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Bulletin mensuel

L´ACTUALITÉ ISLANDAISE EN AVRIL 2006

POLITIQUE EXTÉRIEURE

1) Discours de politique étrangère du ministre Geir Haarde devant le Parlement (avril 2006)

Comme il est d’usage au Parlement islandais, le Ministre des affaires étrangères a prononcé le 6 avril un « discours-rapport » assez exhaustif, où il a passé en revue les principales questions de politique internationale, et les positions de son pays à leur égard. Ont ainsi été traités :

a) l’évolution récente de la situation internationale et les nouvelles menaces apparues
Alors qu’il y a six mois des perspectives favorables étaient entrevues dans certaines régions « chaudes » de la planète, les derniers évènements ne sont guère rassurants : attitude du gouvernement iranien concernant le problème nucléaire ; regain d’activité des Talibans en Afghanistan ; victoire du Hamas aux dernières élections palestiniennes ; blocage de la « feuille de route » pour le règlement du conflit israélo-palestinien, etc.

b) la poursuite du processus de réforme de l’ONU

Pour les Islandais, les résultats de la dernière Assemblée Générale sont contrastés. Des avancées ont été enregistrées (création de la « Commission pour la consolidation de la paix » ;  mise en place d’un nouveau « Conseil des Droits de l’Homme ») ; mais ces progrès sont en deçà des espoirs de Reykjavik et sont empreints souvent d’une sorte de réticence à affronter de front les « sujets qui fâchent ». Pour cette raison, l’Islande n’exclut pas d’être candidate au Conseil des droits de l’Homme.

Au passage, le Ministre a rappelé l’attachement indéfectible de son pays à l’ONU, qui justifie sa candidature au Conseil de Sécurité (au nom des cinq États nordiques) pour 2009-2010.

c) la transformation du rôle de l’OTAN au cours des dernières années

L’OTAN, depuis quelque dix ans, a connu une transformation considérable de son rôle. Les menaces de conflits pouvant déboucher sur une conflagration mondiale ont changé d’origine et se sont transportées vers l’Est. Tout cela amène un redéploiement des forces américaines dans le monde. Par ailleurs, l’OTAN et l’Union européenne ont été amenées à coordonner leurs actions et à éviter les doubles emplois.

Reste que l’OTAN demeure, pour ses membres, une « alliance de défense mutuelle » (ce que n’est pas l’UE), et que, dans le cas de l’Islande, cet aspect est renforcé par l’Accord de défense islando-américain signé en 1951, et renouvelé (avec des adaptations) en 1994 et 1996.

On notera, sous ce rapport, que, depuis 1995, l’Île s'est donnée pour but une participation plus active au sein de l'OTAN, et cela malgré l'absence de moyens militaires. Ainsi :

– en 1998, la représentation permanente auprès de l'Organisation a été étoffée, et l’Islande participe au Comité Militaire de l’Alliance

– les Islandais ont participé activement aux débats sur l'élargissement de l'Alliance, appuyant l'entrée des pays de l’Est ;

– lors des crises liées à l'éclatement de la Yougoslavie, ils ont approuvé l'action de Washington, particulièrement sur le Kosovo. Désireux de prendre part aux efforts de maintien de la paix, ils ont fourni du personnel compétent volontaire (unité médicale, police, ingénierie?) à l’OTAN au sein de l'IFOR puis de la SFOR en Bosnie-Herzégovine et de la KFOR (depuis 1999) au Kosovo ; ils ont été (et restent) également présents en Afghanistan ;

– enfin, ils offrent un soutien logistique aux exercices organisés sur leur territoire par l'OTAN (Northern Viking), et en particulier à ceux (Co-operative Safeguard) entrant dans le cadre du Partenariat pour la paix, avec notamment des exercices de protection civile. Les garde-côtes, la police, la défense civile de l'île coopèrent avec les unités provenant de nombreux pays ;

- par ailleurs, les Islandais ont fait construire un garde-côte de 3 000 tonnes.

d) le grand tournant : le « retrait américain » de Keflavik annoncé en mars et programmé pour septembre

Geir a alors rappelé les derniers développements des relations islando-américaines. Le 15 mars, le gouvernement américain a officiellement fait part au gouvernement islandais de son intention de réduire considérablement ses activités à la base de Keflavik à partir de la fin de septembre. Du fait que, depuis l’effondrement du bloc « soviétique » l’Île et sa base n’avaient plus, pour lui, la même valeur stratégique, il a décidé de retirer les avions de chasse F 15 qui y étaient affectés, ainsi que les hélicoptères de sauvetage.

Cette annonce unilatérale survint alors que les négociations pour le renouvellement de l’accord bilatéral de défense de 1951 -un moment suspendues- avaient repris en février, et que les Islandais avaient insisté pour le maintien à la base des moyens de défense aérienne.

