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Bulletin mensuel

L´ACTUALITÉ ISLANDAISE EN JANVIER 2007

POLITIQUE INTÉRIEURE

Note liminaire : sous cette rubrique, nous retraçons, d’un mois sur l’autre, quelques-unes des " péripéties " et " mini-crises " qui ponctuent la vie des partis islandais et les " jeux " de la démocratie parlementaire. On ne découvre, au fil de cette chronologie, rien que de très naturel et prévisible dans un régime, qui, par certains de ses aspects, ressemble au système français et à celui de nombre de grands pays développés.

Les " non-initiés " et ceux que ne passionnent pas les subtilités des rivalités ou alliances partisanes trouveront sans doute notre rubrique trop longue, pour ne pas dire fastidieuse. Ils peuvent la parcourir " en diagonale " sans se perdre dans les méandres. On leur signale au passage que les épisodes et incidents relatés n’ont souvent qu’une portée limitée. Aspect positif, cependant : ils attestent la vitalité du fonctionnement quotidien, avec ses inévitables " scories ", de la démocratie et d’un système représentatif mature et bien rodé.

Sondages

Un sondage d’opinion Gallup, publié à la mi-janvier par le quotidien « Fréttabladid », fait le point sur la « cote » des diverses formations politiques. Si les élections avaient eu lieu alors, le Parti de l’Indépendance (conservateur) du Premier ministre serait arrivé nettement en tête de la course, avec 40 % des intentions de vote (33,7 % des suffrages aux législatives de 2003). Mais il aurait perdu des points, par rapport au sondage de décembre 2006. Vraisemblablement, cela profiterait au petit Parti libéral (droite populiste). Les Libéraux (anciens « dissidents » du PI), qui n’obtenaient pas plus de 3,5 % (7,4 % en 2003) en novembre, viennent en effet de grimper à 10 %. Il faut sans doute y voir l’effet de leurs récentes déclarations sur les aspects négatifs de l’immigration en provenance des pays pauvres (cf. « Bulletin » de novembre 2006).

Au centre, le Parti du Progrès stagne autour de 7,5 %. Il serait le grand perdant des législatives de mai 2007, n’ayant pas, comme il l’espérait après son congrès d’août 2006 (« Bulletin » d’août), regagné la confiance des votants perdus entre 2004 et 2006. Certains, toutefois, croient percevoir, très récemment, un léger frémissement dans son électorat traditionnel des campagnes.

De l’autre côté de l’échiquier, la « Gauche Verte » (extrême gauche) et l’Alliance (sociale-démocrate) confirment leurs derniers « scores ». Alors qu’aux législatives de mai 2003, la première n’avait recueilli que 8,8 % des suffrages contre 31 % pour l’ « Alliance », elle dépasse maintenant, grâce au caractère direct et « carré » de ses déclarations, les 19 %. Et sa rivale sociale-démocrate doit se contenter de 21 %, victime d’un déclin continu et gênée par un discours jugé empreint de « langue de bois » ou d’équivoques (reprochés à sa présidente Ingibjörg Solrun Gisladottir). L’une et l’autre, par ailleurs, cèdent quelques parcelles de leur électorat potentiel aux Libéraux.

 

POLITIQUE EXTÉRIEURE

1)  Les problèmes de sécurité et de défense suite à l’arrangement signé avec les États-Unis le 11 octobre : le discours de Mme Valgerdur Sverrisdottir, Ministre des affaires étrangères (18 janvier 2007)

Mme Valgerdur Sverrisdottir, Ministre des affaires étrangères a prononcé le 18 janvier 2007, à l’Université d’Islande, un important discours. Elle a donné une synthèse des problèmes de sécurité et de défense suite au retrait américain de Keflavik (septembre 2006) et à l’arrangement signé avec les États-Unis le 11 octobre.

Le texte intégral de cet exposé se trouve sur le Site Internet (en anglais) du Ministère (www.mfa.is).

Au départ, le Ministre a situé les évènements de 2006 dans le cadre des évolutions géopolitiques internationales intervenues depuis une dizaine d’années : les menaces qui pèsent sur la sécurité mondiale revêtent des formes beaucoup plus variées qu’au temps du « monde bipolaire » ; les risques classiques, sans disparaître, sont désormais moins redoutables que les possibilités d’attaques terroristes ou les coups portés par des groupes extrémistes (attentats de septembre 2001). Face à ces dangers, les Etats-Unis ont été amenés à définir une nouvelle stratégie, et dans ce contexte, à réduire leur présence militaire permanente dans certaines parties du monde. Les forces armées américaines, désormais, seront prêtes à intervenir (de l’extérieur) très rapidement et avec des moyens appropriés, si la sécurité de ces zones est menacée.

