Bulletin mensuel
L’ACTUALITÉ ISLANDAISE EN MARS 2006
POLITIQUE INTÉRIEURE
Remaniement ministériel
Le 7 mars a eu lieu un remaniement ministériel restreint, concernant quelques-uns des ministres du Parti du progrès. Ce dernier (12 sièges sur 63 à l’Althing) est présidé par Halldor Asgrimsson, Premier ministre depuis septembre 2004 et allié depuis1995 au Parti de l’Indépendance (centre droit), la plus grande formation politique du pays, naguère dirigée par David Oddsson.
Pour des raisons personnelles, le ministre des Affaires sociales, Arni Magnusson, un proche du Premier ministre, a quitté le gouvernement, annoncé qu’il ne se représenterait pas aux élections législatives de 2007 et s’est vu offrir un poste de choix dans une grande banque. Il est remplacé dans ses anciennes fonctions par son collègue de la Santé, Jon Kristjansson. Le portefeuille de la Santé et de la Sécurité Sociale à une « revenante », l’ancienne ministre de l’Environnement, Siv Freidleifsdottir, qui avait ponctué de regrets assez bruyants son éviction lors de la formation du gouvernement Asgrimsson (éviction due, selon ses amis, à la méfiance du Parti à l’égard de l’accès des femmes aux postes éminents).
La question est de savoir si le départ de Arni fragilisera le gouvernement, et surtout son parti (en perte de vitesse dans les sondages : autour de 10 %, à comparer aux 18 % obtenus lors des élections de 2003). Certains voyaient en lui le « dauphin » de Halldor Asgrimsson ; peut-on reporter cet espoir sur Siv, énergique et ambitieuse ?
POLITIQUE EXTÉRIEURE
1) Relations avec les Etats-Unis : le grand tournant
Le 15 mars, le gouvernement américain a officiellement fait part au gouvernement islandais de son intention de réduire considérablement ses activités à la base de Keflavik à partir de la fin de septembre. Prenant acte du fait que, depuis l’effondrement du bloc « soviétique » l’Île et sa base n’avaient plus, pour lui, la même valeur stratégique, il a décidé de retirer les avions de chasse F 15 qui y étaient affectés, ainsi que les hélicoptères de sauvetage.
Cette annonce unilatérale survient alors que les négociations pour le renouvellement de l’accord bilatéral de défense de 1951 -un moment suspendues- avaient repris en février, et que les Islandais avaient insisté pour le maintien à la base des moyens de défense aérienne.
Le Premier Ministre déclara aussitôt que la prise de position de Washington constituait une déception mais non une surprise. Les suites de cette décision auraient à être discutées avec les Etats-Unis (Halldor ne semble pas attendre beaucoup de ces conversations), mais aussi dans le cadre de l’Alliance Atlantique, la sécurité des relations transatlantiques étant en cause. Il a d’ailleurs évoqué la question avec le Secrétaire Général de l’OTAN, pleinement informé des besoins et de la position de l’Islande concernant sa sécurité, et qui ultérieurement en a entretenu G. Bush et C. Rice. Les Islandais auront la charge de suppléer rapidement à l’absence des hélicoptères américains (acheter de tels matériels ?) et, bien entendu, de résoudre les problèmes d’emploi créés dans la zone du Sudurnes, où se trouve Keflavik.
Le ministre des Affaires étrangères estime qu’en tout état de cause, les Islandais ont besoin d’une défense minimum visible, et ne refusent pas de contribuer de manière accrue à l’effort, mais il leur faut voir clair dans les intentions de leurs alliés quant à l’application de l’accord de 1951. Les conversations avec les Etats-Unis doivent en principe reprendre le 31 mars à Reykjavik, suite à une conversation de Geir Harde avec N. Burns, Secrétaire d’État adjoint des Etats-Unis le 24 mars. Dans l’intervalle, le ministre aura eu des entretiens avec son homologue français (voir ci-dessous), russe, et allemand
Inutile de dire que ce « tournant » dans la politique de défense a été accueilli avec plaisir par le chef de la « Gauche Verte » Steingrimur Sigfusson, hostile de longue date à la présence américaine. Les dirigeants de Samfylking (« Alliance » sociale-démocrate), eux, ont insisté sur la « prétendue » légèreté du gouvernement dans la conduite de l’affaire, lui faisant le reproche d’avoir, face aux Islandais, fait montre d’un optimisme injustifié sur les négociations. Ils pressent l’exécutif de prévoir une « politique de rechange », impliquant soit les Nordiques, soit l’Union Européenne, soit l’OTAN.
À noter que la Banque Centrale a publié le 16 mars un tableau rappelant l’importance décroissante de la base de Keflavik, comme source de devises, pour l’économie nationale. Ces devises (salaires des employés, contrats remportés par les entreprises, etc) s’élevaient en 1990 à 9,1 mds de couronnes, soit 7 % des recettes d’exportation et 2,5 % du PIB. En 1997, les chiffres respectifs s’établissaient à 10,9 milliards, 5,5 % et 2 %. En 2003 à 11,9 milliards, 3,8 % et 1,5 %. En 2004, à 9,7 milliards, 2,8 % et 1,1 %. En 2005 les chiffres (provisoires) sont de 8,2 milliards, 2,3 % et 0,8 % (du PIB). Voir plus de détails sur le Site de la Banque : www.sedlabanki.is
Il va sans dire que, si l’impact économique de la base est de plus en plus faible à l’échelle nationale, il n’en va pas de même pour la région du Sudurnes.
