le 28 février, devant le l’ « Indian Council for world affairs », un important discours sur les rapports bilatéraux, évoquant au passage quelques domaines possibles de coopération (pêcheries, énergies renouvelables, technologies avancées). Elle a souligné que son pays soutenait la candidature de New Delhi au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cette allocution est téléchargeable sur le Site : www.mfa.is
c) Le débat continue sur les rapports entre l’Union européenne et l’Islande?
On a reparlé, en diverses occasions, des rapports entre l’Islande et l’Union européenne, au cours du mois de février
À tout seigneur, tout honneur : le Premier ministre Halldor Asgrimsson s’est exprimé sur ce thème le 8 février lors de son « allocution d’ouverture » devant la Convention de la Chambre de Commerce. Fidèle à son orientation bien connue, mais prudent vu ses responsabilités présentes, le chef du gouvernement -qui est en même temps le président du Parti centriste du Progrès, (majoritairement converti, depuis quelques années et sous son influence, à une ouverture accrue sur l’UE), s’est risqué à une « prévision ». Selon celle-ci, vers 2015 l’Islande sera membre à part entière de l’Union.
Mais il reconnaît que d’ici-là, de nombreuses étapes auront à être franchies. En premier lieu, les avantages et les inconvénients, les enjeux d’une adhésion devront faire l’objet d’un débat plus approfondi entre Islandais. Cela suppose que les premiers intéressés dans la société civile, et notamment le monde des affaires, les organisations professionnelles et les syndicats, suivent de plus près les problèmes en cause, et s’expriment plus largement à leur sujet.
La « prédiction » du Premier ministre ne devait pas provoquer de réaction de la part du ministre des affaires étrangères, Geir Haarde. Geir, est depuis peu (le départ de David Oddsson), le chef du Parti de l’Indépendance -ou Parti conservateur-, principale composante de l’actuel gouvernement. Or, cette importante formation (autour de 40 % des intentions de vote) se voit, en ce qui concerne les « affaires européennes », traversée de courants variés, et les « eurosceptiques », disciples de David Oddsson, y exercent une influence non négligeable. Ainsi, la vice-présidente du PI, la ministre Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir fit rapidement savoir qu’elle ne souscrivait pas à la « prédiction », voulant ainsi apaiser lesdits eurosceptiques. Avec un argumentaire détaillé et cohérent, le ministre de la Justice Björn Bjarnason (un des meilleurs experts Conservateurs en politique internationale) insista sur les nombreuses incertitudes et zones d’ombre qui entouraient toute « prédiction » à l’échéance 2015 dans ce domaine. Aucune raison pressante à même de justifier une adhésion à l’Union ne lui semblait, présentement et dans les années à venir, s’imposer à la nation, qui ne s’intéressait pas, d’ailleurs, à cette éventualité.
Comme on pouvait s’y attendre, l’ « opposition modérée » (les Sociaux-Démocrates de l’ « Alliance ») a marqué sa communauté de vues avec Halldor. Sa présidente, Ingibjörg Solrun Gisladottir, le confirmait, tout comme un ancien dirigeant respecté de ce courant, Jon Baldvin Hannibalsson, qui, comme chef de la diplomatie islandaise entre 1988 et 1995 avait ?uvré puissamment en faveur du rapprochement islando-européen et fut un des acteurs de la participation à l’Espace Économique Européen, en vigueur depuis 1994. D’après ces « europhiles » militants, ce sont les développements économiques des deux « parties », ainsi que les intérêts bien compris de la communauté d’affaires islandaise (dont son besoin de développement à l’extérieur) qui enclencheront le processus menant à l’adhésion. Les Conservateurs ne pourront que s’adapter bon gré mal gré à de telles « réalités ». Les négociations ne devraient pas, avec un peu de bonne volonté réciproque, durer plus qu’un an, selon les optimistes de la social-démocratie.
Pareille évolution semble irréaliste, voire indésirable, pour l’autre parti d’opposition: la « Gauche Verte », hostile de longue date à une intégration « lésant la souveraineté nationale et les intérêts fondamentaux de nombreux secteurs ». Le petit Parti Libéral (populiste de droite et bien implanté dans les petites communautés de pêche) fait écho à ce refus.
