Bulletin mensuel
L´ACTUALITÉ ISLANDAISE EN NOVEMBRE 2006
Yfirlit
ENVIRONNEMENT
Chasse à la baleine : reprise (limitée) de la chasse commerciale à la baleine
La décision du Ministère des Pêcheries (en date du 17 octobre) de reprendre la chasse commerciale à la baleine, et la capture de 7 rorquals communs et d’une baleine de Minke, qui l’a suivie, ont provoqué des réactions négatives à l’étranger. Un certain nombre de pays ont chargé leurs Ambassades à Reykjavik de faire des démarches auprès du gouvernement islandais, protestant contre ladite décision et demandant qu’elle soit annulée. Tandis que les Américains remettaient une déclaration en ce sens au Ministre des Pêcheries, critiquant particulièrement la capture de rorquals communs, les diplomates de divers États, notamment européens, -conduits par l’Ambassadeur du Royaume-Uni- étaient reçus, le 1er novembre par le Secrétaire Général du Ministère des affaires étrangères, avec qui ils ont eu une discussion amicale et courtoise.
Le Ministre des Pêcheries, quelques jours après, a cependant relevé de nombreuses inexactitudes et affirmations gratuites, dans les documents des pays « protestataires ».
On notera, enfin, qu’en raison des conditions météorologiques adverses et du raccourcissement des jours, la chasse a été provisoirement interrompue et ne reprendra que lorsque des conditions favorables seront revenues.
POLITIQUE INTÉRIEURE
Note liminaire : sous cette rubrique, nous retraçons, d’un mois sur l’autre, quelques-unes des « péripéties » et « mini-crises » qui ponctuent la vie des partis islandais et les « jeux » de la démocratie parlementaire. On ne découvre, au fil de cette chronologie, rien que de très naturel et prévisible dans un régime, qui, par certains de ses aspects, ressemble au système français et à celui de nombre de grands pays développés.
Les « non-initiés » et ceux que ne passionnent pas les subtilités des rivalités ou alliances partisanes trouveront sans doute notre rubrique trop longue, pour ne pas dire fastidieuse. Ils peuvent la parcourir « en diagonale » sans se perdre dans les méandres. On leur signale au passage que les épisodes et incidents relatés n’ont souvent qu’une portée limitée. Aspect positif, cependant : ils attestent la vitalité du fonctionnement quotidien, avec ses inévitables « scories », de la démocratie et d’un système représentatif mature et bien rodé.
A) Sondages
Un sondage d’opinion Gallup, publié début novembre, a fait l’objet de nombreux commentaires. Si les élections avaient eu lieu alors, le Parti de l’Indépendance (conservateur) du Premier ministre serait arrivé nettement en tête de la course, avec 42,9 % des intentions de vote (33,7 % des suffrages aux législatives de 2003). Les Libéraux (anciens « dissidents » du PI) n’obtenaient pas plus de 3,5 % (7,4 % en 2003). Au centre, le Parti du Progrès stagnait à 8,3 % : de fait, le rebond attendu du changement d’équipe dirigeante et de stratégie opéré lors du Congrès d’août ne s’était pas produit.
De l’autre côté de l’échiquier, la « Gauche-verte » (extrême gauche) rattrapait en grande partie son retard sur l’Alliance (sociale-démocrate). Alors qu’aux législatives de mai 2003, la première n’avait obtenu que 8,8 % des suffrages contre 31 % pour l’ « Alliance », elle grimpait, grâce au caractère direct et « carré » de ses déclarations, à 20,5 %. Et sa rivale sociale-démocrate devait se contenter de 25,1 %, victime sans doute d’un langage considéré parfois comme trop empreint de « langue de bois » ou d’équivoques.
Des projections en termes de sièges ont été faites par un éminent universitaire en sciences politiques. D’après lui les sièges seraient ainsi répartis : PI, 29 élus (gain de 7 sièges), PP, 5 (contre 12), Alliance, 16 (contre 20) ; Gauche Verte, 13 (contre 5), Libéraux, 0 (contre 4). Les Progressistes n’auraient aucun élu dans la. Capitale ; l’extrême gauche remporterait un net succès, s’agissant de la conquête de nouveaux sièges.