2) Relations avec l’Union Européenne : l’opinion plutôt négative des Islandais
Selon un sondage récent, 55 % des Islandais sont contre l’adhésion de leur pays à l’Union Européenne, 45 % la voient d’un bon ?il. Si l’on tient compte des « sans opinion », les pourcentages tombent à 42 et 34 % des sondés.
Ajoutons que, dans une récente conférence de presse, le Premier Ministre a admis que l’Union liait la participation à la zone euro à l’adhésion à l’Union. La Ministre du Commerce et de l’Industrie Valgerdur Sverrisdottir, se faisant l’avocat de certains milieux d’affaires, avait préalablement évoqué l’intérêt de rejoindre l’euro sans obligation d’adhésion à l’UE, provoquant le courroux des éléments « eurosceptiques » du Parti de l’Indépendance.
Hallor estime que le débat sur l’Europe doit se poursuivre, mais que la question monétaire est des plus délicates, vu les contraintes énormes pesant sur une « petite monnaie » dans un univers libéralisé.
3) Geir Haarde en Norvège et au Danemark
Le ministre des Affaires étrangères s’est rendu début mars en Norvège pour une visite officielle. Au menu des discussions à Oslo : le contentieux bilatéral (sur le Svalbard, notamment), les problèmes relatifs aux pêcheries, la coopération nordique, les questions de sécurité et de défense, les relations avec l’Union européenne. Geir et son homologue norvégien ont constaté à ce sujet que l’accord sur l’Espace Économique Européen, qui régit les rapports des deux pays avec l’Union, fonctionnait bien (Geir ne voit pas ce qu’apporterait à son pays une adhésion à l’Union). A aussi été mentionnée la candidature islandaise au Conseil de Sécurité pour 2008-2010.
Reçu ensuite à Copenhague, le ministre se félicita des excellentes relations entre les deux nations, et de l’appui donné par les Nordiques à la candidature précitée.
Par la suite Geir eut d’importants entretiens téléphoniques avec ces deux interlocuteurs sur les problèmes posés par le « retrait américain » de Keflavik, annoncé le 15 mars (voir plus haut).
ÉCONOMIE
1) L’économie islandaise, menacée de déséquilibres ?
On a en mémoire qu’en février l’agence de notation internationale Fitch Ratings jugeait inquiétantes certaines perspectives de l’économie insulaire (surchauffe, déséquilibres internes et externes, cours de la monnaie, etc.), sans aller jusqu’à baisser la « note » de l’Islande. Peu après l’agence Standard & Poors adoptait la même attitude, mettant en cause la surchauffe imputée aux grands projets, l’énorme déficit commercial et l’importance de la dette des ménages et des entreprises. Le cours de la couronne fléchit temporairement après la déclaration de Fitch Ratings. Puis, le groupe financier Merril Lynch publia une étude analysant les prétendues « faiblesses et vulnérabilités » du système bancaire islandais. Mais les « optimistes » tinrent bon sur leurs positions et, dans sa « Lettre hebdomadaire » en date du 23 février, le Ministère des Finances réfute point par point le « pessimisme » de Fitch Ratings. Pour lui, la politique « laxiste » des banques en matière de prêts (et notamment de crédit au logement) est en partie responsable de la hausse des importations des ménages et des tensions inflationnistes. Est également mise en cause l’émission par les banques étrangères d’obligations libellées en couronnes (à fort taux d’intérêt), génératrice d’entrées de capitaux et de hausse des cours de la couronne. Selon le Ministère, toutefois, la situation se rétablit progressivement, avec une décélération de la hausse des importations et de la consommation des ménages : en 2007 ces phénomènes s’inverseront et l’on observera un net accroissement des exportations (aluminium) qui permettra une meilleure balance courante. Auront contribué au redressement les décisions de la Banque Centrale, augmentant les taux d’intérêt, et la politique de rigueur du gouvernement ; entre 2003 et 2005 le solde des comptes publics a enregistré une amélioration équivalente à 5,4 % du PIB. Ainsi, toutes les conditions d’un retour progressif à la stabilité de l’économie islandaise (que les réformes structurelles depuis 1995 ont rendu plus « résiliente ») semblent réunies pour le gouvernement.
À la mi-mars, le groupe bancaire danois Danske Bank (le second, par ordre d’importance, dans la région nordique) a relancé le débat en publiant un rapport sur l’économie islandaise et son système financier. Ce document, qui soulignait les prétendues « faiblesses » de cette économie, a été l’origine de réactions de pessimisme tant dans certains milieux d’affaires nationaux que sur des marchés étrangers. Aussi bien, la « Lettre hebdomadaire » du Ministère islandais en date du 23 mars, qui d’ailleurs conteste la qualité d’expert du groupe danois s’agissant de l’île, s’attache-t-elle à mettre en relief les lacunes et erreurs du rapport.
Ledit rapport compare ce qu’elle considère comme un prochain risque d’ « atterrissage brutal » (« hard landing ») de l’économie islandaise (qui pourrait selon lui passer de la surchauffe à la récession) à des situations analogues en 1999 et 2002. Le Ministère islandais répond qu’aucune récession n’intervint en 1999 (croissance : + 4,3 %) et que celle de 2002 fut modeste (- 1 %) et brève. Par ailleurs, les années 2006 et 2007 ne devraient enregistrer aucune récession.