Les positions de chaque formation auront à être affinées, lorsque viendra en discussion le rapport de la « Commission parlementaire sur l’Europe » que le Premier ministre a installée peu après son arrivée au pouvoir. Ce débat est prévu au plus tard pour le début de 2007, juste avant les élections législatives.
d) Relations islando-britanniques. Halldor Asgrimsson rencontre Tony Blair
Le 22 février, le Premier ministre islandais a rencontré à Londres son homologue britannique. Au menu des discussions : la position de l’Islande au regard de l’Union européenne, et surtout les questions de défense et de sécurité en particulier dans l’Atlantique Nord ; les relations entre Reykjavik, l’OTAN et Washington. Halldor Asgrimsson a réitéré les principes qui guidaient la politique de son gouvernement (donc : « rien de nouveau »), mais, conscient des bonnes relations entre T. Blair et G. Bush, estimait sans doute que ses paroles, tombant dans des oreilles « attentives » et « influentes », serviraient éventuellement la cause de son pays auprès des Américains.
Le même jour, il a prononcé une conférence à destination des hommes d’affaires britanniques, sur le thème « Les investissements britanniques au Royaume-Uni : une invasion ? ». Il y constate le « bond » spectaculaire récent de ces mouvements de capitaux et des achats d’entreprises (y compris dans la banque). 26 % des investissements islandais à l’étranger s’y trouvent. 73 000 habitants du RU travaillent pour des firmes possédées par des Islandais. L’Île exporte 19 % de ses ventes à l’étranger vers le Royaume (Voir le texte complet sur le Site Internet : http://eng.forsaetisraduneyti.is/).
e) L’Islande et l’Afghanistan
Le Ministre Geir Haarde a représenté son pays à une Conférence internationale organisée à Londres, les 31 janvier et 1er février, sur l’Afghanistan. On y a fait le point sur l’aide apportée à ce pays par les États participant à sa « reconstruction », notamment dans le cadre du programme collectif « Afghanistan Compact ».
Les Islandais ont confirmé leur accord sur la poursuite et l’intensification du programme. Ils maintiennent leur présence (experts divers, notamment pour les transports aériens) au sein de l’ISAF (International Security Assistance Force), force multilatérale de « maintien de la paix » dirigée depuis 2001 par l’OTAN, avec la bénédiction de l’ONU. L’aide humanitaire sera, par ailleurs, renforcée.
3) ÉCONOMIE
a) Allocution du Premier ministre devant la « Chambre de Commerce »
Le 8 février, le Premier ministre Halldor Asgrimsson a, devant la Convention annuelle de la Chambre de Commerce, prononcé une longue allocution (voir le texte sur le Site Internet : http://eng.forsaetisraduneyti.is/), sur le thème « Quelle Islande attendons-nous pour 2015 ? »
Au départ, il a constaté que, il y a 15 ou 20 ans, l’économie était gérée au jour le jour et que faire des prévisions à long terme, et mener une politique pour les dix années à venir, relevait de l’impossibilité absolue, tant l’instabilité était de règle et tant les économistes et les dirigeants politiques divergeaient sur nombre de points fondamentaux. Les choses ont changé depuis lors. Une grande stabilité économique et financière s’est installée. Des consensus larges ont souvent remplacé les querelles doctrinales.
Halldor Asgrimsson se dit frappé par les progrès enregistrés par l’économie nationale depuis 199. Il cite l’augmentation de 50 % du PIB, et la hausse du pouvoir d’achat des ménages de 60 %. Parmi les facteurs de cette croissance, figurent, selon lui, la politique de libéralisation des structures et des procédures, les nombreuses privatisations (44 en 14 ans, rapportant au Trésor 141 milliards de couronnes) dont celle -essentielle pour les relations avec le monde extérieur- du secteur bancaire, les baisses d’impôts, et aussi l’appartenance à l’Espace Économique Européen.
Plus que jamais, le pays est ouvert sur le dehors, comme en témoignent les acquisitions récentes par des Islandais de nombreuses sociétés étrangères dans les secteurs les plus variés. Actuellement, 104 000 personnes travaillent dans 14 États pour des compagnies possédées par des Islandais.
