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Bulletin mensuel

L’ACTUALITÉ ISLANDAISE AU 15 JUIN 2006

POLITIQUE INTÉRIEURE

UN NOUVEAU GOUVERNEMENT

1) Le départ de Halldor Asgrimsson

Le 6 juin, le Premier Ministre Halldor Asgrimsson, tirant la leçon de l'échec de sa formation (Parti du progrès) aux élections locales du 27 mai (voir bulletin de mai) et en assumant la responsabilité, a fait connaître qu'il avait pris la décision de démissionner de sa charge, et de renoncer à toute fonction ministérielle. Selon lui, un nouveau gouvernement pourrait être rapidement formé sous la direction de Geir Haarde, alors Ministre des affaires étrangères et président du Parti de l'Indépendance (NDLR : le partenaire "fort» de la coalition "bi-partite" PP-PI). Une crise profonde agite depuis peu le Parti du progrès, où diverses tendances et ambitions s'affrontent (s’ajoutant aux divergences séparant de longue date Halldor et ses proches –telle Valgerdur Sverrisdottir ou, avant, Arni Magnusson- et l’habile Gudny Agustsson, le vice-président de la formation

Finalement, après réunion des organes de direction du PP, et intenses consultations entre Halldor et, Gudni Agustsson (également ministre de l’Agriculture), il est décidé qu’un Congrès national du PP se tiendra en août, qui décidera de l’orientation à venir, et renouvellera les instance dirigeantes, Halldor renonçant à la présidence.

Sur le plan gouvernemental, l’entente bipartite conclue en 1995, et reconduite en 1999 et 2003, avec le Parti de l’indépendance, n’est pas remise en cause, et devrait, sauf événement exceptionnel, valoir jusqu’à la fin de la législature (printemps 2007). Les deux partis de la majorité tombent d’accord sur le fait que la direction de la coalition (passée des mains du PI au PP en 2004 ; HalldorAsgrimsson -PP- succédant alors à David Oddsson -PI-) « revienne » au Parti de l’Indépendance, donc au président du PI, Geir Haarde, alors ministre des affaires étrangères.

2) La formation du gouvernement de Geir Haarde

Dès le 10 juin, les deux partis de la coalition s’entendent sur la composition du gouvernement qui entrera en fonctions jeudi 15 juin. Le Parti de l’indépendance le dirige, mais perd un portefeuille, celui de l’Environnement (et de la Coopération nordique), détenu jusqu’alors par Sigridur Anna Thordardottir. Ce ministère échoit au PP, ainsi que le portefeuille des affaires étrangères, laissé vacant par Geir Haarde, devenu Premier ministre. Les quatre autres ministres PI (Björn Bjarnason à la Justice, Arni M. Mathiesen aux Finances, Einar Gudfinnson aux Pêcheries, Sturla Bodvarson, aux Communications et Tourisme, et Mme Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir à la Culture et à l'Éducation) conservent leurs attributions.

C’est au sein des ministres « progressistes » que les changements les plus significatifs sont observés. Compte tenu de la petite « crise » qu’avait traversée le parti en filigrane du retrait d’Halldor, il fallait trouver un équilibre entre « tendances » et « personnalités très diverses ». Un élément de stabilité : le vice-président de la formation (qui, lors du Congrès d’août, sera peut-être candidat à la présidence en remplacement d’Halldor, mais n’a pas dévoilé son jeu), reste symboliquement à l’Agriculture. De même Siv Freidsleifsdottir -Secrétaire du PP, naguère tentée par la vice-présidence sans le soutien de Halldor- conserve son portefeuille de la Santé. Le ministre des Affaires Sociales, Jon Kristjansson, quitte le cabinet en même temps qu’Halldor et, parlementaire depuis 21 ans, n’envisage pas de se représenter aux prochaines élections. Enfin, une « fidèle » de Halldor, Valgerdur Sverrisdottir, obtient une « promotion » symbolique et laisse le Commerce et l’Industrie (où elle avait pris fermement position pour les « grands projets industriels », notamment dans l’Est et le Nord, et était une des « cibles » favorites de l’opposition de gauche) au profit des Affaires étrangères, devenant ainsi le numéro 2 du gouvernement.