Mais nous sommes à plus de six mois du scrutin : beaucoup de rebondissements sont possibles d’ici-là
B) Le Parti Libéral à la recherche d’idées-choc
Les débuts de novembre ont vu des personnalités du parti Libéral mettre en cause la politique d’immigration menée par l’actuel gouvernement de centre droit. Selon elles, celui-ci aurait commis une grave erreur, en ouvrant, le 1er mai, les frontières de l’Île aux travailleurs en provenance de huit « nouveaux membres » (situés en Europe de l’Est) de l’Union européenne entrés en 2004. Ces immigrants risquent, dans les mois et années à venir, de faire une concurrence déloyale, sur le marché du travail, aux citoyens islandais. Et cela, alors que la demande de main d’?uvre reculera, en raison de l’achèvement des « grands travaux ». Le taux de chômage serait ainsi amené à s’élever substantiellement.
Les Libéraux vont-ils enfourcher le thème des « méfaits de l’immigration », chers aux démagogues et aux populistes européens ? Peut-être espèrent-ils en tirer un avantage électoral, lors des législatives de mai 2007 (les récents sondages prévoyaient un net recul). Jusqu’à présent, cette formation avait bâti sa popularité (très relative) en se faisant l’avocat des petits et moyens pêcheurs (fjords de l’Ouest) et en critiquant la réglementation des quotas de pêche. En même temps, elle s’attaquait de manière quelque peu simpliste aux « excès de la pression fiscale ». Ses déclarations en matière d’immigration ont, en tout cas, provoqué des réactions négatives de la part des autres partis. Les mois à venir nous diront si elles sont à l’origine d’une remontée des Libéraux dans l’électorat islandais.
Ajoutons qu’en Islande, le thème de l’immigration n’a jamais, dans les récentes années, été utilisé pour des polémiques partisanes, contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres pays nordiques, tels la Norvège et le Danemark, où des formations d’extrême droite s’en sont emparées avec plus ou moins de succès. La venue de travailleurs étrangers, qui parfois a donné lieu à quelques pratiques douteuses, a été le plus généralement considérée comme bénéfique : elle a permis, dans un contexte de forte croissance, de fournir de la main d’?uvre pour des tâches peu qualifiées et peu payées que les Islandais boudaient. Elle a aussi contribué à réduire la hausse des salaires, dans un climat de fortes tensions inflationnistes.
Fin novembre, le Ministre de la Justice, Björn Bjarnason, en charge des questions d’immigration, a rappelé qu’il continuerait à traiter ce problème sereinement et loin de toute approche électorale ou démagogique. La perspective à terme est de permettre à ceux qui veulent s’installer en Islande de s’intégrer dans une société leur offrant des possibilités de réalisation.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
A) Discours du Ministre des affaires étrangères devant l’Althing
Comme il est d’usage au Parlement islandais, le Ministre des affaires étrangères, Mme Valgerdur Sverrisdottir, a prononcé en novembre (le 16) un « discours-rapport » assez exhaustif, où elle a passé en revue les principales questions de politique internationale, et les positions de son pays à leur sujet. Ont ainsi été traités :
1) Les problèmes de sécurité et de défense vus à travers l’arrangement signé avec les États-Unis le 11 octobre
Nous renvoyons nos lecteurs aux deux précédents numéros du « Bulletin », quant au contenu de l’arrangement. Le Ministre s’est félicité de ce résultat, qui garantit la sécurité des communications de l’île. Des conversations avec Washington et avec l’Alliance Atlantique doivent maintenant préciser divers points, et notamment le fonctionnement à venir du système radar en Islande.
D’une manière générale, si les Etats-Unis demeurent le partenaire privilégié de Reykjavik en matière de sécurité, d’autres pays alliés auront un rôle à jouer, tels le Canada, le Royaume-Uni, et les pays nordiques. Les liens avec l’OTAN, prééminents en raison de son caractère transatlantique, seront renforcés, en partie grâce une participation accrue de l’Islande à ses activités (Afghanistan compris).
Les développements de la politique étrangère de l’Union Européenne, qui de plus en plus s’achemine vers une coordination avec l’OTAN, seront regardés ave un intérêt croissant par les « voisins » Islandais, dans la mesure où des thèmes comme la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, par exemple, mobilisent déjà les efforts de tous.
2) L’Islande et la zone arctique
La zone arctique va connaître dans les décennies à venir des changements considérables. Le phénomène du réchauffement climatique et de ses conséquences est connu, mais l’évolution concernera également l’exploitation de ressources naturelles ainsi que l’ouverture de voies maritimes navigables et de transports. L’Islande, aux confins de la zone, doit dans les années à venir lui donner une réelle priorité dans la définition de sa politique étrangère, compte tenu des enjeux impliqués. Le Ministre s’y est engagé dans son discours. En mars 2007, à son initiative, une Conférence Internationale se tiendra à Akureyri sur l’impact des nouvelles voies maritimes envisagées.