Le Premier ministre a alors livré quelques-unes de ses vues sur l’évolution envisageable d’ici 2015, se concentrant sur trois idées essentielles.
1) Pour lui, la poursuite de l’industrialisation n’est pas incompatible avec la promotion du secteur des services, notamment dans les hautes technologies. Ce secteur continuera à être encouragé, étant primordial pour le futur.
Mais son développement n’implique pas qu’on cesse de s’intéresser aux activités traditionnelles, même si leur part dans la production globale diminue. Par exemple les pêcheries joueront toujours un rôle essentiel. L’Islande a en outre un fort « atout » , dans le contexte de la pénurie mondiale d’énergie, avec la présence de ressources naturelles hydrauliques et géothermiques considérables. De grands projets industriels, fondés sur l’utilisation de cette énergie (aluminium, etc), sont en cours de réalisation, et pourraient être suivis d’autres actuellement à l’étude. De nouveaux chantiers sont, selon Halldor, envisageables dans leur principe, mais seront naturellement soumis à certaines conditions quant à leur calendrier, leur insertion dans le reste de l’économie, etc.. Au stade actuel, il est prématuré d’être plus précis, les « dossiers » n’étant pas assez avancés.
Au passage, l’orateur a contesté deux arguments avancés par les opposants aux centrales et aux usines qu’elles approvisionnent : l’absence de rentabilité des premières (qu’il réfute sur la base de chiffres de la Compagnie nationale d’Électricité) ; et les conséquences regrettables des grands travaux sur le taux de change. Selon lui, la hausse de la couronne, dénoncée par certains exportateurs, a bien d’autres causes (liées à la politique des banques).
2) La globalisation offre aux Islandais des opportunités favorables.
La levée continuelle des obstacles aux échanges mondiaux permet aux entreprises du pays de s’implanter sur les marchés extérieurs. Il est souhaitable qu’elles profitent des perspectives immenses que présentent l’Europe Orientale et l’Asie, principalement la Chine et l’Inde. La classe moyenne indienne (environ 300 millions de personnes, chiffre à comparer avec la population des Etats-Unis) dispose déjà d’un pouvoir d’achat non négligeable, en constante amélioration?
En sens inverse, des investissements étrangers seraient les bienvenus en Islande, pour plusieurs catégories de services. Aussi bien une Commission a-t-elle été récemment nommée pour explorer les moyens (et les réformes à mettre en ?uvre à cette fin) d’attirer dans l’île des sociétés bancaires et financières internationales, en mesure de fournir un apport irremplaçable dans la prestation de divers services spécialisés. D’ici 2015, l’île n’a-t-elle pas vocation à s’affirmer comme une place financière internationale, suivant l’exemple donné par le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Irlande, le Luxembourg et la Suisse ? D’ores et déjà, elle jouit de bons atouts, mais des mesures ponctuelles sont à prévoir, notamment sur le plan fiscal, pour renforcer son pouvoir d’attraction.
Halldor a, en passant, mentionné qu’il lui semblait opportun de revoir les restrictions apportées dans le passé à la venue de capitaux étrangers, dans plusieurs activités, telles les pêcheries.
3) L’Islande sera vraisemblablement membre à part entière de l’Union vers 2015
Le chapitre « Politique extérieure » de ce Bulletin (voir plus haut) résume le propos du chef du gouvernement et les réactions suscitées.
Cette « prédiction » a, notons-le, été assortie de précautions. L’orateur n’a pas caché que les problèmes monétaires impliqués (abandon de la couronne islandaise au profit de l’euro) sont cruciaux et donnent naturellement lieu à controverses. Par ailleurs, les décisions que prendront Copenhague, Stockholm et Londres sur leur appartenance future à la zone euro seront déterminantes.
Mais il estime que le débat en Islande ne peut être indéfiniment ajourné, en particulier dans le monde politique, dans la communauté des affaires, et les syndicats. Il appelle ardemment ses compatriotes -nommément la société civile- à y participer avec moins de peurs ou de réserve. Parce que la décision à prendre n’est pas immédiate, ne serait-il pas absurde d’être?. rattrapé par le temps, et finalement pris de court ?