Le Ministre ne cache pas que le geste de Washington constitue une grosse déception. Mais, suite aux affirmations des Américains, selon lesquelles ils respecteraient leur engagement de contribuer à la défense de l’Île, le gouvernement islandais a souhaité voir clair dans les intentions de Washington quant à l’application de l’accord de 1951, toujours en vigueur. Aussi, les conversations avec les Etats-Unis ont repris le 31 mars à Reykjavik, Selon le ministre islandais, elles ont porté sur un vaste ensemble de questions liées à la défense et à la sécurité de l’île, mais n’ont pas permis d’aboutir à un accord définitif. Les Etats-Unis préparent un plan de défense ne comportant pas le stationnement permanent de forces aériennes. Les délégations des deux pays se retrouveront à partir de la fin avril (vraisemblablement) en Islande, et il est permis d’espérer qu’ « on y verra plus clair alors ». En cas de résultat insatisfaisant, le gouvernement islandais saisirait, sous une forme à préciser, ses amis de l’OTAN.

Bien entendu, Geir Haarde rappelle, comme il l’a souligné depuis longtemps, qu’il faudra, en tout état de cause, accepter une contribution financière accrue de l’Île, et que les Islandais, qui pendant longtemps, ont bénéficié de la présence et de l’appui des hélicoptères de sauvetage américains, devront prendre en charge le recours à de tels équipements.

e) l’émergence sur la scène mondiale de l’Asie, Chine et Inde principalement

À maintes reprises, les dirigeants islandais ont souligné leur volonté de resserrer les liens de toute nature entre leur petite île et les puissances du monde asiatique. Il s’agit principalement d’exploiter les perspectives favorables ouvertes par la mondialisation, à laquelle les Islandais s’adaptent bien. Avec le Japon, troisième puissance économique mondiale, les efforts sont continus depuis quelques décennies. Les regards se tournent maintenant, de manière significative, vers l’Inde et la Chine, les deux « géants » démographiques, économiques (et politiques ? ?) de l’avenir. Dans quelques décennies, le PIB de la Chine et celui de l’Inde égaleront celui des trois premières puissances. Concernant l’Inde, les entreprises islandaises ont récemment accru leur présence dans des secteurs tels que les pêcheries, la pharmacie, les services. Une Ambassade vient d’être ouverte à New Delhi, onze ans après l’ouverture d’une Ambassade en Chine.

Dans ce dernier pays (où bientôt 100 millions de familles disposeront d’un niveau de vie comparable à celui des Européens), les Islandais ne sont pas inactifs : ils ont signé avec lui un accord sur la protection des investissements, un accord fiscal, un accord sur le transport aérien et le tourisme, et l’on explore actuellement la possibilité de négocier un accord de libre-échange. Des accords analogues pourraient prochainement voir le jour avec l’Inde.

À noter que l’AELE a resserré ses liens (accords divers signés ou en préparation) avec des pays émergents d’Asie du Sud-Ouest, tels Singapour, la Malaisie, lndonésie et Thaïlande. 

 

 2) Relations avec l’Union Européenne : le point de vue de Geir Haarde, ministre des Affaires étrangères

À l’occasion d’une conférence prononcée le 30 mars devant un auditoire de juristes de la Faculté de Droit de l’Université d’Islande, du Ministère des affaires étrangères et de la Cour de Justice de l’Association Européenne de Libre Échange (AELE : Liechtenstein, Islande, Norvège et Suisse), le ministre Geir Haarde a défendu, face aux partisans de l’entrée de l’Islande dans l’Union européenne, le maintien du « statu quo », à savoir l’appartenance au seul Espace Économique Européen (EEE).

a) Rappel historique

Geir a d’entrée de jeu rappelé les conditions dans lesquelles les accords créant l’EEE ont vu le jour.

Dans les années (19) cinquante et soixante, sa position géographique permettait à l’Islande de se tenir à l'écart de la Communauté Économique Européenne, et les particularités de son économie lui dictaient la méfiance face à des politiques communes pouvant nuire à ses intérêts. Tout au plus a-t-elle participé à partir de 1970 à l'Association européenne de libre-échange (AELE).

À la fin des années quatre-vingt, la situation internationale et européenne (création du « marché unique », etc) change. En 1989, Jacques Delors, Président de la Commission de Bruxelles, suggère une négociation entre les Douze (de la CEE) et les Sept (de l'AELE : Autriche, Finlande, Islande, Liechtenstein, Norvège, Suède, Suisse). Il a en vue la création d'un Espace économique européen (EEE), fondé sur le principe des « quatre libertés » (liberté de circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes) et la mise en ?uvre de « politiques d'accompagnement » pour intensifier la coopération culturelle et scientifique, les actions pour l'environnement, etc. Il propose de renforcer l'intégration entre les Dix-neuf, sans que les États de l'AELE subissent ce qu’ils considèrent alors comme les inconvénients d’une adhésion à la CEE (atteinte à leur « neutralité » pour certains, politiques communes?).