L’accord américano-islandais signé le 11 octobre 2006 à Washington applique au cas de l’Île la stratégie en question. Selon ce texte, les Etats-Unis, en vertu de leur engagement de contribuer à la défense de l’Île, contenu dans l’accord de 1951, confirment la poursuite de cette collaboration et le respect dudit engagement, après le retrait des troupes et des armements d’Islande (septembre 2006). Le gouvernement de Reykjavik a donné son accord à ce plan. Les forces américaines seront prêtes à intervenir si l’île est en danger. Des mécanismes de consultation efficaces, aux niveaux décisionnels les plus élevés (y compris militaires) sont prévus, dans ce cas. En outre, des exercices militaires américano-islandais auront lieu annuellement sur le sol islandais (ou dans l’espace aérien ou les eaux territoriales) : le premier est prévu pour le second semestre 2006.

Le gouvernement islandais sait qu’il lui faudra, en tout état de cause, prendre une part accrue à la défense de l’Île. Pendant longtemps, elle a bénéficié de la présence et de l’appui des hélicoptères de sauvetage américains ; elle devra désormais prendre en charge le recours à de tels équipements, en même temps que le renforcement des Garde-Côtes, et l’établissement d’une structure spécialisée de la sécurité nationale. Mais le gouvernement n’entend pas créer une « armée islandaise ». Mme Valgerdur Sverrisdottir insiste sur ce point, dans son exposé du 18 janvier, et tient à rassurer ses compatriotes (et notamment les parents des jeunes) attachés de longue date à un idéal pacifiste.

Dans l’immédiat, les Américains ont accepté de faire fonctionner les stations radars, indispensables à la défense aérienne, jusqu’au 15 août 2007. Au-delà de cette date, des conversations s’ouvriront entre Washington, Reykjavik et l’OTAN concernant l’avenir (et le financement) du système, pour lequel une participation de l’Alliance Atlantique pourrait être envisagée.

Le Ministre a rappelé à cette occasion la participation accrue de son pays aux activités de l’Alliance Atlantique au cours des derniers mois. Tel a été le cas au Kosovo et en Afghanistan.

En outre, l’Islande entend décupler ses efforts dans le domaine du « renseignement », élément fondamental d’une défense efficace. Il ne s’agit pas d’ « espionnage » (et surtout pas des citoyens islandais, comme l’ont craint quelques esprits mal informés), mais d’un aspect essentiel de la politique étrangère, d’où le rattachement de cette activité au ministère chargé de la politique extérieure.

D’une manière générale, le Ministre entend accroître la « transparence » de la politique étrangère de l’Islande ; certains « secrets » relevant de pratiques passées vont être levés. Les relations de son Département avec le Parlement, et notamment avec la Commission des Affaires étrangères, seront intensifiées.

Est souligné le poids des responsabilités qui vont peser sur la nation islandaise, en matière de sécurité et de défense, après la signature de l’ « arrangement » avec Washington. Il y a là matière à beaucoup de décisions capitales à prendre, mais aussi, au-delà des clivages politiques, à un effort approfondi de réflexion prospective. Pourquoi ne pas créer à cet effet, comme de nombreux pays l’ont fait, un « Centre de recherche de la politique étrangère et des affaires de sécurité », associant les décideurs politiques, les chercheurs de l’Université, et d’autres experts ? 

2)  Les problèmes de sécurité et de défense suite à l’arrangement signé avec les États-Unis le 11 octobre : le calendrier

D’une manière générale, si les Etats-Unis demeurent le partenaire privilégié de Reykjavik en matière de sécurité (voir les trois derniers numéros du « Bulletin »), d’autres pays alliés auront un rôle à jouer, tels le Canada, le Royaume-Uni, et les pays nordiques. Il ne s’agit pas, pour Mme Valgerdur Sverrisdottir, de leur demander de se substituer aux Américains en Islande, mais de les inviter à coordonner les efforts entrepris pour assurer en temps de paix la sécurité de cette région de l’Atlantique Nord.

D’ores et déjà, deux États, le Danemark et la Norvège, ont entamé des discussions avec les Islandais sur les affaires de défense. En outre, une réunion préliminaire, au niveau des hauts fonctionnaires, a eu lieu avec le Royaume-Uni, à Londres, le 16 janvier. Elle sera suivie, prochainement, d’une seconde rencontre à Reykjavik.