3) L’Islande et la paix dans le monde
Mme Valgerdur Sverrisdottir a, par ailleurs, consacré une partie de son exposé à commenter divers faits d’actualité, qui soulignent les efforts entrepris sur la planète pour y faire progresser la paix et la justice. Ainsi de l’attribution récente du Prix Nobel de la Paix à la Banque Grameen du Bangladesh et au Professeur Yunus. Leur action pour aider par le microcrédit les femmes pauvres rejoint -et le Ministre s’en réjouit- un des axes de la politique islandaise d’aide au développement, comme en témoignent les concours apportés par cette dernière à l’UNIFEM (Fonds de développement des Nations Unies pour la femme) : ces deux dernières années ils ont été multipliés par 10. À cette occasion, Valgerdur a annoncé que l’Agence islandaise pour le développement international (ICEIDA), à l’?uvre depuis 25 ans, va connaître prochainement des réformes qui, modernisant ses structures et ses procédures, viseront à accroître son efficacité.
Le Ministre a par ailleurs souligné l’importance du Sommet de l’OTAN de Riga (28 et 29 novembre), dont un des principaux thèmes sera le renforcement de la coopération entre les forces alliées de maintien de la paix en Afghanistan et les organisations internationales d’aide. L’expérience islandaise dans ce pays apporte de ce point de vue de riches enseignements. Pour Valgerdur Sverrisdottir, contrairement à l’opinion qui a longtemps prévalu, le maintien de la paix et le développement ne sont pas des tâches séparées, relevant d’organismes agissant de manière cloisonnée. Ces derniers doivent se rapprocher et travailler en coordination, car la paix ne sera durablement assurée dans une région, que si des progrès significatifs sont faits en matière économique et sociale.
Le Ministre, évoquant la participation accrue de son pays aux opérations de gestion de crises et de maintien de la paix à travers le monde (Balkans, Afghanistan, Sri Lanka), a fait savoir qu’un projet de loi sur l’ « Icelandic Crisis Response Unit » (structure légère qui gère cette participation) serait incessamment soumis au Parlement.
Elle a enfin rappelé la candidature posée par Reykjavik pour un siège de « membre non permanent » au Conseil de Sécurité de l’ONU, pour la période 2008-2010. Le Conseil ne doit pas être la « chasse gardée des grandes puissances »
4) La protection des ressources des océans
La gestion des ressources des océans, dans une optique de « développement durable », est une des pierres angulaires de la politique islandaise. Au-delà des déclarations-chocs concernant l’épuisement rapide de ces ressources, elle s’attache, par un système rationnel, à éviter la surpêche.
En outre, les ministères des Affaires étrangères et des Pêcheries ont pris au cours des derniers mois des mesures énergiques contre des opérations de pêche illégales (« pêche pirate ») menées par des navires arborant des pavillons de complaisance. Cette lutte nécessite la participation de nombreux acteurs, islandais, étrangers et internationaux, avec lequel les contacts ont été pris. Mais, en dernier ressort, le pays doit être prêt, s’il le fallait, à défendre ses zones de pêche avec la même énergie qu’au temps des « Guerres de la morue ».
5) Questions commerciales internationales
Valgerdur Sverrisdottir a accordé une place de choix, dans son exposé, aux questions commerciales internationales, en soulignant les points suivants :
* L’Islande, par sa participation à l’Espace économique européen, a accès librement au marché européen. Cette participation a, par ailleurs, depuis plus de dix ans, servi de catalyseur au plus important processus de réformes financières et économiques que le pays ait connu dans son histoire.
* Directement ou dans le cadre de l’AELE (Association européenne de libre échange, partenaire de l’Union européenne au sein de l’Espace), l’Islande a conclu, avec de nombreux États, des accords de libre-échange : le réseau constitué par ces accords concerne au total 850 millions d’habitants répartis sur quatre continents. De nouveaux progrès sont en vue, et des accords en perspective avec l’Egypte, le Canada, le Conseil de Coopération du Golfe, l’Indonésie et, sous certaines conditions, la Chine. Ces traités, complétés par des accords sur les investissements et des accords fiscaux (contre les doubles impositions), offrent aux entreprises nationales des opportunités appréciables à travers le monde, plus spécialement dans les pays « émergeants ».
