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Bulletin mensuel

L’ACTUALITÉ ISLANDAISE EN SEPTEMBRE 2006

POLITIQUE INTÉRIEURE

Note liminaire : sous cette rubrique, nous retraçons, d’un mois sur l’autre, quelques-unes des multiples « péripéties » et « mini-crises » qui ponctuent la vie des partis islandais et les « jeux » de la démocratie parlementaire : on ne découvre, au fil de cette chronologie, rien que de très naturel et prévisible dans un régime politique, qui, par certains de ses aspects, ressemble au système français et à celui de nombre de grands pays développés.

Les « non-initiés » et ceux que ne passionnent pas les subtilités des rivalités ou alliances partisanes ou personnelles trouveront à l’occasion notre rubrique longue, pour ne pas dire fastidieuse. Ils peuvent la parcourir « en diagonale » sans se perdre dans les méandres. On leur signale au passage que les épisodes et incidents relatés n’ont souvent qu’une portée limitée. Aspect positif, cependant : ils attestent la vitalité du fonctionnement quotidien, avec ses inévitables « scories », de la démocratie et d’un système représentatif mature et bien rodé.

 

Des dissonances au sein de l’opposition de gauche ?

Dès le début septembre, le président de la « Gauche-Verte » (l’ « extrême gauche » islandaise), l’habile Steingrimur Sigfusson invitait « vivement » ses concurrents de l’ « Alliance » (sociale-démocrate) à préparer en commun les prochaines élections législatives de mai 2007. Dans son esprit, il s’agissait de coordonner leurs objectifs sur certains thèmes politiques et économiques (on sait qu’en politique étrangère, de profonds désaccords séparent les deux formations, l’ « Alliance » ne cachant pas ses sympathies « européennes », à l’opposé de la GV, quelque peu « isolationniste » et nationaliste ; en matière de défense et de sécurité, le fossé est également indéniable, etc.). Mais aussi de se mettre d’accord sur le principe de la formation, après les élections (supposées favorables), d’un gouvernement de la « gauche unie » excluant les partis de la majorité sortante, le petit Parti du Progrès comme le fort Parti de l’Indépendance (près de 42 % des voix, selon les sondages). Les électeurs de l’opposition, selon Steingrimur, attendaient une clarification dès avant le vote.

Un tel « appel à l’union » ne semble pas avoir été du goût des dirigeants sociaux-démocrates, qui le jugent comme une fausse man?uvre, pour le moins prématurée. La présidente de l’ « Alliance », Ingibjörg Solrun Gisladottir (ancienne maire de Reykjavik, en relative perte de vitesse quant à sa popularité personnelle, en même temps que le parti régresse) n’entend pas rompre les ponts avec le PP, dont une partie des cadres et des soutiens sont pro-européens, comme son propre parti. Des politologues laissent même entendre que, si le résultat du scrutin s’y prête, elle irait jusqu’à accepter une formule de « grande coalition à l’allemande » avec le Parti de l’Indépendance, maintenant que celui-ci n’a plus à sa tête son vieil ennemi, l’ancien Premier ministre David Oddsson.

Les « grandes man?uvres « préélectorales, initiées avec le Congrès du PP (voir « Bulletin » d’août), sont, comme toujours, facilitées par le système électoral proportionnel, le pluripartisme traditionnel et l’absence historique de tendance à la bi-polarisation (pas d’affrontement systématique « Gauche Droite »). Chaque formation joue, plus encore qu’ailleurs, sa propre « carte » et elle seule ; et des coalitions inimaginables sous d’autres latitudes sont, une fois l’alliance décidée par les états-majors -très puissants- des groupes, validées par les citoyens.