Autre erreur du rapport danois relevé par le Ministère des Finances : l’augmentation des importations, contrairement aux « craintes » danoises ne devrait pas se poursuivre indéfiniment, les ménages notamment cessant d’acheter certains bien importés si le cours de la couronne baisse (ce qui se produit).
Enfin, la controverse porte sur les origines des actuelles tensions inflationnistes. Hausses des salaires, selon Danske Bank ? Non, pour le Ministère, qui relève que, contrairement aux dires du Rapport, le chômage ne s’établissait pas à 1 % seulement en février 2006 (avec des hausses de salaires subséquentes) mais à 1,6 % et que, même si des tensions sur le marché du travail avaient généré provisoirement des risques, le recours à la main d’?uvre immigrée était venu améliorer la situation. Du côté officiel islandais, on insiste, s’agissant de hausses des prix, sur la responsabilité du « boom immobilier » (maintenant en recul) en 2004-2005 et du « laxisme » du système bancaire en matière de crédit (particulièrement pour le logement).
L’endettement des ménages fait également l’objet d’une appréciation rassurante de la part du Ministère des Finances, en raison des règles du crédit hypothécaire et de l’existence des fonds de pension, destinés à assurer dans de bonnes conditions les « vieux jours » des Islandais.
2) La croissance économique islandaise en 2005
L’Office des Statistiques d’Islande a publié, à la mi-mars, des données « provisoires » sur la croissance en 2005. Le Produit Intérieur Brut s’élèverait à 996 milliards de couronnes et, en termes « réels » a augmenté de 5,5 % en 2005 (3 % en 2003 ; 8,2 % en 2004). Cette forte expansion s’explique par les progrès de la consommation des ménages (11,9 %) et surtout des investissements (34,5 %). Elle a débouché sur des importations massives (+ 28,4 %) et un déficit de la balance courante s’établissant à quelque 162 milliards, soit 16,3 % du PIB (contre 9,2 % en 2004).
3) Du côté de l’aluminium
Un accord a été signé début mars entre le gouvernement islandais et le géant américain de l’aluminium Alcoa (qui réalise actuellement la grosse unité de l’Est de l’Islande). Selon l’accord, Alcoa va entreprendre une étude complète de faisabilité d’une nouvelle usine de 250 000 tonnes (ou plus) à Bakki, près de Husavik, dans le Nord de l’Île. Elle sera la première unité -dans le monde- alimentée par l’énergie géothermique. Les travaux, en tout état de cause, ne commenceront pas avant 2010, soit après l’achèvement des actuels « grands projets ». Certains se réjouissent du fait que, de par le recours à la géothermie, la nature ne subira pas les dommages imputés aux barrages ; mais on se demande si cette énergie suffira au cas où l’usine devrait dépasser 250 000 tonnes. Un débat a au lieu à l’Althing le 2 mars, où les opposants Ögmundur Jonasson (« Gauche Verte ») et Ingibjörg Solrun Gisladóttir (« Alliance ») alertèrent le Premier ministre Halldór Ásgrimsson sur les risques divers engendrés par ces nouveaux projets (Alcoa au Nord et l’agrandissement de l’usine Alcan à Straumsvik, près de la capitale).
Il répliqua en mentionnant qu’ils seraient à l’origine de 2 000 à 2 500 nouveaux emplois, et d’un accroissement du PIB de 5 à 6 % par an. En outre, ils étaient compatibles avec les obligations du protocole de Kyoto.
4) Les retraites des Islandais, les « meilleures » de la zone nordique
Une étude d’un Institut nordique de statistiques sociales montre qu’en 2003 la retraite moyenne mensuelle (avant impôt) d’un individu est plus élevée en Islande (1 050 euros) qu’en Norvège (956), Suède (886), Finlande (832) et Danemark (766).
5) Le baromètre des entreprises
Deux fois par an depuis septembre 2002 un sondage sur le " moral des entreprises " est effectué pour le compte du Ministère des Finances, de la Banque Centrale et du Patronat. La lettre d'informations du Ministère en date du 23 mars rend compte des principaux résultats de la dernière enquête. 68 % des 388 grandes entreprises consultées ont répondu. Les trois quarts des dirigeants consultés considèrent comme favorable la situation économique présente (11 % la jugent mauvaise). L'« indice de confiance » s'établit à 174,5 points, en hausse par rapport au chiffre -156,4 points- pour l'automne 2005.
Si on interroge les entrepreneurs sur l'évolution pour les six mois à venir, on en trouve 60 % qui ne prévoient pas de changements, 23 % une détérioration et 17 % une amélioration. Pour les perspectives sur un an, les chiffres respectifs sont de 44 %, 36 % (crainte de la « surchauffe ») et 20 %.
6) Hausse des taux d’intérêt de la Banque Centrale
Les dangers de surchauffe et les tensions inflationnistes restant, pour elle, préoccupants, la Banque centrale a, le 30 janvier, décidé de relever incessamment ses taux d’intérêt, comme elle l’a déjà fait de très nombreuses fois depuis plus d’un an. Le taux de base croît de 0,75 % et s’élèvera à 11,50 %.
Après les doutes sur la résilience de l’économie islandaise, émis par certains observateurs étrangers (voir plus haut), la mesure de la Banque est accueillie positivement en Islande comme une preuve de la sagacité et du caractère adéquat de la politique monétaire, compte tenu de la situation et des risques sur les prix, dus à diverses causes.