L'accord sur l'Espace sera signé en 1992, mais pour Vienne, Stockholm et Helsinki (la Norvège ayant, finalement, dit non par référendum en 1994), il ne constituera qu'une brève parenthèse, avant l’adhésion à l’Union. Il entre en vigueur en 1994 et sera, à partir de 1995, le cadre régissant les relations économiques et organisant des coopérations approfondies entre les deux groupes d'États : d'une part, les membres (les Quinze d’alors) de l’Union européenne, et, d'autre part, l'Islande, la Norvège et le Liechtenstein.

Quatorze années se sont écoulées depuis la naissance de l’EEE et celui-ci demeure en vigueur. C'est qu'il a présenté des avantages pour ceux choisissant de rester hors de l'Union européenne. Geir Haarde rappelle que, pour les Islandais, il a, grâce à la mise en ?uvre des « quatre libertés », contribué à l'expansion des échanges (en particulier commerciaux) entre l'île et le continent. Il supprime divers obstacles (droits de douane, etc) et facilite les contacts entre entreprises. L’EEE a évité, en outre, à l'agriculture et à la pêche les dangers liés à une adhésion à l'Union européenne.

b) EEE ou adhésion à l’UE ?
Le ministre des Affaires étrangères s’efforce ensuite de « démolir » les arguments de ceux (chez les Sociaux-Démocrates actuellement dans l’opposition, mais aussi au Parti du Progrès, présidé par le Premier ministre Halldor Asgrimsson, et allié du Parti de l’Indépendance -dirigé par Geir- au sein de coalitions gouvernementales bipartites depuis 1995) qui jugent l’EEE « dépassé ».

Pour ces « europhiles », l’Espace Économique Européen ne semble plus à terme la solution idéale comme cadre des relations avec l'Union européenne. Dans les domaines régis par l'Espace, la réglementation est effectivement élaborée à Bruxelles par la Commission de l'Union, et les pays de l'EEE qui ne sont pas membres de l'Union européenne n'ont qu'une part limitée dans la prise de décision. En outre, lorsque l’EEE fut « pensé » (en 1989), il comportait deux piliers : la CEE à Douze et l’AELE, le second étant un partenaire non négligeable du premier sur le plan commercial. Depuis, l’AELE s’est réduite à quatre membres, dont l’un (la Suisse) a refusé de ratifier l’EEE. Son poids politique et économique a diminué. L’Union européenne accorde, de ce fait mais aussi du fait de son élargissement de 2004, un intérêt moindre aux pays « marginaux » que sont l’Islande et la Norvège.

Geir réplique à ces détracteurs de l’Espace que le problème de la « prise de décision » est un faux problème : presque toujours, UE et AELE sont en fait en total accord sur les décisions à prendre. Dans les très rares cas où des différences sont apparues, l’UE a largement tenu compte de ce qu’elle savait être la position particulière de l’AELE. Quant aux « risques de marginalisation » de la Norvège et de l’Islande, le ministre des Affaires étrangères demande des preuves précises (et non de simples détails techniques) des dommages réels subis par ces pays au cours des dernières années.

Surtout, il s’en prend avec vigueur aux conclusions que tirent les « europhiles » des prétendues « insuffisances » de l’Espace : ces derniers voudraient, de ce fait, initier un processus de conversations préliminaires avec Bruxelles débouchant finalement sur une demande d’adhésion. Pour Geir et une bonne partie du Parti de l’Indépendance, ce scénario est fallacieux. On sait à l’avance ce que Bruxelles répondra : négocier avec l’Union signifie accepter la « Politique Commune des Pêches », pour laquelle aucune « exemption permanente » ne sera accordée ; c’est donc accepter la gestion des pêcheries par la Commission (le fait que le Commissaire chargé des pêches soit un jour un Islandais ne changerait rien au principe de la compétence de la Commission), et l’éventuelle arrivée dans les eaux islandaises de navires en provenance de pays de l’Union. En outre, pour Geir, la PCP dans son ensemble s’est toujours inspirée de principes (elle est un aspect de la politique de développement régional) et de pratiques (subventions) inadaptées au cas islandais.

Le Ministre a par la suite mis en relief divers inconvénients de l’adhésion : elle coûterait cher au Trésor islandais, le pays vu son degré de développement étant un « contributeur net », c’est-à-dire que le coût de l’adhésion serait annuellement supérieur aux avantages reçus par l’économie nationale.