S’agissant des négociations commerciales internationales, l’Islande regrette, vu l’importance mondiale des enjeux, l’enlisement du « cycle de Doha » et veut espérer un prochain signal positif. Ses intérêts nationaux sont partagés. Son agriculture ne pourrait survivre sans subventions et dans un contexte de libéralisation avancée des marchés, même si les agriculteurs sont réalistes et font de gros efforts pour s’adapter à un environnement mondial nouveau. En revanche, elle souhaite l’ouverture de ces marchés dans bien d’autres branches, où ses firmes sont bien placées, sans parler des effets bénéfiques pour les consommateurs.
6) L’Union européenne
Le ministre n’a traité que brièvement des relations avec l’Union européenne. Son Département continuera à suivre de très près l’évolution de l’Union dans tous les domaines, et ses conséquences pour les intérêts islandais. Il convient d’être à même, le moment venu, d’apprécier quel type de relations assurera le mieux la défense de ces intérêts, et d’agir éventuellement en conséquence.
7) Conclusion
Valgerdur Sverrisdottir s’est, au passage, félicitée du renforcement des relations avec les îles Féroé (zone économique commune pour la pêche au hareng, prochaine ouverture d’un consulat islandais dans ce pays, appui donné par Reykjavik à la demande d’adhésion des îles à l’AELE, etc.) et de la vigueur présente de la coopération nordique.
Puis elle a conclu en insistant sur l’importance des responsabilités nouvelles qui vont peser sur la nation islandaise, en matière de sécurité et de défense, après la signature de l’ « arrangement » avec Washington. Il y a là matière à beaucoup de décisions capitales à prendre, mais aussi, au-delà des clivages politiques, à un effort approfondi de réflexion prospective. Pourquoi ne pas créer à cet effet, comme des pays voisins l’ont fait, un « Institut des Affaires de Sécurité » ?
B) L’Islande et l’Université des Nations-Unies
Le 14 novembre, l’Ambassadeur Hjalmar Hannesson, Représentant Permanent de l’Islande auprès des Nations Unies, a -lors d’un débat à l’ONU sur l’Université des Nations Unies (UNU)- rappelé les efforts consentis par son pays en faveur de cette institution, qui ?uvre prioritairement en faveur des pays en développement. Reykjavik concentre son action sur deux grands « programmes» de l’Université, qui, l’un et l’autre visent à promouvoir le développement durable : les actions de formation dans les domaines de la géothermie et des pêcheries.
S’agissant de la géothermie, chaque année des scientifiques et des ingénieurs étrangers viennent dans l’île suivre un cycle de formation de six mois organisé conjointement par l’UNU et les Islandais, et complété par des cours à l’Université d’Islande. Depuis sa création en 1979, ce cycle a bénéficié à 359 spécialistes, dont 44 % en provenance d’Asie, 26 % d’Afrique, 16 % de l’Europe de l’Est et 14 % d’Amérique Latine. Pour l’année 2006, 21 bénéficiaires originaires de 12 pays ont suivi la formation, auxquels s’ajoutent d’anciens lauréats revenus à Reykjavik pour des études de Master en sciences à l’Université d’Islande. Enfin, des actions courtes de formation et des ateliers spécialisés, animés par des Islandais, se déroulent depuis peu dans les pays étrangers (Afrique, Amérique Centrale et bientôt Asie). Les budgets nécessaires sont en augmentation constante, dans le cadre de l’intensification de la politique nationale d’aide au développement.
Pour ce qui est du programme de formation dans les pêcheries, on dénombre jusqu’à maintenant 103 bénéficiaires (dont 26 femmes), originaires de 20 pays. L’Afrique en a fourni 47 %, l’Asie 31 %, l’Amérique latine 14 %. Les moyens financiers se sont accrus sensiblement ces dernières années.
C) Sommet de l’OTAN à Riga (Lettonie)
Le Premier ministre Geir Haarde et le Ministre des affaires étrangères, Mme Valgerdur Sverrisdottir, ont assisté au Sommet de l’OTAN, qui s’est tenu les 28 et 29 novembre à Riga.
Le premier a, à cette occasion, annoncé que son pays allait accroître son aide à la reconstruction et au développement de l’Afghanistan, comme l’avait demandé le Secrétaire Général de l’Alliance Atlantique. Il s’est par ailleurs félicité du prochain élargissement (Albanie, Croatie, Macédoine) de l’Organisation, ainsi que de la création envisagée de nouveaux « partenariats » avec divers pays, comme la Bosnie, la Serbie et le Monténégro.