4) La nation, d’ici 2015, aura marqué des points décisifs dans de nombreux domaines primordiaux
Le Premier ministre considère que les meilleurs investissements, pour rester dans le peloton de tête de la compétition internationale, se situent dans les domaines de l’éducation et de la recherche. Des initiatives sont en cours pour améliorer encore la qualité et l’efficience de l’enseignement et des universités, spécialement dans les disciplines scientifiques et techniques.
L’intensification de l’innovation est la condition d’un progrès technologique et économique constant. En accord avec des suggestions du " Conseil de la Science ", le Gouvernement a décidé d’affecter dans les prochaines années 2,5 milliards de couronnes à l’innovation industrielle. Un fonds spécifique sera établi à cette fin, auquel les entreprises sont conjointement appelées à contribuer, l’apport de l’État représentant, par exemple, de 20 à 25 % des ressources du fonds.
De tels efforts entraîneront d’ici 2015 un bond spectaculaire des exportations de produits et services liés aux hautes technologies.
Le Premier ministre a enfin rappelé le lancement récent de deux grands chantiers, appelés à porter leurs fruits d’ici 2015. D’abord, celui de la réforme, dans le sens d’une efficience accrue, de l’administration, accompagnée de la simplification de la législation et de la réglementation (initiative « Une Islande plus simple ») au bénéfice du public et du monde des affaires. A aussi été souligné le rôle imparti au projet gouvernemental sur la « société de l’information » : dans ce cadre, les communications entre services publics et usagers seront de plus en plus largement assurées via Internet, sans que les fonctionnaires soient, pour autant, dispensés d’assister les citoyens dans leurs démarches.
En conclusion, le Premier ministre, faisant état de l’évolution démographique d’ici 2015, s’est penché sur l’amélioration du sort des personnes âgées, dont la proportion augmentera nettement. Elle sera rendue possible par l’action, alors déterminante, des fonds de pension, créés il y a quelque trente ans ; et par les concours financiers de plus en plus généreux consentis en faveur des soins et de l’assistance à domicile pour les plus de 80 ans, joints à la création de nouveaux établissements spécialisés. La flexibilité grandissante du marché du travail offrira, par ailleurs, des opportunités à ceux qui préfèrent continuer à travailler plutôt que de partir à la retraite.
Halldor Asgrimsson s’est, dans ses dernières paroles, félicité d’avoir pris une part active aux nombreuses réformes des récentes années, qui, malgré les critiques et le scepticisme de certains, contribuent à jeter les bases d’une société plus prospère en 2015.
b) L’Islande à nouveau au tableau d’honneur
« Forbes », publication américaine réputée dans les milieux d’affaires internationaux, pour ses informations spécialisées et ses analyses, publie régulièrement des « palmarès » et des « classements » comparatifs des États, au regard de quelques grands critères de nature financière, économique ou sociale. Il vient d’établir un tel « tableau d’honneur », dans lequel les diverses nations reçoivent des bons (ou mauvais) points, pour leur attitude plus ou mois favorable aux investissements.
L’Islande vient au troisième rang du tableau, figurant ainsi dans le peloton de tête des pays estimés « hospitaliers »?
Elle est juste derrière le Danemark, la Finlande, et précède de peu les Etats-Unis et le Royaume-Uni.
Parmi les atouts portés au crédit de l’Islande figurent notamment la liberté personnelle, l’absence de corruption, la compétitivité de l’économie, le système fiscal. En revanche, la protection des investissements ne serait pas suffisamment assurée.