Les partisans de l’adhésion déclarent que, en raison de l’extension à l’Islande de la Politique Agricole Commune, les prix des denrées alimentaires baisseraient dans l’Île. Pour Geir Haarde, ces prix peuvent diminuer grâce à une simple baisse des droits et charges frappant certaines importations, décidée à Reykjavik (ou du fait d’accords à venir dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce).

 Quant aux avantages que les partisans de l’adhésion prétendent liés à une participation à la zone euro et à la politique monétaire de l’Union, Geir Haarde les conteste radicalement. En raison, principalement, de la forte croissance de son économie durant les récentes années et des risques de « surchauffe », l’Islande a été amenée à augmenter de façon significative ses taux d’intérêt. Les taux d’intérêt « européens » ne seraient pas adaptés à l’Île, pas plus que les taux d’intérêt islandais ne le seraient à l’Allemagne, par exemple. En outre, les caractéristiques structurelles particulières de l’économie insulaire (rôle des pêcheries dans les exportations, etc) sont de nature à empêcher la participation à une zone euro, où le taux d’intérêt ne sera jamais fixé en fonction des exigences propres à un petit pays « marginal ».

Pour conclure, Geir Haarde a mis l’accent sur les perspectives qu’offrent à une Islande « hors Union Européenne » (donc non dépendante de la Politique Commerciale Commune) les avancées de la globalisation. Les États membres de l’AELE (et donc de l’EEE) signent librement avec des pays tiers des accords de libre-échange. Ainsi l’Islande devrait prochainement explorer la faisabilité d’un tel accord avec la Chine? .

 

3) Allocution de Geir Haarde sur « l’ Islande et les Nations Unies »

Le 6 avril, Geir Haarde a, à la Maison Nordique de Reykjavik, prononcé une brève allocution sur les liens étroits unissant l’Île aux Nations Unies depuis leur fondation. Le texte (en anglais) de ce discours se trouve sur le Site Internet du Ministère des Affaires étrangères (www.mfa.is).

 

ÉCONOMIE

 1) Allocution du Premier Ministre Halldor Asgrimsson lors de la réunion annuelle de la Banque Centrale

Le 31 mars, le Premier Ministre Halldor Asgrimsson a commenté les derniers développements de la conjoncture économique lors de la réunion annuelle de la Banque Centrale (dirigée par son prédécesseur David Oddsson). Les replaçant dans le cadre plus large de l’évolution à moyen et long terme, il n’a pas manqué de souligner les succès enregistrés depuis 1995, en matière de croissance, de niveau de vie, d’emploi, de réduction des déficits publics. Quant aux tendances à la « surchauffe » et aux risques inflationnistes, ils étaient prévus de longue date, et la politique budgétaire avait mené une politique d’austérité, notamment en réduisant fortement les investissements publics ; tandis que la Banque Centrale, en augmentant constamment les taux d’intérêt, pratiquait une politique monétaire restrictive.

Des dérapages « inflationnistes », et un creusement du déficit de la balance courante plus fort qu’anticipé, sont venus compliquer les choses à partir de l’automne 2004. L’origine de ces phénomènes est à rechercher d’abord dans la politique de crédit des banques, qui ont, dans un premier temps, mis à la disposition des Islandais des prêts pour le logement moins chers que ceux consentis par le Fonds d’aide au logement, puis ont massivement prêté aux particuliers pour d’autres achats (dont des biens importés) ainsi qu’aux entreprises pour des investissements. Hausses des prix et déficits extérieurs en résultèrent, malgré les mesures d’austérité du gouvernement.

La baisse de la couronne qui s’ensuivit eut des effets contrastés. Parmi ses effets positifs, elle provoqua un renchérissement des produits importés (matériels divers, énergie, automobiles), lequel freina les achats à l’étranger, donc les dépenses de consommation des particuliers. Un rééquilibrage de la balance courante est en vue, que favorisera ultérieurement la mise en production des usines d’aluminium, source importante d’exportations.

La hausse des taux d’intérêt, récemment décidée par la Banque Centrale, devrait contribuer à l’amélioration future de la conjoncture. Le « boom » immobilier, principal facteur d’inflation depuis 2004, va s’atténuer, pour peu que les banques « jouent le jeu ».

Les grandes agences de notation (malgré les mises en garde de certaines), les experts de l’OCDE venus en Islande récemment, et ceux du FMI convergent sur une appréciation positive des perspectives économiques de l’Islande. La diversification des activités productrices se développe chaque jour, rendant ainsi l’île moins « vulnérable ». Elle est encouragée par les Pouvoirs Publics, qui ont consenti des efforts substantiels pour l’enseignement supérieur (accroissement des moyens financiers : 80 % en termes réels pour les huit dernières années), la recherche et l’innovation (où le secteur privé apportera sa contribution).