Au moment où ces débats éclataient, un sondage Gallup montrait que la « Gauche-verte » rattrapait son retard sur l’Alliance. Alors qu’aux législatives de mai 2003, la première n’avait obtenu que 8,8 % des suffrages contre 31 % pour l’ « Alliance », elle grimpait, grâce au caractère direct et « carré » de ses déclarations, à 22 %, sa rivale sociale-démocrate devant se contenter de 25 %, victime sans doute d’un langage considéré parfois comme trop empreint de « langue de bois » ou d’équivoques. De l’autre côté de l’échiquier, le Parti du Progrès stagnait à 9 % et le rebond attendu du changement d’équipe dirigeante et de stratégie opéré lors du Congrès d’août ne semblait pas se produire. Le Parti de l’Indépendance continuait à caracoler en tête des préférences de l’électorat, avec 41 % des intentions de vote (33,7 % des suffrages en 2003). Les Libéraux (anciens « dissidents » du PI) n’obtenaient pas plus de 3 %. 53 % des « sondés » déclaraient approuver la politique de l’actuelle coalition PP-PI.

Le résultat de ces sondages a peut-être troublé les dirigeants de l’ « Alliance » (sa présidente Ingibjörg Solrun Gisladottir et le nouveau président du groupe parlementaire, son vieux rival Össur Skarphédinsson) : toujours est-il que lors de la rentrée parlementaire début octobre, ils ont admis la définition, en cours, d’objectifs communs avec la GV.

 

POLITIQUE EXTÉRIEURE

* DERNIÈRE HEURE : UNE NOUVELLE ÈRE DANS LES RELATIONS ISLANDO-AMÉRICAINES ET DANS LA POLITIQUE ISLANDAISE DE SÉCURITÉ ET DE DÉFENSE (le drapeau américain ne flotte plus, depuis le 30 septembre, sur la Base de Keflavik, vide de ses troupes et de ses équipements, mais Washington s’engage à assurer, en cas de danger, la défense de l’Islande)

Comme nos lecteurs, le savent, l’effondrement du bloc soviétique, dans les années 1990, déboucha sur des changements dans la stratégie des États-Unis, qui, depuis l’ « accord bilatéral de défense » de mai 1951, assuraient la sécurité de l’île avec des moyens militaires conséquents durant la « guerre froide ». Pour beaucoup, à Washington, la base de Keflavik perdit peu à peu sa valeur stratégique. Jointe à des raisons budgétaires, cette considération amena les Américains à « dégraisser » la base, en 1991 et 1994, tant en ce qui concerne les effectifs des troupes que l’importance des équipements (appareils F15, chasseurs de sous-marins Orion, etc). Les Islandais durent s’en accommoder, mais on les assura qu’en 2001 des négociations globales auraient lieu, et que toute modification ultérieure sortirait d’une concertation bilatérale.
Washington, dès 2001, « traîna les pieds », tenta en 2003 de faire passer « en douceur » (et presque en « cachette ») la fermeture de sa Base, mais dut se raviser devant la réaction énergique du Premier ministre David Oddsson. Jusqu’au jour (15 mars 2006) où le gouvernement américain fit part officiellement aux Islandais de sa décision irrévocable de rapatrier ses hommes et les matériels pour la fin de septembre 2006. Des négociations devaient déterminer comment seraient assurées la sécurité et la défense de l’Islande après le « retrait » américain. Engagées dès avril 2006, elles viennent, au terme de plusieurs rencontres, de s’achever et de déboucher sur un projet d’accord. 

Aussitôt le Premier Ministre Geir Haarde, assisté de Jon Sigurdsson, chef du Parti du Progrès, et Ministre par intérim des Affaires étrangères (la Ministre étant à l’Assemblée Générale des Nations Unies), réunit le 26 août dans l’après-midi, les dirigeants des formations politiques de l’opposition, puis la Commission des affaires étrangères du Parlement, pour leur communiquer les grandes lignes de l’accord en cause.