SOCIÉTÉ
* Le Festival des Arts de Reykjavik
(où sera présenté pour la première fois un opéra, « Le Pays » du compositeur français Joseph-Guy Ropartz, inspiré par l’aventure en Islande survenue à un marin naufragé en 1873) se tiendra du 12 mai au 2 juin. Renseignements : www.artfest.is
* Décès et espérance de vie en 2005
Un récent communiqué de l’Office des Statistiques informe qu’en 2005 1 836 décès ont été recensés, 945 hommes et 891 femmes. Le taux brut de mortalité s’est établi à 6.4 pour 1 000 habitants. L’espérance de vie moyenne est pour les femmes de 82.8 ans et de 78.9 ans pour les hommes.
La mortalité infantile a été en 2005 de 2.3 pour 1 000 naissances vivantes, un record mondial et même nordique (3,1 en Finlande et au Danemark en Finlande, 3,5 en Norvège et 4,.4 en Suède).
RELATIONS FRANCO-ISLANDAISES
Pour la première fois, le 21 mars, un Ministre des Affaires étrangères islandais (francophone), M. Geir Haarde, s’est rendu en visite officielle à Paris, invité par son homologue Philippe Douste-Blazy.
À cette occasion, le Ministère islandais a publié le communiqué suivant :
« Geir H. Haarde, ministre des Affaires étrangères, s’est rendu à Paris à l’invitation de Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères de France, en visite officielle le 21 janvier : les deux Ministres ont eu ce même jour au déjeuner de travaiil.
Lors de la réunion, il a été discuté des relations bilatérales, spécialement des échanges commerciaux, culturels et touristiques et de la coopération dans les sciences et l’enseignement. Les ministres débatirent également, sous de nombreux aspects, de questions internationales, entre autres de l’Union Européenne, de son élargissement et de la situation du " problème constitutionnel " ; ainsi que de l’avenir et des tâches de l’OTAN en ce qui concerne le maintien de la paix. Ils évoquèrent aussi l’évolution dans la région méditerranéenne, la question afghane, l’Irak et les problèmes posés par l’Iran du fait de son attitude sur les affaires nucléaires.
Ils évoquèrent enfin la situation que doit affronter l’Islande concernant sa défense. Geir Haarde exposa ce problème en détail à son collègue français.
Également furent abordées l’amélioration du fonctionnement des Nations-Unies, et la candidature islandaise au Conseil de Sécurité pour les années 2009 — 2010.
Dans la soirée, le Ministre prononça une allocution au dîner organisé par la « Chambre de Commerce franco-islandaise »(Voir texte en annexe).
Préalablement, le Ministère français des affaires étrangères avait publié le communiqué suivant :
« M. Geir Haarde, ministre des Affaires étrangères de l'Islande, sera reçu le mardi 21 mars pour un déjeuner de travail par M. Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères.
Cette visite sera l'occasion d'aborder notamment les relations économiques et commerciales entre l'Islande et la France et la coopération scientifique et culturelle. A noter qu'à la suite de la ''Quinzaine culturelle islandaise'' qui s'est tenue en France en septembre et octobre 2004, un ''Printemps français en Islande'' se déroulera de février à mars 2007.
La politique européenne de l'Islande en tant que membre de l'Espace économique européen, la coopération septentrionale, les relations transatlantiques, les relations avec l'OTAN et le processus de paix au Proche-Orient seront également évoqués.
Malgré une présence limitée, les entreprises françaises manifestent un intérêt nouveau pour ce pays en pleine expansion et dont la population dispose de l'un des pouvoirs d'achat les plus élevés au monde. »
NDLR : le quotidien islandais « Morgunbladid » a publié, les 22 et 23 mars un éditorial sur ce thème, ainsi qu’une intéressante interview de Geir
ANNEXES
1) Le Festival français en Islande : un projet ambitieux qui se déroulera en 2007
En réponse à la « Quinzaine islandaise » qui s’est déroulée en France en septembre-octobre 2004, la France a décidé d’organiser, pour la première fois en Islande, un Festival, par le canal de l’Ambassade de France en Islande. Cet événement se déroulera de fin février à mi-mai 2007. Il comportera quatre volets : culturel, scientifique, cinématographique - le Festival annuel du film français qui a lieu en janvier sera décalé à cette occasion -, commercial et touristique. L’objectif essentiel de ces manifestations est de faire mieux connaître la France, ses réalisations, sa culture, ses artistes, notamment à la jeune génération islandaise. Il est aussi de montrer, si besoin en était, la vitalité des échanges entre les deux pays dans ces secteurs.
Afin d’être en prise directe avec les manifestations locales et instaurer un véritable partenariat avec nos interlocuteurs islandais, il a été décidé de rattacher, autant que faire se peut, un certain nombre d’événements à des festivals locaux : ainsi, le lancement de notre Festival en février devrait se faire au moment où s’ouvrira le « Festival des lumières » et sa clôture intervenir en mai, lorsque s’ouvrira le « Festival des arts de Reykjavík ». Une recherche de mécénat, associant les acteurs de la vie économique dans les deux pays, sera effectuée en Islande et en France.