Par ailleurs, le Ministre danois de la Défense, Soren Gade, s’est rendu en janvier en Islande et a signé, le 11, un accord avec Björn Bjarnason, Ministre de la Justice (et responsable des « Garde-Côtes », en l’absence de Ministère de l’Intérieur en Islande) sur la coopération future entre les Garde-Côtes et la flotte militaire danoise, en vue de la sécurité de cette zone de l’Atlantique Nord.

3)  Accord avec la Norvège sur la pêche du hareng atlanto-scandien

Le 18 janvier a été signé en Norvège un accord sur la répartition des prises, en 2007, de hareng atlanto-scandien, espèce qui vit dans les eaux internationales et dont les captures sont partagées entre la Norvège, l’Islande, les îles Féroé, l’Union Européenne et la Russie, en vertu d‘un arrangement international. La Norvège obtiendra 61 % du quota total (fixé à 1 200 000 tonnes), l’Islande 14,5 % (soit 185 728 tonnes), la Russie 12,82 %, etc.

Cette espèce a fait la fortune de l’île dans le passé, mais la surexploitation et la disparition des stocks à la fin des années soixante entraînèrent une grave crise économique. Le hareng « norvégien » réapparut, il y a quelques années.

4) Accord avec l’Union Européenne sur la baisse des droits de douane frappant les produits agricoles et alimentaires

À la mi-janvier est intervenu un accord avec l’Union Européenne sur la baisse des droits de douane frappant les produits agricoles et alimentaires. En vertu de ce texte, à partir du 1er mars, les droits seront abolis sur certaines quantités de viande (agneau), et de produis laitiers (beurre, skyr). Ils pourront en outre être réduits sensiblement sur des quantités supplémentaires et sur d’autres produits.

5) L’Islande et l’euro

Au début du mois, des déclarations de Mme Valgerdur Sverrisdottir, ministre des affaires étrangères ont provoqué des remous dans la classe politique. Se référant à des prises de position passées de divers membres de son parti (le « Parti du Progrès », centriste), elle s’est prononcée à titre personnel pour l’adoption future (après négociations) par l’Islande de la monnaie européenne, en lieu et place de la couronne -considérée par elle comme une « petite monnaie très instable et fluctuante »-, sans que pour cela l’Île adhère à l’Union européenne.

Elle fut, en partie, rejointe par la Présidente de l’ « Alliance » sociale-démocrate, Mme Ingibjörg Solrun Gisladottir, qui plaide, elle, en faveur de l’adhésion.

Au nom du gouvernement, le ministre des Finances, Arni M. Mathiesen (Conservateur), réfuta les critiques visant les faiblesses de la couronne.

En outre, la Banque Centrale d’Islande et le porte-parole de la Commission de l’UE ont souligné que l’adoption de l’euro impliquait nécessairement la participation à l’Union.

A-t-on assisté à une « tempête dans un verre d’eau » ?

PS. Certains commentateurs ont déduit des prises de position de Mme Ingibjörg Solrun Gisladottir et de Mme Valgerdur Sverrisdottir que leurs partis respectifs (« Alliance » et Parti du Progrès) envisageaient de s’allier au lendemain des élections de mai 2007 pour former une majorité de gouvernement sur une base commune en matière de politique étrangère. Interrogé sur ce dernier point, le Premier ministre n’y a vu que supputation infondée et hasardeuse.

 

ÉCONOMIE

1)  Nouvelles prévisions économiques

Le Ministère des Finances, au milieu du mois, a publié de nouvelles prévisions économiques (Site Internet : www.government.is) révisant celles d’octobre. Elles constatent que le PIB a crû de 2,5 % seulement en 2006 (contre +7,7 % en 2004 et +7,5 % en 2005). La consommation et l’investissement ont sérieusement baissé au cours de l’année en cause. 

La croissance doit encore ralentir en 2007 : 2,2 % (fin des « grands projets » industriels électriques et métallurgiques, atonie de la demande intérieure, etc.) mais se redressera légèrement en 2008 (3,1 %) avec une augmentation sensible de la production et des exportations d’aluminium (produit par les nouvelles unités achevées).

Le déficit de la balance courante a culminé autour de 22,4 % du PIB en 2006 (16,1 % en 2005) : la baisse de la couronne sur le marché des changes a entraîné un net renchérissement des achats au dehors. Ce déficit se résorbera assez nettement en 2007 (14,55 %) et 2008. L’Islande, sous l’effet du taux de change, d’un affaiblissement de la demande intérieure et de la politique monétaire restrictive, verra ses importations décroître et ses ventes stimulées.

Le chômage, descendu à 1,3 % de la force de travail en 2006, remontera à 2 % en 2007 et 3,3 % en 2008.