Les documents publiés alors comprennent : 1) un arrangement bilatéral (« Joint Understanding ») sur les mesures décidées en matière de défense ; 2) une convention (« Technical Agreement ») sur le retour à l’Islande de certaines zones et installations ; 3) une déclaration (« Yfirlysing ») du gouvernement islandais sur les tâches nouvelles incombant aux autorités nationales à la suite du retrait des forces américaines.

Selon ces textes, les Etats-Unis, en vertu de leur engagement de contribuer à la défense de l’Île, contenu dans l’accord de 1951, ont mis au point un plan pour la poursuite de cette collaboration et le respect dudit engagement, après le retrait des troupes et des armements d’Islande à la fin de septembre 2006. Le gouvernement de Reykjavik a donné son accord à ce plan dont les modalités ne seront pas, pour des raisons évidentes, rendues publiques. On sait seulement que les forces armées américaines seront prêtes à intervenir (de l’extérieur) très rapidement et avec des moyens appropriés, si la sécurité de l’île est menacée. Des mécanismes de consultation efficaces, aux niveaux décisionnels les plus élevés (y compris militaires) sont prévus, en cas de danger pour l’Islande. En outre, des exercices militaires américano-islandais (et/ou multilatéraux) auront lieu annuellement sur le sol de l’île ou dans l’espace aérien ou les eaux territoriales).

Les Américains ont, par ailleurs, accepté de faire fonctionner les stations radar jusqu’au 15 août 2007. Au-delà de cette date, des conversations s’ouvriront entre Washington, Reykjavik et l’OTAN concernant l’avenir (et le financement) du système, pour lequel une participation de l’Alliance Atlantique pourrait, sous certaines conditions, être envisagée.

Également sera mise à l’étude une coopération accrue entre les Garde-Côtes islandais et les Etats-Unis (exercices conjoints, formation, etc.)

Comme les Américains l’avaient annoncé, ils se retirent définitivement, le 30 septembre au plus tard, de certaines zones (notamment à -et autour de- Keflavik) qui sont rétrocédées à l’Islande et lui confirment le droit d’utiliser certaines installations s’y trouvant, en particulier pour le bon fonctionnement de l’aéroport. L’Islande donne son plein accord pour ces opérations, et se chargera de la remise en état (en particulier sur le plan de l’environnement) des zones en question.

Dans cette optique, une société, sous l’autorité du Premier ministre, mais à laquelle participeront les collectivités locales, va être créée pour étudier et mettre en ?uvre la « reconversion » durable du district du Sudurnes.

Le gouvernement islandais rappelle, qu’il lui faudra, en tout état de cause, prendre une part accrue à la défense de l’Île. Pendant longtemps, elle a bénéficié de la présence et de l’appui des hélicoptères de sauvetage américains ; elle devra désormais prendre en charge le recours à de tels équipements, en même temps que le renforcement des Garde-Côtes (deux hélicoptères et un vaisseau supplémentaires), et l’établissement d’une structure spécialisée de la sécurité nationale. De larges consultations vont être entreprises très prochainement à cet effet. Le Ministre de la Justice Björn Bjarnason, qui s’est déclaré au demeurant satisfait des termes des accords, veillera, entre autres à la mise en ?uvre de cet aspect de la sécurité de l’Île, sur laquelle se penchera un Centre interministériel. Rappelons qu’en Islande, il n’y a pas de Ministère de l’Intérieur, et certains domaines qui, en France, relèvent de la compétence de ce Département, sont du ressort du Ministère de la Justice : on sait en outre que Björn Bjarnason a pris à bras le corps depuis quelques mois nombre de problèmes relatifs à la protection du pays (terrorisme, etc.). Nous y reviendrons en novembre.

Le nouvel « arrangement » qui va être signé le 11 octobre à Washington, pas plus que les « Agreed Minutes » de 1994 et 1996, ne sera soumis à l’Althing (Parlement). On en a parlé évidemment au cours du débat de politique générale ouvert les 3 et 4 octobre après le discours inaugural du Premier ministre, dans le cadre de la rentrée parlementaire. Puis il en sera question dans le débat annuel de politique étrangère qui a lieu en novembre.