Le Premier ministre, prenant acte du caractère crucial du financement du logement, a chargé un groupe de travail, d’étudier à fond cette question et celle du rôle à venir du Fonds d’aide au logement. Des réformes seront proposées à bref délai.

Par ailleurs, de nouveaux projets industriels à « forte intensité énergétique » seront réalisés dans les 10 à 15 prochaines années. Les ressources énergétiques sont, pour les Islandais, ce que sont les richesses pétrolières pour d’autres. Elles doivent contribuer au progrès économique et social de la nation. À condition bien entendu d’être exploitées en s’entourant de précautions pour ne pas « déstabiliser » l’économie de l’île.

 

2) Intervention de Arni M. Mathiesen, ministre des Finances, à l’occasion d’un colloque sur l’économie islandaise, organisé par la « Royal Bank of Scotland » et la Chambre de Commerce germano-islandaise à Francfort-sur-le-Main

Arni M. Mathiesen, ministre des Finances, a, au début du mois, présenté quelques « remarques préliminaires », à l’occasion d’un colloque sur l’économie islandaise, organisé par la « Royal Bank of Scotland » et la Chambre de Commerce germano-islandaise à Francfort-sur-le-Main.

On sait (« Bulletin » de mars 2006) que, dans les milieux financiers et les médias islandais et internationaux (en France, on a pu lire un article de G. Lemarquis dans « Le Monde » daté du 6 avril, et deux articles de J.M. Philibert dans « Le Figaro » du 6 avril), des interrogations et des controverses sont récemment apparues concernant la réalité et l’importance de « déséquilibres » affectant l’économie et la monnaie (chute rapide de la couronne après une longue période d’appréciation) de l’Île depuis février. Arni M. Mathiesen a tenu, en introduction à cet important colloque, à replacer dans un cadre très large l’évolution présente de la conjoncture islandaise.

D’entrée de jeu, l’orateur donne quelques exemples du dynamisme de l’économie nationale : croissance moyenne annuelle du PIB de 4,5 % pour la période 1996-2005 (3 % dans la zone OCDE), croissance moyenne annuelle du revenu disponible réel par habitant de 4,5 % pendant la même période ; taux de chômage tombé actuellement à moins de 2 %, concomitant avec un apport substantiel de travailleurs migrants, etc. Certes, la balance courante a connu ces dernières années un déficit croissant, en relation avec l’importation des équipements nécessaires à la réalisation des « grands projets industriels » (aluminium, centrales électriques) et les importations des ménages dont l’aisance (revenus en hausse, patrimoine immobilier valorisé, etc) a stimulé la demande. Mais ce déficit va progressivement se résorber, et d’abord le déficit commercial (importations en décrue, exportations d’aluminium en progrès), et le retour à l’équilibre est en vue.

Arni a alors tenté de discerner les causes de la vigueur incontestée de l’économie de son pays. Les réformes structurelles de la dernière décennie y sont sans doute pour beaucoup, dans la mesure où elles ont contribué à « libérer les énergies » et à susciter des initiatives dans les branches les plus diverses. Par exemple l’industrie reposant sur les hautes technologies, pratiquement inexistante en 1995, représente 4 % du PIB actuellement. Dans le même temps, le flux annuel des touristes étrangers est passé de 160 000 à 360 000. Les banques, privatisées il y a quelques années, ont depuis lors, quadruplé en taille et leurs profits ont été multipliés par 10. Il va sans dire également que l’appartenance de l’Islande à l’Espace Économique Européen a joué un rôle essentiel.

Mais pour le Ministre des finances, pour comprendre le « miracle » islandais, il faut remonter plus loin dans le passé. Par exemple à la loi de 1948 posant le principe de la « souveraineté nationale » sur les eaux territoriales et au long combat qui s’ensuivit jusqu’en 1975 en vue de la mise en ?uvre de ce principe. À prendre compte également la « domestication » des ressources énergétiques renouvelables et la création d’un secteur industriel (aluminium) fondé sur le recours intensif à ces ressources (usine Alusuisse-Alcan, en 1970 ; usine Nordural au cours des années 90 ; usine Alcoa dans l’Est, actuellement).

Le système financier a été bouleversé en profondeur dès 1969 par la création des fonds de pension, rendus obligatoires en 1974, et renforcés par la suite. Ils seront de même à répondre à l’avenir au défi du vieillissement progressif de la population.

Un des outils majeurs des progrès de l’économie insulaire a consisté dans l’adoption dans les années (19)80 et en (19)90 d’un système rationalisé de gestion des pêcheries, à l’origine d’une transformation efficace des entreprises de la branche, d’une certaine concentration et de liens accrus avec le réseau bancaire, progressivement libéralisé.