La suppression de l’impôt sur la richesse profite à de nombreuses personnes âgées
Dans la « lettre hebdomadaire » du Ministère des Finances en date du 9 février, on donne une justification « sociale » à la suppression de l’impôt sur la richesse, intervenue à la fin de l’année 2005 et critiquée par la gauche comme une faveur aux « riches ». Ce prélèvement, en effet, frappait assez fréquemment les personnes âgées, notamment les citoyens de plus de 67 ans, lesquels constituaient près du quart des assujettis (environ 23 % en 2005). Or, présentement, les générations nées avant 1930 (qui ont travaillé et, le cas échéant, épargné à une époque où le pays était relativement pauvre, le niveau de vie « austère », et où l’inflation nuisait fortement à l’épargne) disposent souvent de revenus courants modestes, et la charge de l’impôt représentait, les concernant, une proportion de ces revenus plus lourde que lorsqu’elle s’appliquait à des contribuables plus jeunes. Ainsi, la disparition du prélèvement constitue-t-elle, de par certains cotés, pour le Ministère concerné, une mesure visant à accroître modestement la solidarité entre générations.
Une telle argumentation ne fera pas cesser les polémiques opposant le gouvernement à la gauche, mais met en lumière les considérables mutations intervenues dans l’économie nationale depuis l’Indépendance et les retombées différenciées qu’elles ont eu pour les générations successives d’Islandais, les plus âgés des seniors pouvant compter parmi les citoyens relativement les moins aisés.
Les opposants répliqueront sans doute que la décision gouvernementale avantage, au sein des « anciens », les plus « nantis » d’entre eux. À suivre.
c) Un déficit commercial record
Année de « surchauffe », 2005 a été marquée par une hausse des prix indéniable et surtout par un déficit commercial record. Le solde négatif de la balance qui était de 33,9 milliards de couronnes en 2004 est grimpé à 94,5 milliards, compte tenu d’une progression des importations (+ 34 % à taux de change fixe) bien supérieure à celle des exportations (+ 7 %). La première est liée, en particulier, aux importations liées aux « grands projets » et à la consommation privée, mais d’autres causes interviennent (liées notamment à la stratégie des banques). Ces déséquilibres donnent lieu à des commentaires contradictoires, volontairement pessimistes de la part des adversaires des grands projets, rassurants pour ceux qui considèrent le phénomène comme « transitoire » et réversible (notamment le Gouverneur de la Banque Centrale, l’ancien Premier ministre Oddsson), nuancés pour nombre d’économistes. Vu l’importance du débat, nous y reviendrons en mars. Le Ministère des Finances a, en effet, dans une récente « lettre d’informations » sur la stabilité économique en Islande, pris le contre-pied des positions adoptées par l’agence de notation internationale Fitch Ratings, laquelle jugeait inquiétantes certaines des perspectives de l’économie insulaire (surchauffe, déséquilibres internes et externes, cours de la monnaie, etc.).
Le prix des logements évolue à la baisse
La « Lettre » du Ministère des Finances du 23 février constate qu’après une hausse spectaculaire en 2005, qui a contribué à la surchauffe et aux tensions inflationnistes d’alors, le prix des logements amorce depuis quelques semaines une décrue. De nombreux indices confortent cette affirmation. Si le reflux se confirme dans les mois à venir, l’indice des prix à la consommation s’améliorerait de manière non négligeable.
4) ENVIRONNEMENT
De nouveaux débats ont eu lieu, au Parlement, en février, mettant aux prises le Premier ministre Halldor Asgrimsson et l’opposition (dont la présidente de l’ « Alliance » sociale-démocrate Ingibjörg Solrun Gisladottir, et le député Jon Bjarnason de la « Gauche Verte ») à propos de la construction éventuelle, après 2008-2009, de nouvelles centrales électriques et usines d’aluminium, et de leur impact sur l’environnement.
Pour l’ « Alliance », les déclarations récentes des divers ministres concernés sont imprécises, parfois contradictoires, inquiétantes à l’occasion. Elle exige plus de transparence dans l’information et de cohérence dans la politique menée.
L’extrême-gauche se veut percutante et agressive. En additionnant pêle-mêle, selon elle, la production actuelle des usines d’aluminium existantes, les projets déjà décidés d’extension dans les toutes prochaines années, et des hypothèses d’extension ou de créations de nouvelles unités au stade de l’étude ou de la réflexion, on enregistrerait, à l’horizon 2020, un quintuplement de la production de ce métal en Islande, passant des 270 000 tonnes annuelles (actuellement) à 1 320 000 tonnes (5 % de la production mondiale ?). Le tableau est dénoncé aussitôt comme « apocalyptique », vu les atteintes irréparables à la nature qui l’accompagneraient. En outre, le « tout-aluminium » se ferait aux dépens d’autres activités économiques -pêcheries, industries et services liés aux technologies de pointe, tourisme, etc.- plus respectueuses de la nature.