S’agissant du volet culturel et artistique du Festival qui en constituera l’élément le plus important, l’Association française d’action artistique (AFAA) sera l’opérateur pour la partie française. Deux coordonnateurs ont été désignés : il s’agit, du côté français, de M. Gilbert Erouart, directeur de la coopération et de l’ingénierie culturelle à l’AFAA, et, du côté islandais, de M. Eirikur Thorlaksson, ancien directeur du Musée des arts de Reykjavík.
Le comité mixte franco-islandais créé pour ce Festival a tenu sa première réunion à Paris le 2 février 2006, immédiatement après la quatrième session de la Commission mixte de coopération culturelle et scientifique qui s’est réunie au ministère français des Affaires étrangères, en application de l’Accord de coopération culturelle et scientifique conclu entre l’Islande et la France le 12 avril 1983.
C’est avec plaisir que nous tiendrons les lecteurs du Courrier d’Islande informés du programme de ce Festival, dont l’élaboration mobilise désormais toutes les énergies requises pour le succès que nous espérons tous.
(Informations fournies par Mme Nicole Michelangeli, Ambassadeur de France en Islande)
2) Coopération scientifique franco-islandaise : de nouveaux progrès
En novembre 2005, le Courrier d’Islande informait ses lecteurs des progrès notables accomplis par la coopération scientifique franco-islandaise depuis le début de 2003. C’est à cette date que M. Tomas Ingi Olrich (alors ministre de l’Éducation, de la Science et de la Culture) et l’Ambassadeur français, Louis Bardollet, avaient, dans le cadre de l’Accord de coopération culturelle et scientifique de 1983, lancé conjointement le « Programme Jules Verne ». « Programme d’actions intégrées » (PAI), celui-ci, financé par les deux pays, fait travailler, sur des périodes de deux ans, autour de projets établis en collaboration, des « binômes » constitués d’un chercheur de haut niveau d’une université (ou centre de recherche) française et d’un Islandais de profil équivalent et spécialisé dans les mêmes domaines. Les projets sont soumis à un appel d’offres, devant un Comité d’examen franco-islandais, et ceux qui sont sélectionnés reçoivent ensuite les facilités prévues au titre du Programme. En 2004, dix projets avaient été retenus dans les disciplines les plus variées, mais s’inscrivant tous dans des champs prioritaires pour la recherche de chaque pays, en liaison, le cas échéant, avec des programmes au niveau européen. Ils concernaient l’environnement (de la production d’hydrogène aux effets des avalanches), la volcanologie, les nouvelles technologies, la médecine, la santé, la démographie. Pour les années à venir, on se référera au texte suivant, émanant de Pierre-Alain Giraud, attaché scientifique et culturel de l’Ambassade de France en Islande (amb.fran@itn.is).
Le PAI Jules Verne 2006-2007
La nouvelle sélection des projets scientifiques franco-islandais soutenus par l’Ambassade de France en Islande et le RANNIS (Centre islandais pour la recherche), dans le cadre du PAI Jules Verne, s’est faite en décembre 2005. Après avoir aidé à l’aboutissement de dix projets scientifiques de haut niveau en 2004 et 2005, le programme obtient de nouveau un succès important. Neuf collaborations scientifiques franco-islandaises de grande qualité, sur des sujets variés, vont être mises en ?uvre en 2006 et 2007. Voici un tour d’horizon des différents projets sélectionnés :
- Laurent Amsaleg, de l’IRISA de l’Université de Rennes, et Björn Thór Jonsson, de l’Université de Reykjavík, continueront à travailler sur leur projet en cours en sciences et technologies de communication. Leur recherche porte sur tous les aspects logiciels du développement de techniques efficaces et rapides pour la recherche basée sur le contenu dans des bases de données d’images.
- Jocelyne Chanussot, de l’ENSIEG de Grenoble, et Jón Atli Benediktsson, de l’Université d’Islande, travailleront en sciences et technologies de communication. Leur projet consiste à chercher des réponses aux questions théoriques et pratiques du traitement des images hyper-spectrales fournies par les multiples capteurs satellitaires. Plusieurs équipes seront associées au projet, certaines dans le cadre des projets Galilée et Picasso.
- Sylvain Lalot, de l’Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambresis, et Ólafur Pétur Pálsson, de l’Université d’Islande, travailleront dans les domaines de la mécanique et de l’énergétique. Le but de leur projet est de développer un outil capable de détecter les dérives de fonctionnement d’appareils thermiques de façon précoce et de dire quel composant est concerné.
- Olgeir Sigmarsson, de l’Université Blaise Pascal, et Thorvaldur Thordarson, de l’Université d’Islande, travailleront sur les sciences de la terre et de l’univers. Leur objectif est de suivre l’évolution temporelle et géochimique des magmas produits dans un panache des volcans sous-glaciaires du Vatnajökull et des premières roches d’Islande, afin notamment de voir si l’Islande ne pourrait pas être un analogue de la formation de la proto-croûte terrestre.
- François David, du service de Physique théorique du CEA Saclay, et Thórdur Jónsson, de l’Université d’Islande, travailleront dans le domaine de la physique. Ils chercheront des applications pratiques à la théorie des structures géométriques aléatoires.
- Françoise Bergerat, de l’Université Pierre et Marie Curie, et Kristján Sæmundsson, de l’ISOR (Iceland GeoSurvey), travailleront en sciences de la terre et de l’univers. Il s’agira d’appliquer les méthodes d’analyse de la tectonique cassante à l’analyse de la fracturation, en choisissant comme domaine d’application les champs géothermiques islandais, où les données expérimentales sont abondantes.