L’inflation, estimée à 6,8 % entre 2005 et 2006, serait de 3,8 % en 2007 et 2,3 % en 2008. Ce relatif optimisme n’est pas partagé par tous les prévisionnistes dans l’île.

Des éléments d’incertitude affectent évidemment ces prévisions, en raison de l’état des marchés financiers internationaux et de l’évolution du marché des changes. Par ailleurs une inconnue subsiste concernant la réalisation de nouveaux grands projets industriels : dans le document du Ministère, aucun projet de ce type n’est pris en compte en dehors de ceux déjà « signés ».

2)  Fin du « boom immobilier »

Dans sa « Lettre hebdomadaire » en date du 25 janvier, le Ministère des Finances rappelle que l’année 2006 a vu la décrue progressive du « boom immobilier » qui avait alimenté l’inflation puis son arrêt. L’offre de logements a rattrapé la demande, les prix réels ont décliné. L’investissement dans ce secteur devrait régresser en 2007 (-5 %) et t 2008 (-2 %).

3)  La dette du Trésor en chute libre depuis 2001

Dans sa « Lettre hebdomadaire » en date du 25 janvier, le Ministère des Finances note que la dette du Trésor -mesurée en pourcentage du PIB- est en chute libre depuis 2001 : de 21 % à cette date, elle est descendue à 6 % fin 2006. 

 

SOCIÉTÉ

1)  Naturalisation des étrangers

Dans un communiqué paru le 15 janvier, l’Office des Statistiques nous apprend qu’en 2006, 844 naturalisations ont été accordées à des étrangers, chiffre en nette progression sur ceux du début des années 90 (moins de 200), de la fin du XXèe siècle (300), de 2003 (463) et de 2004 (671). Beaucoup des bénéficiaires sont des immigrants polonais, suivis par les ressortissants de l’ancienne Yougoslavie.

2)  Handicapés

Dans sa « Lettre hebdomadaire » en date du 11 janvier, le Ministère des Finances fait le point sur l’amélioration récente des prestations versées aux handicapés par le Ministère des affaires sociales. En 1992, elles s’élevaient à 3 023 millions de couronnes (aux prix courants) ; en 2007 8 082 millions sont inscrits au budget. Entre les deux dates, la hausse a été de 174 % (environ 12 % par an). Pendant la même période, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 47 % (4,4 % par an).

3)  Éducation

Dans sa « Lettre hebdomadaire » en date du 18 janvier, le Ministère des Finances fait le point sur l’accroissement des crédits budgétaires consacrés aux Universités et à la recherche entre 1998 (7,8 mds de couronnes et 2007 (21,7 milliards « inscrits »), soit 176 % aux prix courants. Si l’on tient compte de l’inflation, la progression en termes « réels » aura été de 87 %. Le nombre de diplômés ayant augmenté de 88 %.

 

À NOTER

Cette lettre (comme les suivantes) ne comporte (sauf rare exception) que des informations politiques, économiques et sociales sur l'Islande, à l'exclusion de "nouvelles" de nature culturelle et/ou artistique, du tourisme, et d'informations sur les manifestations islandaises en France et françaises en Islande.

Il existe en effet des sites ou des organes d'information qui fournissent ces autres informations. On signalera tout particulièrement :

* Le Site Internet de l'Ambassade d'Islande en France, qui, en plus de ses "actualités", est une mine inépuisable de "liens", en français ou en anglais (et en islandais), sur l’Île : www.iceland.org/fr

* S’adressant en particulier aux Français désireux de se rendre ou de s’installer en Islande, le Site de l’Ambassade de France en Islande (www.ambafrance.is) est une source irremplaçable de renseignements pratiques.

* La Revue "Courrier d'Islande" (trimestrielle) que l'Association "France-Islande" envoie par courrier postal à ses adhérents.

Pour en savoir plus sur cette Association, la Revue citée et le site Internet de " France-Islande ", le contact est le suivant :

Association "France-Islande" (Président : M. Jean Le Tellier) ;
31 avenue Thierry
92410 Ville d'Avray
e-mail :jean@jlet.net

* Très récemment, l'Université de Caen (Département de langues nordiques) a publié sur le Net une bibliographie complète des livres (littérature ou autres) islandais traduits en français, régulièrement remise à jour. Lien : http://www.unicaen.fr/traductionsISLANDAIS

* Pour les touristes (anciens ou à venir), l'excellent site de Christian et Marie-Françoise Gilabert, " Islande, au pays de la création du monde " : http://perso.wanadoo.fr/saga.gilabert

 

 

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