D’ores et déjà, les Sociaux-Démocrates ont émis des réserves sur la manière avec laquelle le Gouvernement avait négocié, et rappelé leur attachement à un resserrement des liens (notamment en matière de défense) avec l’Union Européenne. La « Gauche Verte » (extrême gauche hostile de longue date à l’OTAN et à la Base de Keflavik) s’est félicitée du départ des Américains et préconise une politique fondée sur le pacifisme et le neutralisme.     

 

*  La Ministre des Affaires étrangères à l’AGNU à New York

Le 19 septembre et les jours suivants, Mme Valgerdur Sverrisdottir, ministre des Affaires étrangères a participé aux travaux de la 61e Assemblée Générale des Nations Unies à New York, où elle représentait l’Islande. Elle y a prononcé, le 26, dans le cadre du « débat général », une allocution, où elle a souligné :

l’importance de la tâche que la communauté internationale doit encore accomplir pour progresser de manière significative vers la réalisation des objectifs en matière de développement. Des retards et échecs sont intervenus, que Valgerdur regrette : telle la crise affectant les négociations commerciales internationales (suspension des discussions dans le cadre du programme de Doha). La réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement, souscrits par les Nations Unies, se heurte à des lenteurs inadmissibles, dont risquent de pâtir nombre de pays d’Afrique subsaharienne. Des ressources supplémentaires doivent lui être affectées, tant dans le domaine de l’annulation de la dette que dans celui de l’aide publique au développement. L’Islande donne le bon exemple. Dans les trois années à venir son aide aux États pauvres triplera, et, au-delà de 2009, elle est décidée à se rapprocher rapidement de l’objectif onusien de 0,7 % du PIB.

Par ailleurs, en matière d’assistance, Reykjavik est engagée à accroître la transparence, l’appui à la bonne gouvernance, la promotion des droits des femmes (via l’UNIFEM, Fonds de Développement pour la Femme), et la participation à l’UNICEF :  l’Islande est ainsi, par tête d’habitant, le premier donateur mondial.

Partout, la santé et la qualité de la vie, ainsi que l’espérance de vie, sont dépendantes de l’état de l’environnement et des combats menés pour sa protection et son amélioration. Sous ce rapport, les Islandais ont acquis une expertise incomparable, en ce qui concerne les océans et l’énergie. Ils la font partager aux pays du Tiers Monde pour ce qui est de la lutte contre la pollution marine, et de la gestion rationnelle et « durable » des ressources des océans (on notera le travail inestimable, pour l’Afrique et l’Asie, du Département « Pêcheries » de l’Université des Nations Unies de Reykjavik). Ils promeuvent les énergies renouvelables (hydroélectricité et géothermie) et les technologies correspondantes dans le cadre de leurs programmes de coopération et à travers le Département de géothermie de l’Université des Nations Unies. À noter qu’un séminaire international sur l’utilisation potentielle de l’hydrogène par le monde en développement s’est tenu dans l’Île fin septembre.

À la fin de son intervention, la ministre a rappelé que son pays, soutenu par les autres États nordiques, avait déposé sa candidature pour un siège au Conseil de Sécurité (comme membre non permanent) pour la période 2008-2010.

 

*  La ministre des Affaires étrangères à la Chambre de Commerce islando-américaine, à New-York

Le 27 septembre, Mme Valgerdur Sverrisdottir a prononcé devant la Chambre de Commerce islando-américaine, à New York, un important discours. Rappelant les temps où les échanges bilatéraux faisaient des Américains le premier partenaire commercial de Reykjavik, elle a souligné que, malgré la prééminence actuelle de l’Europe (avec l’adhésion à l’EEE), les États-Unis n’en jouaient pas moins un rôle non négligeable (10 % des ventes de l’île). Surtout, les sociétés islandaises qui travaillent ne sont plus seulement des sociétés de produits de la mer (et Icelandair), mais des entreprises de haute technologie (Össur et Marel), des établissements financiers (Landsbanki, Glitnir, KB Bank), des fabricants de médicaments (Actavis, un des cinq grands de la branche). Grâce à la « joint-venture » publique-privée « Iceland Naturally », des denrées alimentaires réputées comme l’agneau et le « skyr »  »(fromage frais) sont présentes. L’Islande partage, d’ailleurs, avec le Canada la seconde place sur la liste des pays dont l’image de marque est associée au concept de pureté naturelle.