- Taco Nicolai, de l’Université du Maine, et Ragnar Johannsson, des Icelandic Fisheries Laboratories, travailleront dans les domaines de l’agronomie, de la production animale et végétale et de la technologie alimentaire. Leur projet consiste à étudier l’agrégation et la gélification de solution de myosine et d’actine, qui sont des protéines de poisson.
- Catherine Marque, de l’UTC Biomécanique et Génie biomédical, et Brynjar Karlsson, de l’Université de Reykjavík, travailleront en ingénierie. Leur projet est d’analyser la propagation de l’activité électrique utérine sur l’abdomen de la femme enceinte, afin de distinguer entre des contractions menant à un accouchement prématuré et des contractions normales de grossesse.
- Pascal Thomas, de l’Université Paul Sabatier, et Ragnar Sigurdsson, de l’Université d’Islande, travailleront dans les domaines des mathématiques et des sciences de l’informatique. Le but de leur programme de recherche est la théorie de Green des familles plates d’espaces complexes.
3) Allocution de M. Halldor Asgrimsson, Premier ministre, prononcée lors du « dîner diplomatique » donné par le Président de la République Olafur Ragnar Grimsson le 24 mars
À l’occasion du « dîner diplomatique » donné par le Président de la République Olafur Ragnar Grimsson le 24 mars, le Premier ministre a, dans une courte intervention, rappelé sa confiance dans la solidité de l’économie islandaise. Contrairement à certaines assertions publiées à l’étranger ou en Islande, le système bancaire est sain et solide, la croissance forte, les finances publiques en bonne santé. Si les ménages ont des dettes, ils ont également de plus en plus d’actifs.
On oublie souvent que, dans une économie de la taille de l’Islande, les aléas de la conjoncture -insignifiants à l’échelle des grands pays- sont plus frappants.
S’agissant des « grands projets industriels », ils ne risquent pas d’aggraver la pollution mondiale, et d’ailleurs, l’Île bénéficie, en raison de sa situation particulière, d’ « exceptions » au protocole de Kyoto.
Concernant les relations internationales, Halldor a insisté sur la diversification croissante des liens de l’Islande, qui multiplie les efforts en direction des « puissances de l’avenir » (Chine, Inde, etc).
Le chef du gouvernement a souligné le rôle primordial des communications avec l’extérieur, par voie maritime (1600 navires étrangers arrivent chaque année dans les ports islandais) ou aérienne (91 000 vols annuels dans l’espace aérien islandais, 61 000 atterrissages et décollages de Keflavik). La sécurité de l’Islande, plaque tournante dans l’Atlantique Nord, est ainsi liée à celle de toute cette zone et des relations transatlantiques.
D’où l’importance du prochain « retrait américain » de la Base, qui n’est pas sans conséquences pour l’OTAN et les membres européens de cette organisation : fidèle comme dans le passé à l’Alliance, Reykjavik entend également affirmer la vocation transatlantique de l’OTAN et resserrer ses liens avec l’Europe
4) Annexe 4 : Texte de l’allocution prononcée par M. Geir Haarde, Ministre des Affaires étrangères d’Islande, à l’occasion de la réunion et du dîner donnés en son honneur par la Chambre de Commerce et d’Industrie franco-islandaise, à Paris, le 21 mars 2006 :
Monsieur l’Ambassadeur d’Islande en France
Monsieur l’Ambassadeur de Norvège en France
Monsieur le Président de la chambre de commerce,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Chers amis,
C’est avec un réel plaisir que je m’adresse aujourd’hui à la chambre de commerce franco-islandaise.
L’expansion, ces derniers temps, des entreprises islandaises sur les marchés étrangers a suscité l’intérêt et la curiosité. Des Islandais ont investi dans de nombreuses régions du monde, particulièrement dans le secteur bancaire, la technologie de pointe, le secteur pharmaceutique, la distribution et l’industrie agroalimentaire. 104 000 personnes, dans le monde, travaillent pour des sociétés contrôlées par des actionnaires islandais, ce qui constitue une augmentation de 25 % par rapport à l’année dernière. Ce chiffre est considérable si on considère que la population active en Islande se limite à 165 000 personnes.
L’entreprise Actais, dans le secteur pharmaceutique, est une des 5 premières au monde dans le domaine des médicaments génériques, et compte 10 000 employés dans environ trente pays. Össur est le second fabricant au monde de prothèses médicales. L’entreprise fait travailler 940 employés sur 11 sites et les prothèses qu’elle fabrique ont soulagé l’existence de ceux qui en avaient besoin comme le montrent de très nombreux témoignages.
Certaines de ces sociétés ont ciblé leur activité sur la France, en particulier celles qui produisent des plats de poisson de premier choix. Car les Français, on le sait, savent apprécier une nourriture raffinée !
Sous le nom Alfesca, nouvelle dénomination du groupe SIF, on trouve les fameuses marques Delpierre, Labeyrie, Islandia et Blini. 3 700 personnes travaillent pour cette société, dont 2500 à 3000 en France.
Des Islandais ont également investi en France dans la finance, l’ingénierie, l’expertise et les transports aériens. La compagnie Avion group a acquis dernièrement Star Airlines, la seconde en France en importance dans le vol charter. 59 avions Boeing et airbus sont en service chez Avion group dont les effectifs sont de 4500 personnes, réparties sur 85 sites dans le monde.