Trois nouveaux ministres « progressistes » font leur entrée : une élue de Reykjavik, Jonina Bjartmartz, devient ministre de l’Environnement. Un des Directeurs de la Banque Centrale (non parlementaire), Jon Sigurdsson, se voit attribuer la charge du Commerce et de l’Industrie ; tandis qu’un député de l’Ouest, Magnus Stefansson, rompu aux affaires bugétaires, aux problèmes régionaux et locaux et à la question du financement du logement (actuellement inflationniste), est nommé aux Affaires Sociales

3) Les prochaines échéances

Le nouveau gouvernement, entrant en fonctions le 15 juin, ne manquera pas de problèmes à régler, à moins d’un an des prochaines élections. Théoriquement, sa « feuille de route » est établie par l’accord de 2003 renouvelant jusqu’au printemps 2007 la coopération entre PI et PP, et elle ne devrait pas être rediscutée?. sauf « accident imprévu » survenant lors du Congrès du PP.

La situation économique, bien que de nouveaux messages pessimistes aient été délivrés dernièrement par des experts et des médias étrangers, devrait progressivement voir les déséquilibres des dernières années (balance courante, inflation) se résorber. Toutefois, comme le Fonds Monétaire International l’a récemment souligné, les promesses de baisses d’impôts faites en 2003 sont « risquées » et une décision devra être rapidement prise sur ce point.

La politique industrielle « active » et la mise en route de nouveaux « grands projets » (centrales électriques, aluminium), envisagées favorablement par Halldor et Valgerdur Sverrisdottir, seront-elles maintenues ? On peut en discuter, mais la question est de savoir si elles sont pour quelque chose dans l’échec du PP aux élections locales. On manque actuellement de recul pour en juger. On sait toutefois que la Banque Centrale (dont est issu le nouveau ministre, naguère proche de Halldor) a conseillé une certaine prudence, ces projets risquant le cas échéant de générer la « surchauffe ». En attendant, les investisseurs étrangers n’ont aucune raison d’abandonner leurs programmes.

Reste la politique étrangère et de sécurité. Valgerdur Sverrisottir n’a guère eu jusqu’à présent l’occasion d’aborder ces thèmes. Proche de Halldor, sans doute estimait-elle, à titre personnel, qu’une « réorientation à terme » vers l’Union Européenne (et l’euro) constituerait un axe à privilégier, à condition que le débat ait mûri dans l’île et que les forces vives, patronales et syndicales, aient défini avec précision, leurs positions. Le débat n’avancera pas d’ici les élections législatives, car le nouveau Premier ministre semble un peu plus réticent sur ce point, ayant à faire la synthèse des intérêts et des positions multiples existant au sein du Parti de l’Indépendance.

La question de la défense et de la sécurité, dans l’optique du prochain « retrait américain » de Keflavik, reste ouverte. On sait Gerde Haarde soucieux d’arriver à un accord avec Washington quant à l’application du traité bilatéral de 1951. Les « négociations » se poursuivent et devraient se conclure assez rapidement. Les Etats-Unis perdraient beaucoup en « crédibilité internationale » s’ils mettaient à profit l’actuelle « transition » politique en cours dans l’île pour se dégager de toute obligation vis-à-vis de Reykjavik. Mais les considérations budgétaires et le poids d’une bureaucratie militaire américaine, peu sensible aux arguments islandais, réussiront-elles à faire oublier les engagements pris naguère par George Bush avec David Oddsson ? La prévision est risquée.

À moins d’un an des élections, Geir Haarde jouera peut-être sa carrière politique sur l’impulsion qu’il donnera à son gouvernement dans les mois à venir. Il a prouvé qu’il pouvait efficacement servir un Premier ministre à la barre. Quant à entrer lui-même dans l’histoire politique islandaise comme un « homme d’État », c’est là une autre affaire. Tout ne dépend pas de sa personnalité, c’est évident. L’opposition existe (même divisée) ; en outre, en Islande, chaque parti joue son propre jeu (et l’avenir de l’allié « progressiste » est bien incertain). Mais Geir a quelques bonnes cartes en mains, et le bilan des onze dernières années a de multiples facettes positives. Au Premier ministre de jouer. L’électeur tranchera en grande partie. Le jeu des formations politiques concurrentes interprétera ensuite ce vote en termes d’alliances

 

 

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