Valgerdur a ensuite évoqué la question « brûlante » du « retrait » américain d’Islande (voir plus haut) et se félicite de l’accord intervenu tout récemment concernant la nouvelle politique des États-Unis vis-à-vis de son pays.

Elle a insisté sur les efforts à faire de part et d’autre pour développer substantiellement les échanges commerciaux bilatéraux. On pourrait se reposer la question de l’opportunité éventuelle d’un « accord bilatéral de libre-échange » (du type de celui préparé avec la Chine). Elle a formulé le souhait de voir se multiplier en Islande les investissements américains, qui actuellement, ne représentent que 10 % des investissements en provenance d’Europe. Le gouvernement islandais a depuis quelques années créé un cadre très favorable à la venue de capitaux extérieurs.

Les capitaux des Etats-Unis dans l’Île, même si la Ministre les juge insuffisants en volume, se sont investis dans des secteurs essentiels, telle la mise en valeur des ressources énergétiques (usines d’aluminium). Ils apportent un « plus » inappréciable à l’économie régionale (et même locale), et contribuent au progrès d’une industrie non-polluante, participant ainsi à l’effort international en cours contre les émissions de gaz à effet de serre.

Valgerdur a par la suite évoqué les craintes apparues au printemps de cette année, concernant la situation de l’économie insulaire. Des interrogations s’étaient manifestées dans les milieux financiers et les médias islandais et internationaux. Quelques rapports pessimistes allaient même jusqu’à évoquer le danger d’ « atterrissage brutal » (« hard landing ») de l’économie. Il en résulta une dépréciation rapide du taux de change de la couronne survenant après une longue période d’appréciation, et des remous boursiers.  Le gouvernement de Reykjavik, cependant, garda la tête froide. Constatant que bien des rapports publiés comportaient nombre d’inexactitudes et d’interprétations hasardeuses, il s’attacha à souligner, au-delà de divers déséquilibres réels (inflation excessive, déficit temporaire de la balance courante), les atouts fondamentaux et permanents du pays, ainsi que les effets qu’auraient bientôt les politiques « correctrices » (budgétaire, monétaire, salariale) mises en ?uvre. L’expertise fournie en mai par les Professeurs F. Mishkin (professeur d’Université aux États-Unis) et Tryggvi Thor Herbertsson (Professeur à l’Université d’Islande et Directeur de l’Institut d’Études économiques) joua un grand rôle dans la mise au point d’une information objective pour les Islandais et le monde extérieur.

La Ministre, dans sa conclusion, a évoqué rapidement les problèmes posés à l’Islande par le maintien d’une petite monnaie nationale (la couronne), indépendante et souveraine, mais vulnérable dans un monde où domine la libre circulation des capitaux, et où les chocs extérieurs et la spéculation peuvent menacer cette devise « isolée » et volatile. D’aucuns ont cru qu’on remédierait à ce risque en adhérant à l’euro. Valgerdur ne cache pas que les problèmes impliqués (adhésion à l’Union européenne) sont cruciaux et donnent naturellement lieu à controverses. Par ailleurs, les décisions que prendront Copenhague, Stockholm et Londres sur leur appartenance future à la zone euro seront déterminantes. Mais (comme naguère l’ancien Premier ministre Halldor Asgrimsson), elle estime -à titre personnel- qu’un débat en profondeur et « informé » en Islande sur ce thème ne peut être indéfiniment ajourné, en particulier dans le monde politique, dans la communauté des affaires, et les syndicats. Parce que la décision à prendre n’est pas immédiate, ne serait-il pas absurde d’être rattrapé par le temps, et finalement pris de court ?