Enfin, pour Arni Mathiesen, les nombreuses privatisations des dix dernières années (jusqu’à celle -spécialement réussie- de la Compagnie des Télécommunications en 2005), la pratique d’une politique budgétaire avisée privilégiant les excédents du secteur public et la réduction spectaculaire de la dette publique comme pourcentage du PIB (un des plus faibles de la zone OCDE), la définition en accord avec la Banque Centrale d’une politique monétaire nouvelle en 2001, les réformes fiscales et baisses d’impôts : tout cela a créé un environnement particulièrement favorable pour entreprises et banques, qui sont en bonne santé. Elles attirent certainement convoitises (et critiques mal fondées) de la part de concurrents jaloux d’une telle prospérité et d’une faculté de résilience accrue, au-delà des péripéties de la conjoncture.

 

3) Allocution du Premier Ministre devant le Congrès (annuel) des employeurs d’Islande

Le 25 avril, le Premier Ministre Halldor Asgrimsson a commenté l’évolution récente de la conjoncture économique lors du Congrès annuel de la Confédération des employeurs islandais.

Il a pris acte de certaines inquiétudes apparues sur les marchés, suite à la baisse du taux de change de la couronne, et a rendu responsable de ces inquiétudes la mauvaise connaissance des fondamentaux de l’économie nationale sur les marchés et dans les médias étrangers. La tâche du gouvernement et des institutions financières islandaises est de « rectifier le tir » et de faire savoir au monde que l’économie de l’Île est forte et peut résister à des chocs extérieurs.

Halldor a d’abord pris le cas du taux de change. Celui-ci a évolué exagérément (à la baisse) dans les dernières semaines. Il ne faut pas oublier que les marchés financiers sont spéculatifs, ont, au moindre choc, tendance à « surréagir » et sont « moutonniers ». Le niveau de la couronne avait pendant longtemps été excessivement élevé ; de là il a « plongé » trop fortement. Un « réajustement » se fera, mais, dans l’intervalle, l’inflation aura augmenté sensiblement : elle redescendra toutefois à 2,5 % vers la fin 2007.

La baisse actuelle de la couronne aidera au rééquilibrage de la balance courante, très déficitaire en 2005 : les importations en effet vont se tasser.

Puis le Premier ministre exclut tout risque de récession brutale dans les années à venir. Les nouvelles prévisions du Ministère des Finances évaluent à 2 % le taux de croissance du PIB en 2007, et à 2,5 % la croissance en 2008-2010 (moyenne annuelle). Ce rythme est supérieur à celui envisagé pour la plupart des États européens. Halldor souligne en outre que la flexibilité, la résilience et la capacité d’adaptation aux chocs extérieurs sont bien plus marquées en Islande que dans les pays voisins.

Autre atout : la participation des femmes au marché du travail, communément considérée comme une source d’avantages substantiels, est de 79,4 %, soit le meilleur résultat de la zone OCDE (moyenne : 56 % seulement). Il en va de même pour la participation des seniors.

Halldor Asgrimsson s’efforce dès lors de réfuter les arguments de ceux qui préconisent « une autre politique ». Parmi leurs arguments, on trouve une critique des privatisations : il continue à penser qu’elles ont eu l’immense avantage de libérer des énergies et de stimuler ainsi la croissance. On a également mis en cause les baisses d’impôts ; auxquelles Halldor impute un pouvoir d’attraction substantiel pour les sociétés et une plus forte participation des individus au marché du travail. En outre, elles ont accru le pouvoir d’achat des ménages, se substituant à des hausses de salaires généralisées.

Pour d’autres opposants à la politique gouvernementale, la politique budgétaire n’a pas été empreinte d’une « rigueur » suffisante. Bien entendu, il ne pouvait être question de sacrifier des dépenses incompressibles en matière de santé, d’éducation ou d‘avantages sociaux. Mais des investissements publics ont souvent été retardés, voire annulés. L’excédent budgétaire en 2006 sera, en tout état de cause, supérieur aux prévisions. Et puis il ne faut pas oublier que, dans le même temps, des sceptiques ou des opposants réclament de nouvelles dépenses.

La politique du logement a été, par ailleurs, la cible d’attaques virulentes. Le chef du Gouvernement ne nie pas l’existence récente d’une « bulle immobilière ». Mais il y voit la conséquence d’une politique excessivement laxiste des banques et institutions financières, auxquelles il recommande une attitude plus responsable et prudente.

Les investissements dans les industries à haute intensité énergétique ont été mis en cause dans divers cercles : on a oublié leur impact décisif sur la croissance, et sur la création d’emplois, dans uns nation où la démographie -plus positive que dans beaucoup d’États européens- rend nécessaire une progression affirmée de l’économie.