Se réjouissant, au passage, du récent arrangement sur la sécurité et la défense conclu avec les Etats-Unis (11 octobre), Geir Haarde a rappelé le rôle irremplaçable que l’OTAN était amenée à jouer dans le nouveau dispositif, suite au départ de l’île des forces américaines.
Des contacts ont eu lieu, fin novembre, tant avec l’Organisation elle-même qu’avec un certain nombre d’États alliés (Danemark, Norvège, Canada, Royaume-Uni, etc), en vue de préparer les discussions que l’Islande aura bientôt avec eux sur les problèmes de sécurité. Le Ministre des affaires étrangères a rencontré à cet effet divers responsables « alliés ».
ÉCONOMIE
1) Prudence : La Banque Centrale maintient ses taux d’intérêt inchangés. La lutte contre l’inflation continue.
La Banque Centrale, le 2 novembre, a décidé, de maintenir ses taux d’intérêt inchangés. Le taux de base reste donc à 14 %, comme il avait été fixé en septembre. L’Institut d’émission a en effet constaté une accalmie sur le front de l’inflation, qu’il convient de mettre à profit en évitant toute fausse man?uvre. De nombreuses incertitudes subsistant concernant l’évolution à venir des prix, la Banque tiendra le 21 décembre, une nouvelle réunion sur le sujet.
Le gouverneur de la Banque Centrale, l’ancien Premier ministre David Oddsson, a, le 7 novembre, commenté cette décision (Site en anglais : www.sedlabanki.is). Il n’écarte aucune possibilité pour la fin de l’année ; mais espère que la poursuite de tendances favorables permettra peu à peu de venir à bout des pressions inflationnistes. On se dirigerait alors vers un « atterrissage en douceur » de l’économie, bénéficiant à tous. Au passage, le Gouverneur a rappelé que la période de forte croissance qui s’achève avait été marquée par un enrichissement sans précédent du pays. En témoignent l’accroissement considérable de ses équipements (nouvelles usines, etc.), de son savoir-faire et du « capital humain », et la diversification significative de son économie.
La lutte contre l’inflation demeure par ailleurs la préoccupation principale des responsables politiques. En réponse à certaines critiques, le Ministère des Finances (« lettre hebdomadaire » du 9 novembre) souligne que l’austérité budgétaire a été renforcée, entre 2003 et 2005, le surplus de la Trésorerie (excédent des recettes sur les dépenses) étant passé de –1,7 % à +5,6 % du PIB entre ces deux années, soit une amélioration de l’excédent de 7,3 %. Une telle évolution a eu naturellement pour conséquence d’atténuer un peu les tensions inflationnistes, à un moment où les « grands projets industriels » et la « bulle immobilière » avaient tendance à les nourrir.
2) L’économie islandaise, menacée de déséquilibres ?
Dans sa « Lettre hebdomadaire » en date du 16 novembre, le Ministère des Finances fait le point sur la stabilité financière de l’Islande, comme suite à la parution récente de deux rapports sur l’économie de l’Île, rédigés par l’agence de notation internationale Fitch Ratings et le groupe financier Merril Lynch.
On a en mémoire qu’en février 2006, la même agence Fitch Ratings jugeait inquiétantes certaines perspectives de l’économie islandaise (surchauffe, déséquilibres internes et externes, endettement des entreprises et des particuliers, surévaluation de la couronne, etc.). Son jugement, amplifié par diverses études d’organismes financiers étrangers, avait contribué à de fortes « turbulences » affectant la monnaie nationale et les cours de Bourse, passablement chahutés sur les marchés nationaux et internationaux.
Les rapports parus ces dernières semaines sont loin d’avoir la tonalité alarmiste de ceux du début d’année. Ils font état des nombreux progrès enregistrés en 2006 par le système financier (notamment en matière de solidité des banques), de la situation florissante des finances publiques, des perspectives de croissance élevée à long terme. Cependant, ils ne manquent pas de pointer du doigt certaines « vulnérabilités », qui persistent tels le très fort endettement des ménages et des sociétés, le déséquilibre record de la balance courante, la persistance d’une inflation élevée. Il est recommandé aux responsables islandais d’intensifier leurs actions pour éliminer ces « faiblesses », sauf risque d’ « atterrissage plus ou moins brutal de l’économie ».
Face à ces « conseils », le Ministère des Finances rappelle les mesures diverses engagées, encore récemment, pour réduire les déséquilibres, les succès remportés dans cette lutte, et les perspectives relativement encourageantes, tant à court qu’à moyen et long terme.