Les derniers mots de la Ministre ont été pour prévoir un avenir brillant aux relations islando-américaines. Elle s’emploiera à le faciliter, et cela d’autant plus que les incertitudes liées aux questions de défense sont maintenant levées et ont trouvé une issue favorable.

 

*  Valgerdur Sverrisdottir « ouvre » le Séminaire International sur l’économie de l’hydrogène dans ses rapports avec le développement durable

Le 28 septembre, Mme Valgerdur Sverrisdottir, ministre des Affaires étrangères a « ouvert » le Séminaire International sur l’économie de l’hydrogène dans ses rapports avec le développement durable, parrainé par le gouvernement islandais et le Département des Affaires économiques et sociales des Nations Unies. Comme elle l’a souligné, la dépendance du monde à l’égard des énergies fossiles reste trop grande et a des conséquences négatives en termes de réchauffement de la planète, avec ses répercussions catastrophiques. De plus les énergies fossiles s’épuiseront à long terme. D’où l’impérieuse nécessité de prévoir leur remplacement progressif par des énergies non-polluantes et renouvelables.

L’Islande est engagée sur cette voie depuis longtemps : 70 % de sa consommation énergétique provient de telles sources. Seuls les transports et les navires de pêche ont recours aux hydrocarbures.

Dans les pays pauvres, surtout s’ils ont des réserves de combustibles fossiles, on hésite à lancer des recherches en matière d’énergies renouvelables. Où trouver le financement et les bailleurs de fonds ? L’exemple islandais de la géothermie, initié sur l’Île dès 1961, s’est révélé très « payant » à long terme et d’ailleurs Reykjavik fait partager son expérience à de nombreux pays du Tiers Monde à travers divers projets de coopération. Les Islandais, qui ont pris, avec divers pays, quelques longueurs d’avance en matière de recherche sur l’hydrogène, sont heureux d’envisager une collaboration internationale dans ce domaine, en vue d’apporter une pierre supplémentaire au développement durable, surtout dans le Tiers Monde.        

 

ÉCONOMIE

*  Le PIB par tête en Islande, entre 1980 et 2005 : vers une société d’abondance

Dans sa « lettre hebdomadaire » en date du 21 septembre, le Ministère des Finances note que le Produit Intérieur Brut (en chiffres « réels ») par tête a connu en moyenne une hausse annuelle de 1,5 % entre 1980 et 2005. Le mouvement n’a pas été continu, au fil des années : il y a eu des avancées et des stagnations, en fonction des phases des cycles économiques, toujours plus prononcés dans les petites économies (et l’Islande est un exemple frappant) pour ce qui est de la durée. Ainsi entre 1988 et 1995, le pays a souffert d’une récession et le PIB par tête a stagné ou reculé. La reprise en 1995-96 a renversé la vapeur, libérant des capacités de production inutilisées : le PIB per capita s’est accru annuellement de 3,3 % entre 1996 et 2001. Brève récession en 2002 et il plonge alors de –1 %. Pour les quatre années 2003 à 2006, la croissance moyenne serait de 4,2 %, bien supérieure à celle enregistrée sur le long terme.

Cela étant, en 2004, les calculs de l’OCDE montrent qu’en valeur absolue, le PIB par tête islandais est dans le peloton d’avant-garde de ce groupement de nations. « Ajusté » (à des fins de comparaison) selon la méthode de la parité des pouvoirs d’achats, il avoisinait 32 600 US$, ce qui le met nettement au-dessus de la moyenne de l’Organisation. L’Islande est au sixième rang.