De la même façon, on s’en est pris aux importants investissements islandais à l’étranger, facteur de risques. C’est oublier que leur part du PIB en 2005 avec 33 % environ était inférieure à celle observée au Danemark (50 %) ou en Suède (60 %).

Pour conclure le Premier ministre a dessiné quelques perspectives, concernant notamment la diversification du tissu économique. L’effort principal doit porter sur les nouvelles technologies, seules à même de donner à l’économie une compétitivité accrue, et une résistance significative aux chocs et fluctuations extérieurs. À cet effet, le Conseil de la Politique Scientifique et Technologique, établi en 2003, a déjà fait un travail remarquable (universités, recherche). Il va se transformer en « Conseil Scientifique de la Nouvelle Entreprise » et s’ouvrira à deux nouveaux membres, provenant du monde des affaires.

D’autres projets retiennent l’attention du Premier ministre. D’abord, la baisse des prix des produits alimentaires, pour laquelle un groupe de travail a été désigné en janvier. Ensuite l’amélioration du niveau de vie des personnes âgées, des mesures nouvelles pouvant intervenir dès le budget 2007. Enfin, les problèmes des handicapés.

Dans ses derniers mots, Halldor réaffirme que la réalisation de nombreux projets d’avenir visant à offrir aux Islandais une vie meilleure est étroitement liée à la capacité du pays à améliorer sans cesse ses résultats dans le domaine de la production des biens et des services.

4) Du côté de l’aluminium

Le groupe américain Century Aluminium, propriétaire de l’usine Nordural, située à Grundartangi, au Nord-Ouest de Reykjavik, et ouverte en 1998, a depuis lors, par phases successives, agrandi la capacité de production de cette unité, passée de 60 000 tonnes à l’origine à 220 000 tonnes en 2006. Elle vient de décider une nouvelle extension : soit 260 000 tonnes à la fin de 2007.


5)   
La consommation des ménages

Dans sa « Lettre hebdomadaire » en date du 27 avril, le Ministère des Finances rappelle que la consommation des ménages va, en raison de la récente baisse de la couronne et du recul du cours des actions, décliner en 2006, 2007 et 2008. Doit-on comparer cette régression à celle enregistrée lors de la récession de 2001-2002 ? Non, selon le Ministère. Plusieurs raisons à cela. D’une part, la chute de la couronne est moins forte qu’en 2002. Par ailleurs, le pouvoir d’achat des ménages ne sera pas frappé aussi sévèrement. Leur richesse (patrimoine immobilier, revenus en provenance des fonds de pension, etc) est nettement supérieure à ce qu’elle était en 2000. Les « grands projets industriels » vont se poursuivre en 2006 et ne s’achèveront qu’en 2007-2008, distribuant du pouvoir d’achat. En outre, les baisses d’impôts réinjectera du revenu disponible. La consommation des ménages tombera de +11,5 % en 2005, à +2,2 % en 2006, 0,5 % en 2007 et 0,8 % en 2008 pour remonter à 1,3 % en 2009.

 

PUBLICATION

Le Ministère des Finances a sorti le 25 avril, une étude assez exhaustive (plus de 60 pages), sur les deniers développements de la situation économique islandaise et sur les perspectives d’ici à 2010. Nous donnons, en annexe, les conclusions de cette étude et y reviendrons dans le « Bulletin » de mai. Nos lecteurs peuvent télécharger le texte complet, en anglais, sur le Site Internet du Ministère (http://eng.forsaetisraduneyti.is/).

  

SOCIÉTÉ

1)  Les naissances en 2005

Un récent communiqué de l’Office des Statistiques informe qu’en 2005 4 280 naissances ont été recensées. Le taux de fertilité des Islandaises était de 2,1, le plus élevé en Europe après celui de la Turquie. Ce taux, qui a culminé durant les années (19)60, autour de 4,3, est redescendu depuis lors et semble s’être stabilisé à partir du début des années (19)90.

On a enregistré durant les dernières décennies une élévation de l’âge moyen des mères pour leur première naissance : 21,3 ans à la fin des années (19)70 ; 26 ans pour la période 2001-2005.

Le pourcentage des naissances en dehors du mariage (« légal ») est le plus élevé d’Europe : environ 2/3. La plupart des enfants sont nés de parents « co-habitants » ; seulement 14,4 % sont nés de femmes vivant sans le père.

Le pourcentage des enfants nés de parents mariés, faible pour les premiers nés, augmente nettement avec les naissances suivantes.