Il est naturel que cette soudaine expansion soulève des questions, surtout qu’elle provient d’une petite nation située aux confins de l’Europe, et dont on a rarement parlé jusqu’ici sur les marchés étrangers. D’où vient l’argent qui a permis de tels investissements ? Et pourquoi cela se produit-il maintenant ?
Arrêtons-nous, pour commencer, à la dernière question. Qu’est-ce qui a permis ce développement soudain des entreprises et l’audace de nos entrepreneurs sur les marchés étrangers ?
Nous constatons d’abord que l’environnement économique et financier a changé aussi bien en Islande qu’ailleurs dans le monde. Regardons tout d’abord les changements à l’échelle internationale. Le mot qui les résume le mieux est assurément la mondialisation. Il est de plus en plus facile pour les entreprises de se développer sur des marchés éloignés, et cela profite bien sûr aux sociétés islandaises. La participation de l’Islande à l’Espace Economique Européen a joué en sa faveur. L’Islande participe au marché intérieur depuis l’entrée en vigueur de l’accord sur l’Espace Economique Européen en 1994.
Avant l’adhésion à l’EEE, les investisseurs étrangers en Islande étaient soumis à des limitations, les transferts de capitaux étaient encore entravés, les importations et les exportations soumises à autorisation, et le droit pour une entreprise étrangère, par exemple une société financière, de s’installer en Islande faisait l’objet de restrictions. Nous avons profité de l’adhésion à l’Espace Economique Européen pour éliminer ces restrictions tout en garantissant l’accès de l’Islande au marché intérieur.
L’élargissement de l’Union Européenne et donc de l’Espace Economique Européen il y a deux ans, et les projets d’intégration de la Bulgarie et de la Roumanie, qui devraient se concrétiser l’année prochaine, augmentent encore les opportunités.
L’Islande a tenu également à conclure des accords bilatéraux avec d’autres pays de la zone. La participation de l’Islande à l’Association Européenne de Libre Echange lui a permis d’être partie prenante d’un réseau, qui compte désormais 14 états membres. Récemment nous nous sommes penchés sur les marchés émergeants, surtout en Asie. C’est ainsi que l’Islande vient d’ouvrir une Ambassade à New Delhi, dont l’un des objectifs majeurs est de favoriser l’augmentation des échanges entre l’Islande et l’Inde. Au début de ce mois ont d’autre part débuté des négociations entre la Chine et l’Islande sur la possibilité de finaliser un accord de libre-échange entre les deux pays.
Toutes ces étapes ont été franchies dans le but de créer un climat favorable aux entreprises et aux entrepreneurs islandais, pour leur permettre de trouver de nouveaux marchés et d’en saisir les occasions d’investissement. Mais la priorité reste bien sûr toujours sur le marché européen qui représente soixante-dix pour cent de nos échanges.
Tournons-nous à présent vers les changements intervenus dans notre économie.
Les pouvoirs publics ont favorisé la libéralisation des échanges de façon délibérée, tout en diminuant l’intervention de l’Etat dans la vie économique. L’accent a été mis ces quinze dernières années sur des mesures durables destinées à renforcer la croissance. Le gouvernement a amélioré sensiblement le cadre juridique des entreprises, la flexibilité du marché du travail, et il existe en Islande un système puissant et efficace de retraite par capitalisation.
Trois des plus grandes banques d’affaires, il y a quelques années seulement, étaient propriété de l’Etat. Le gouvernement a privatisé les banques, ce qui a libéré un savoir-faire et permis des investissements qui ont profité au développement et à l’expansion des entreprises islandaises. La croissance des services financiers a été rapide, l’accès des sociétés et des particuliers au crédit a augmenté et les taux d’intérêt ont baissé. Il en a été de même pour la plus grande société de télécommunications qui a été privatisée, et le produit de sa vente, ainsi que celui de la vente des banques, ont été mis à profit pour améliorer l’état des finances publiques tout en diminuant la dette. La solidité des finances publiques a permis de diminuer le service de la dette et d’affecter une partie des sommes dégagées à l’amélioration de l’éducation et des services sociaux.
Un autre volet des réformes du gouvernement a consisté à simplifier l’impôt sur les sociétés dont le taux a été abaissé de trente-trois pour cent en 1995 à dix-huit pour cent en 2002. Rappelons que ce taux était de cinquante pour cent en 1990. Les impôts sur les bénéfices ont été nivelés, et un taux unique de dix pour cent taxe aujourd’hui les intérêts financiers, les dividendes et les autres revenus financiers.
L’ensemble de ces mesures gouvernementales ont permis de dynamiser l’activité économique. Cette croissance, mise au service des entreprises, malgré la baisse de l’impôt sur les sociétés, a permis une augmentation sensible des revenus de l’Etat.
L’impôt sur le revenu des personnes physiques a baissé également, les droits de successions ont été diminués et harmonisés, tandis que l’impôt sur la fortune a été supprimé.
L’impôt sur le revenu, fixé à 24,75 % en 1995, sera porté à 21,75 % en 2007. Un impôt spécial sur les hauts revenus, qui représentait sept pour cent des revenus en 2002 a été supprimé.