D’autre part, de nombreux défenseurs de cette nature, au sein ou hors du Parlement, s’inquiètent de l’éventuelle incompatibilité entre la réalisation de nouveaux projets d’aluminium et les objectifs fixés par le Protocole de Kyoto en matière d’émissions de dioxyde de carbone. Des chiffres alarmants ont circulé, dont la ministre de l’Industrie, Valgerdur Sverrisdottir, conteste le calcul ou l’interprétation. On ne débat plus seulement, alors, d’atteintes possibles à la seule nature islandaise, mais du réchauffement climatique affectant la planète entière.
Sur ce point, le chef du gouvernement s’est engagé dès maintenant à demander, en faveur de l’Islande, des « exemptions limitées » (comme il en a déjà été obtenu dans le passé) aux clauses et objectifs de l’accord de Kyoto, compte tenu de la situation très particulière, voire quasi-exceptionnelle de l’Île (taille de l’économie au regard de celle de la planète, efforts déjà accomplis, etc.). Il entend bien, de manière plus générale, concilier le développement des ressources énergétiques naturelles de la nation et une participation active à la lutte mondiale contre les pollutions et l’émission des gaz à effet de serre.
Halldor Asgrimsson s’applique par ailleurs à dédramatiser diverses polémiques jugées par lui « infondées », en distinguant, dans les perspectives à venir, ce qui a été décidé réellement -donnant lieu à un calendrier assez précis- et ce qui reste encore à l’état d’hypothèses de travail pour certains (les sociétés d’aluminium, la Compagnie d’électricité, etc.), sans aucune certitude de réalisation, et sans le moindre de calendrier de mise en ?uvre. Certaines de ces hypothèses, et les « projets » correspondants, ne verront peut-être jamais le jour. D’autres seront transformées, retardées ou feront l’objet de conditions ou contraintes pour des motifs variés. On ne saurait, pour lui, se représenter clairement l’avenir en fonction de « rumeurs », ou d’un scénario hypothétique dont les opposants amplifient à dessein les traits inquiétants. Pour rester dans le domaine du « raisonnablement plausible » et d’un relatif réalisme, Halldor estime que, parmi les trois grands projets d’aluminium les plus fréquemment mentionnés (extension importante de l’usine existante d’Alcan à Straumsvik, édification par Alcoa d’une unité dans le Nord de l’Islande, construction d’une unité à Helguvik -dans la péninsule de Reykjanes- par le groupe américain exploitant l’usine de Grundartangi), deux seulement ont des chances d’être lancés d’ici 2015. Cela impliquerait, en fin de construction, une production supplémentaire de métal de 500 000 tonnes, permettrait d’envisager alors une croissance économique annuelle d’environ 6 %, et de créer 2 500 emplois permanents et bien payés.
Le gouvernement ne craint pas que ces éventuelles réalisations mettent en danger le développement d’autres secteurs de l’économie ou la stabilité externe de la monnaie et génèrent de l’inflation. Le recours massif, pour leur approvisionnement, à l’énergie géothermique (et non hydroélectrique), devrait de plus rassurer les environnementalistes hostiles à l’édification de barrages.
C’est par une conclusion volontairement optimiste que le Premier ministre conclura son plaidoyer. Les ressources énergétiques sont, pour les Islandais, ce que sont les richesses pétrolières pour d’autres. Elles doivent contribuer au progrès économique et social de la nation. À condition bien entendu d’être exploitées en s’entourant de précautions pour ne pas « déstabiliser » l’économie de l’île. À condition également de dégager des solutions faisant leur part aux préoccupations légitimes des défenseurs de la nature.
On se doute que la pouvoir en place n’a pas convaincu bon nombre de ses opposants « politiques » et qu’ils reviendront à la charge. Qu’en est-il du « grand public » ?. L’avenir le dira sans doute (sondages, élections locales, etc.).