2)  L’Université d’Islande vise à l’excellence

Le Recteur de l’Université d’Islande, Mme Kristin Ingolfsdottir, vient de lui assigner un objectif spectaculaire : figurer parmi les cent meilleures Universités du Monde. Divers classements ont été effectués récemment, parmi lesquels un des plus « fiables » paraît celui effectué par une Université chinoise, « Shanghai Jiaotong University », compte tenu des critères de sélection retenus. Parmi les étudiants islandais boursiers se rendant à l’étranger, 12,3 % se sont inscrits dans une des 100 meilleures universités pour la période 1996-2005 (américaines ou européennes, selon les « droits d’inscription »)

Pourquoi ne pas leur offrir sur place, en Islande, ce qu’ils cherchent ailleurs ? (le plaisir de voyager et de rencontrer « autre chose et d’autres gens » n’est pas pris en compte) : telle est l’idée du Recteur.

3)  Amélioration des retraites

Dans sa « Lettre hebdomadaire » en date du 6 avril, le Ministère des Finances rappelle que les pensions du minimum vieillesse versées par la Sécurité Sociale aux plus démunis (ne bénéficiant pas ou peu du système des Fonds de pension, rendu obligatoire en 1974) ont augmenté de 80 % par personne entre 1995 et 2005, alors que le coût de la vie a monté de 41 %.

Pour 2006, le budget en cours d’exécution a alloué 19 milliards de couronnes à cette dépense spécifique.

  

À NOTER

Cette lettre (comme les suivantes) ne comporte (sauf rare exception) que des informations politiques, économiques et sociales sur l'Islande, à l'exclusion de "nouvelles" de nature culturelle et/ou artistique, et d'informations sur les manifestations islandaises en France et françaises en Islande.

Il existe en effet des sites ou des organes d'information qui fournissent ces autres informations. On signalera tout particulièrement :

1) la Revue "Courrier d'Islande" (trimestrielle) que l'Association "France-Islande" envoie par courrier postal à ses adhérents.

Pour en savoir plus sur cette Association, ses activités, la Revue citée et le site Internet de " France-Islande ", le contact est le suivant :

Association "France-Islande" (Président : M. Jean Le Tellier) ; 31 avenue Thierry

92410 Ville d'Avray

e-mail :jean@jlet.net

Site Internet : www.france-islande.com (avec forum)

2) le site, très riche, du Département d'études nordiques de l'Université de Caen, qui a été récemment rénové :

http://www.unicaen.fr/etudesnordiques

On trouve une belle collection de liens (universitaires, culturels, artistiques, médias, etc.) sur la page islandaise de ce site, ainsi qu’une bibliographie très fournie sur les ouvrages de la littérature nationale (ancienne et contemporaine) traduits en français.

3) l'excellent site de Christian et Marie-Françoise Gilabert, " Islande, au pays de la création du monde " : http://perso.wanadoo.fr/saga.gilabert

Ce site est une mine de renseignements pour tous les amoureux de l'Islande et notamment pour tous ceux qui envisagent de voyager dans le pays.

ANNEXE : LA CONJONCTURE ÉCONOMIQUE ISLANDAISE, Présent et Perspectives (résumé des conclusions de l’étude publiée par le Ministère des Finances, le 25/4/2006)

La croissance du PIB en 2005 (+ 5,5 %) s’est révélée plus forte qu’attendue. En effet, la consommation des ménages et les investissements industriels, joints à des pratiques nouvelles du système bancaire, ont poussé très fort l’expansion. Pour l’année 2006, celle-ci devrait se situer aux alentours de + 4,8 %. Ses composantes changeront quelque peu ; la consommation intérieure et les importations fléchiront, tandis que les exportations d’aluminium croîtront. Le départ des forces américaines de Keflavik aura un léger effet « récessif », provisoire, de nouvelles opportunités se faisant jour par la suite.

Le déficit de la balance courante avait été très important en 2005 : 16,5 % du PIB en 2005 ; il déclinera peu en 2006 : 14,4 %, mais reculera à 7,7 % en 2007. Le déclin du cours de la couronne facilitera cet ajustement.

Le chômage est descendu à 1,6 % de la force de travail. Il se redressera légèrement en 2007 : 2,2 %.

L’inflation avait été de 4 % en 2005, la « bulle immobilière » ayant joué son rôle. Maintenant, le prix des logements se stabilise, mais la baisse de la couronne renchérit les prix des produits importés. On s’attend à une inflation de 5,9 % en 2006, qui chutera à 3,5 % en 2007.

Les projections pour 2008-2010 font état d’un retour à la stabilité : croissance et inflation s’établissant à 2,5 % en moyenne annuelle et le déficit de la balance courante à 2 % vers 2010.

D’une manière générale, les experts du Ministère sont confiants dans la compétitivité, la flexibilité et la résilience de l’économie nationale, la forte position du Trésor, et la situation des ménages dont les actifs dépassent de loin le poids des dettes.

 

 

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