 

*  Révision a posteriori des taux de croissance publiés pour 2005

L’Office des Statistiques d’Islande (www.statice.is) avait publié, à la mi-mars, des données « provisoires » sur la croissance en 2005. Le Produit Intérieur Brut s’élevait, selon ces données à 996 milliards de couronnes et, en termes « réels », avait augmenté de 5,5 % en 2005 (3 % en 2003 ; 8,2 % en 2004).

Le 13 septembre, le même Office a « corrigé » ces estimations. D’une nouvelle étude sur les comptes de la nation, il ressort qu’en 2005 le PIB s’est établi à 1 012 milliards de couronnes et s’est accru de 7,5 % par rapport à 2004 (année où il avait augmenté de 7,7 %, et non 8,2 %, comme on le pensait en mars).

La forte croissance de 2005 s’explique par le dynamisme de la consommation des ménages (+ 12,3 %), la forte poussée des investissements (+37,6 %) liés notamment aux « grands projets industriels » et la progression des exportations de services (+19,9 %). Les investissements ayant entraîné un gonflement des importations de biens et de services, il en est résulté une nette détérioration de la balance courante, dont le déficit représentait 15,9 % du PIB.

Le Ministre des Finances a reconnu que les estimations erronées de mars avaient « gêné » le gouvernement en juin, mais que très vite ses services avaient repris le contrôle de la situation et que la politique économique avait pu s’adapter à cet « excès de surchauffe ».

 

*  Hausse des taux d’intérêt de la Banque Centrale

Les dangers de surchauffe et les tensions inflationnistes restant, pour elle, préoccupants, la Banque Centrale a décidé, le 14 septembre, de relever ses taux d’intérêt, comme elle l’a déjà fait de très nombreuses fois depuis plus d’un an. Le taux de base croît de 0,50 % et s’élèvera à 14 %.

Précisément, l’Institut d’émission constate que si, depuis le début juillet, date de l’avant-dernière hausse des taux, de légers progrès ont été constatés dans l’évolution des prix, et si la progression du crédit est moins nette et la demande intérieure orientée vers un ralentissement indéniable, ces résultats ne sont pas suffisants pour justifier un relâchement de la vigilance. Le déficit des balances commerciale et courante, pour le premier semestre 2006, dépasse les chiffres prévus. Les perspectives à moyen terme de hausse des prix sont trop élevées. Des tensions subsistent sur le marché du travail et sur le front salarial.

 Aussi bien, un « resserrement » supplémentaire a-t-il été jugé inévitable. Un bilan d’ensemble sera effectué ensuite pour le 2 novembre, tenant compte, évidemment, des dernières orientations de la politique budgétaire (ainsi que des finances des collectivités locales).

La décision de la Banque s’inscrit dans la droite ligne des conseils du FMI (et des avis de l’OCDE). Elle a néanmoins provoqué des réactions d’irritation chez les partenaires sociaux, et notamment au patronat. Ce dernier se déclare frappé par ce qu’il considère actuellement comme un réel relâchement de la pression inflationniste. La montée des salaires, que l’accord intervenu le 23 juin entre les partenaires sociaux freine, mais n’arrête pas, lui paraît raisonnable, modérée et peu susceptible de « dérives ». En revanche, les employeurs redoutent un recul assez prononcé de l’activité en 2007, à conséquences récessionnistes, et qui aura été amplifié par la politique des taux de la Banque Centrale. À ce moment, la Banque devra, pour éviter l’ « atterrissage brutal », réduire brusquement lesdits taux : est-ce alors nécessaire de les augmenter tant maintenant ?