Les pouvoirs publics ont volontairement diminué les engagements de l’Etat en apurant les comptes de la caisse de retraite des fonctionnaires, en plaçant les cotisations sur un compte auprès de la banque d’émission et en diminuant le service de la dette. Les dettes de l’Etat en 1995 représentaient 52,3 % du PIB, mais ne devraient plus représenter que 17,8 % en 2006. Les dettes nettes de l’Etat, dans le même temps, sont passées de 35 à 5,6 pour cent du PIB. La solidité du système de retraite dont la capitalisation atteint aujourd’hui 120 pour cent du PIB, gage de garantie pour l’avenir, et une gestion financière saine ont permis à l’Etat islandais d’améliorer sa note auprès des agences de cotation étrangères.
Une croissance forte et rapide ainsi qu’un accès aisé au financement, les investissements des sociétés islandaises à l’étranger et inversement de sociétés étrangères dans l’industrie de l’aluminium, ont mis à l’épreuve la capacité d’assimilation de l’économie.
La consommation des ménages a progressé grâce à l’augmentation du pouvoir d’achat, les prix de l’immobilier ont grimpé et le déficit du commerce extérieur s’est accru. Les investissements liés à la construction de barrages et à l’industrie de l’aluminium, et les emprunts contractés par les sociétés pour financer leur expansion expliquent en partie ce déficit. L’endettement extérieur des particuliers s’est accru tandis que la dette de l’Etat baissait rapidement. L’inflation cependant est restée faible selon l’indice européen normalisé des prix à la consommation. Elle a progressé sur les douze derniers mois de 1,2 pour cent contre 2,2 pour cent sur l’ensemble de la zone. La couronne islandaise s’est appréciée et les Islandais ont bénéficié du marché du travail européen en faisant appel à la main d’?uvre étrangère, notamment dans le secteur du bâtiment et l’industrie lourde.
On estime que le déficit du commerce extérieur diminuera lorsque les investissements dans les secteurs hydroélectriques et de l’aluminium prendront fin. Il devrait fléchir aussi du fait de la diminution de la consommation privée, de celle des importations liées aux investissements industriels, tandis que les recettes d’exportation augmenteront grâce aux revenus plus importants tirés de la vente de l’aluminium.
Le gouvernement reste cependant vigilant et prendra les dispositions adéquates si la demande intérieure demeure soutenue l’an prochain. Mais tournons-nous vers l’avenir : la situation des finances et de l’économie reste saine et le plein emploi est assuré. La diminution des impôts, les privatisations, l’amélioration du climat des entreprises et la puissance des fonds de retraites constituent les piliers de notre politique.
Un système éducatif approprié est une condition nécessaire au succès des entreprises islandaises sur les marchés extérieurs. Ce système, tout en donnant aux Islandais une formation de qualité, encourage ceux qui en ont la capacité et la volonté à poursuivre leurs études à l’étranger. De très nombreux Islandais l’ont fait, souvent durant plusieurs années, et ils en sont revenus non seulement plus instruits, mais avec des relations et une expérience personnelle qui leur servira dans cette période d’expansion.
Nos investissements accrus dans la recherche et le développement ont eu deux conséquences. Les Islandais sont dans le peloton de tête, avec une contribution de trois pour cent pour la recherche et développement proportionnellement au PIB. La part des entreprises dans l’effort de recherche s’est par ailleurs inversée. Il était de trente pour cent, il y a quelques années, et il est aujourd’hui de soixante-cinq pour cent. L’Etat, dans le même temps, a accru sa contribution qui représente 1 % du PIB, un pourcentage élevé à l’échelle internationale.
Mais répondons maintenant à l’autre question posée précédemment. D’où vient l’argent qui a financé les investissements accrus des sociétés et des entrepreneurs islandais dans le monde ces dernières décennies. Il n’existe pas de réponse unique à cette question car les investisseurs peuvent choisir aujourd’hui entre des moyens de financement variés. Une société bien implantée a de multiples possibilités de financement, qu’elle soit islandaise ou non. Mais en répondant à cette question, on oublie trop souvent le rôle déterminant des fonds de retraite dans l’économie islandaise, en particulier dans leurs investissements à l’international. Le système de retraites islandais, je l’ai dit précédemment, repose sur la capitalisation. Cela signifie que chaque mois salariés et employeurs versent sur un fond des sommes qu’il fait fructifier. C’est pour cette raison que le système de retraite islandais n’est pas confronté aux mêmes difficultés que de nombreux autres pays d’Europe. Les fonds de retraites ont répondu aux opportunités d’investissements qui se présentaient à l’étranger et ont accompagné l’expansion croissante des entreprises islandaises à l’international.
Chers amis,
Je suis convaincu que le déploiement des entrepreneurs islandais à l’étranger repose sur de solides fondements. Il est évidemment impossible d’exclure que des erreurs soient commises, et il est dans la nature des choses que tous les investissements ne portent pas leurs fruits. Ceux qui prennent des risques doivent être prêts à essuyer des pertes comme ils sont prêts à recueillir des profits. Mais cela ne change en rien le fait que le climat économique dont les entreprises islandaises bénéficient est un des meilleurs qui existent. Des classements internationaux placent l’Islande au quatrième rang mondial en matière de compétitivité. L’Islande est au deuxième rang dans le monde en termes de niveau de vie et c’est le pays où la corruption est la plus faible. Il ne faut pas bien sûr prendre toutes ces comparaisons internationales pour argent comptant. Elles indiquent cependant que l’économie islandaise est dynamique et prête à répondre aux contraintes, mais aussi aux opportunités d’un monde globalisé.