Quoi qu’il en soit, de tels échanges au Parlement montrent qu’une fraction de la population (sans doute urbaine, éduquée, et ?. encore minoritaire) est sensibilisée aux thèses environnementalistes. Les deux partis de l’opposition engagent présentement une compétition pour s’attirer les faveurs de cette fraction, longtemps cajolée par la seule « Gauche Verte ». Il s’agit également pour eux de trouver, en prévision des échéances électorales de 2007, un nouvel angle d’attaque contre les formations au pouvoir, mais aussi d’affaiblir le Premier Ministre, considéré comme le « maillon faible » de l’actuel cabinet.
À tort ou à raison, la majorité parlementaire et le gouvernement ont donné l’impression dans les récentes années qu’en accord, d’ailleurs, avec les souhaits de la majorité des citoyens, ils étaient plus attentifs aux arguments pour une industrialisation accrue du pays et une utilisation intensive des ressources énergétiques qu’aux considérations écologistes. Il leur reste à prouver qu’ils sont, dans leurs actes, en mesure de concilier les deux types de préoccupations. Et à définir des solutions, en concertation avec les diverses parties concernées, permettant de continuer sur la voie de la croissance, sans sacrifier le capital exceptionnel dont la nature, sous toutes ses formes, a pourvu l’Islande : paysages, flore, faune, etc.
On le voit : l’environnement est, peu à peu, un thème important de discussions dans l’île, où les responsables et la société civile s’impliquent progressivement. On est en droit d’espérer qu’elles déboucheront sur des synthèses consensuelles, répondant à des préoccupations légitimes mais partiellement opposées. L’imagination, la volonté politique et les progrès de la technique seront mis à contribution pour résoudre une apparente « quadrature du cercle ».
5) SOCIÉTÉ
a) Les Islandais sont maintenant plus de 300 000
Selon les calculs effectués fin 2005 par l’Office des Statistiques, les Islandais (ou plutôt les habitants de l’Islande) ont maintenant dépassé le nombre de 300 000. La confirmation de ces « données provisoires » est imminente.
b) La population « active » augmente en Islande
Comme le fait savoir la « lettre hebdomadaire » du Ministère des Finances en date du 9 février, la population « active » augmente actuellement de manière significative, dans l’île : autour de 4 % en 2005 ; + 3 % prévus pour 2006. Sous cette dénomination, on comprend les personnes employées et celles (dont la proportion est exceptionnellement faible : autour de 1,7 %) à la recherche d’un emploi : on a ainsi une évaluation précise de l’offre de travail. L’augmentation mentionnée est due à la fois à celle des habitants d’ « âge actif » se présentant sur le marché de l’emploi, mais aussi à la venue dans le pays (particulièrement dans l’Est) de travailleurs étrangers immigrés (temporaires dans l’immense majorité des cas) participant par exemple à de grands travaux de construction.
Pour plus de renseignements, consulter le Site Internet du Ministère en anglais (http://eng.fjarmalaraduneyti.is).
6) À NOTER
Cette lettre (comme les suivantes) ne comporte (sauf rare exception) que des informations politiques, économiques et sociales sur l'Islande, à l'exclusion de "nouvelles" de nature culturelle et/ou artistique, du tourisme, et d'informations sur les manifestations islandaises en France et françaises en Islande.
Il existe en effet des sites ou des organes d'information qui fournissent ces autres informations. On signalera tout particulièrement :
1) la Revue "Courrier d'Islande" (trimestrielle) que l'Association "France-Islande" envoie par courrier postal à ses adhérents.
Pour en savoir plus sur cette Association, la Revue citée et le site Internet de " France-Islande ", le contact est le suivant :
Association "France-Islande" (Président : M. Jean Le Tellier) ; 31 avenue Thierry
92410 Ville d'Avray
e-mail :jean@jlet.net
2) pour les touristes (anciens ou à venir), l'excellent site de Christian et Marie-Françoise Gilabert, " Islande, au pays de la création du monde " : http://perso.wanadoo.fr/saga.gilabert