 

SOCIÉTÉ 

* Quelques informations sur l’emploi 

Dans sa « lettre hebdomadaire » en date du 14 septembre, le Ministère des Finances note quelques faits intéressants :

1)     Les jeunes travailleurs sont de plus en plus nombreux dans deux secteurs d’activité : les « grandes surfaces » (et notamment, celles de l’alimentation, où 60 % du personnel a moins de 20 ans) d’une part, et d’autre part, les restaurants et « pubs » (61 % des employés ont moins de 25 ans). Ensemble, ces deux activités emploient 9 000 « jeunes »

2)    Les « services sociaux », lato sensu, sont une des activités qui ont le plus recruté de personnel, dans les récentes années : 500 hommes entre 2000 et 2005, et 2 000 femmes. Également répartis entre classes d’âge.``

3)    Certaines activités emploient de plus en plus de travailleurs relativement âgés. Tout ce qui touche à l’éducation (particulièrement au niveau universitaire), à la santé, aux services aux entreprises, à la construction (recours à des travailleurs immigrés, spécialement pour les « grands projets » industriels).

On apprend que les écoles élémentaires, sur un personnel total de 7 000 en octobre 2005, avaient recours à 2 400 salariés (32 %) ayant 60 ans et plus : leur nombre s’était d’ailleurs accru de 1 000 en 5 ans.

Dans le secteur de la santé, le personnel avoisinait au total 10 500 employés en 2005 comme en 2 000. Les moins de 60 ans avaient vu leur pourcentage régresser régulièrement, au contraire des « aînés ».

Il risque d’y voir des pénuries de personnel, d’ici peu, aussi bien dans l’enseignement élémentaire que dans la santé.

 

*  Les immigrés en Islande

Dans sa « lettre hebdomadaire » en date du 21 septembre, le Ministère des Finances souligne quelques données sur les immigrés en Islande. Comme l’Office des Statistiques l’a révélé, dans une étude du 8 septembre, le nombre de travailleurs étrangers atteignait quelque 9010 personnes (5 350 hommes et 3 660 femmes) en 2005, soit le triple du chiffre de 1998, leur pourcentage au sein des salariés passant de 2,4 % à 5,5 %.

En 2005, l’industrie en occupait 4 210 (dont 3 120 hommes), les services 4 280 (dont 2 340 femmes), le secteur primaire (agriculture et pêche proprement dite) 510.

La capitale et ses environs en comptaient 4 420 ; les autres régions 4340 : sur ce dernier total, 1 790 travailleurs exerçaient leurs activités dans l’Est, où 1 170 étaient occupés à la construction des centrales électriques et de l’usine d’aluminium (« grands projets industriels »).

Par nationalités, les Polonais étaient les plus nombreux : 1970 ; suivis des Danois (560), des Philippins et des Portugais 510), des Allemands (500) et, depuis peu, des Chinois (470, en raison des « grands projets »).

Les travailleurs installés dans l’Est sont, pour 90 %, des hommes.

S’agissant des âges, les travailleurs de l’Est ont, pour les 3/4, entre 30 et 49 ans (souvent dans la partie supérieure de cette fourchette). Ils quitteront l’Islande, avec l’achèvement des constructions d’usines. Ailleurs, ils sont plus jeunes, les deux classes d’âge arrivant en tête étant les 25-29 ans et les 20-24 ans : certains s’établiront certainement pour une longue période dans l’île.

 

BRÈVES

Un exposé passionnant sur les régions arctiques par l’Ambassadeur Gunnar Palsson

Gunnar Palsson, Directeur du Département des Ressources naturelles et de l’Environnement, au Ministère des affaires étrangères, a prononcé le 21 août lors d’un séminaire en Norvège, un exposé passionnant sur le thème « La Méditerranée Polaire », où il a mis en relief les évolutions probables de la zone arctique dans les décennies à venir. Le phénomène du réchauffement climatique et de ses conséquences est connu, mais l’orateur a également analysé les grandes tendances prévisibles en matière de démographie, de migrations, de ressources énergétiques (l’Arctique est riche en hydrocarbures), de voies maritimes navigables et de transports. Plus « stimulant » qu’un bon roman de science fiction.

À consulter sur le Site Internet en anglais du Ministère des affaires étrangères : www.mfa.is

 

 

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