3) Ouverture des frontières aux ressortissants roumains et bulgares
Le Ministre des Affaires sociales a récemment fait savoir au Parlement que dans la perspective de la prochaine adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union Européenne, le gouvernement entendait faire jouer la clause lui permettant de retarder de deux ans l’ouverture des frontières de l’Île aux travailleurs en provenance de ces pays. Ceux-ci risquent, dans les mois et années à venir, de faire, le cas échéant, une concurrence déloyale, sur le marché du travail, aux citoyens islandais. Et cela, alors que la demande de main d’?uvre va reculer, en raison de l’achèvement des « grands travaux » et que le taux de chômage va quelque peu s’élever.
Le même « principe de précaution » avait joué en 2004 lors de l’accession à l’Union de huit nouveaux pays (Europe de l’Est), dont les travailleurs n’ont pu venir librement en Islande qu’à partir du 1er mai 2006 (voir plus haut).
Le délai de deux ans, ainsi institué, permettra de suivre de près l’évolution du marché du travail en Islande, et de déterminer si des besoins en main d’?uvre étrangère apparaissent dans certains secteurs.
SOCIÉTÉ
1) L’Islande au « tableau d’honneur » : absence de corruption
L’organisme international « Transparency International» a publié, pour l’année 2006, son classement de 159 nations du monde sous le rapport de l’absence (ou de l’existence)de corruption dans ces États. Ledit classement est mesuré par un indice qui prend en compte un assez grand nombre de critères ;
L’Islande se voit attribuer la « palme d’or », venant au premier rang mondial en ce qui concerne l’absence de corruption. Elle est suivie de la Finlande, de la Nouvelle-Zélande et du Danemark.
2) Le taux d’emploi des adultes en Islande : encore un record
Selon un rapport récent, le taux d’emploi de la force de travail, pour les 15-64 ans, n’est nulle part plus élevé, au sein de l’Espace économique européen, qu’en Islande. Il s’y établit en effet autour de 84 %. La moyenne européenne est de 64 % environ, le Danemark atteignant 76 %, la Suède et les Pays-Bas 73 %, alors que la Pologne ne dépasse pas 52 %.
3) L’Islande et l’indice de développement humain des Nations Unies
Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) classe 177 pays selon leur « indice de développement humain » (espérance de vie, instruction, revenu réel). La Norvège et l’Islande occupent les deux premiers rangs, suivies de l’Australie et de l’Irlande. La France est à la 16è place. La Sierra Leone et le Niger aux deux dernières. Les Islandais sont quarante fois plus riches que les habitants du Niger, vivent deux fois plus longtemps et sont tous scolarisés (contre 20 % seulement des Nigériens).
ANNEXE : RELATIONS FRANCO-ISLANDAISES :
la coopération scientifique se porte bien?
Une conférence sur la gérontologie et la psychiatrie a été organisée par l’Ambassade de France, l’association des psychiatres d’Islande et le département de médecine de l’Université d’Islande le 13 novembre 2006, à la salle des fêtes de l’Université.
Les intervenants à ce colloque étaient les suivants :
- Président : le Professeur Stefán B. Sigurdsson, président du département de médecine de l’Université d’Islande
- Jean-Claude Monfort, psychiatre et gérontologue, médecin chef, chef du service gérontoriatrique de Paris-Rive Gauche ; professeur d’université de gérontoriatrie depuis 1990 à Paris
- Anne-Marie Mathieu, gérontologue et médecin chef au CHU de Paris
- Pálmi Jónsson, gérontologue et chef du service de gérontologie de l’Hôpital national, titulaire de la chaire de gérontologie au département de médecine de l’Université d’Islande
- Ína Thorunn Marteinsdóttir, psychiatre (avec une forte expérience en Psychologie gérontologique) depuis 1992, Professeur des Universités en Psychologie gérontologique entre 1995 et 2000 à Uppsala (Suède)
Les thèmes suivants ont été débattus :
* Les personnes âgées et malades sont-elles négligées ? Ne voulons-nous pas soigner les personnes âgées ?
* Comment peut-on se préparer à la vieillesse ? Comment apprendre à devenir vieux ? : Jean-Claude Monfort
* Le système français en ce qui concerne les personnes âgées et malades, exposé de deux spécialistes français : Anne-Marie Mathieu et Jean-Claude Monfort
* Le soin des personnes âgées et malades en Islande ; le point de vue d’un gérontologue : Pálmi Jónsson
* Le soin des personnes âgées et malades en Islande ; le point de vue d’un psychiatre : Ína Thorunn Marteinsdótir




